CHAPITRE II
« rurier le commandement de cette belle garde naa tionale ; quant à la cavalerie , il veut que vous en a soyez le colonel ; et nous verrons alors si Fouché « en disposera comme il l'entend. »
Je n'aimais pas plus que lui Fouché, mais, je l'avoue, dans ce conflit cette subite annonce du rôle qu'on me destinait me fit l!effet d'une tuile tombant sur ma tête. Moi dans la garde nationale! Ma carrière ainsi coupée! Un brevet de vétérance, quand je demandais à rejoindre l'armée active! il n'y avait point de nouvelle qui pût m'étre plus fâcheuse. Mais la circonstance était impérieuse, et l'Empereur, plus impérieux qu'elle, n'admettait jamais à ses ordres la moindre objection. Je n'en fis point, mais je rentrai fort contrarié chez moi , où je reçus de Fouché l'invitation de me rendre près de lui le lendemain.
On connaît ce personnage : sa taille moyenne , ses cheveux couleur de filasse, plats et rares, sa maigreur active, sa figuré longue, mobile et pâle, avec une physionomie de fouine agitée ; on se souvient du regard perçant et vif, mais sans fixité, de ses petits yeux sanglants, de sa parole brève et saccadée, conforme à son attitude remuante et convulsive. Dès qu'il m'aperçut, ces dehors s'exagérèrent d'un dépit mal concentré. Forcé de m'apprendre que l'Empereur réformait son choix et que j'y étais substitué, il ne me cacha point la contrariété qu'il en éprouvait. Je la partageais, j'en étais convenu avec le ministre de la guerre , mais avec Fouché, changeant d'attitude, je ne me montrai qu'honoré de la confiance de l'Empereur, empressé d'obéir à ses ordres, et en conséquence d'être promp-
teuient reconnu en tête de cette garde nationale.
11 se peut que ce ministre ait espéré de moi quelqu'hésitation , un refus même. Mon empressement augmenta son embarras ; il tergiversa, il remit au lendemain à me satisfaire, et le jour suivant il me dit : « Qu'il en avait référé au Conseil des ministres , mais <c qu'on n'avait voulu rien décider, qu'il fallait at- « tendre ; qu'il allait écrire à Vienne, où sans doute on « ignorait que Girardin était déjà reconnu colonel; « enfin, qu'il le maintiendrait provisoirement, jusce qu'à ce que, mieux instruit, l'Empereur pût lui ence voyer de nouveaux ordres; qu'au reste on pourrait « former un second régiment, et qu'il me proposerait « pour général de cette brigade. »
Deux régiments! quand pour le premier à peine cent volontaires avaient pu être réunis; quand ce petit nombre, presque tout composé de banquiers et d'agents de change, bien décidés à-ne point sortir des portes, n'aurait pas même eu le loisir de s'exercer aux manœuvres indispensables ! Il y avait dans tout cela une si grossière déception, que j'en instruisis aussitôt le quartier impérial; j'espérais que la vérité, bien connue de l'Empereur, le dégoûterait de me charger de ce commandement.
Le fait est que, dans le Conseil, ce n'était pas sur moi que la discussion avait porté. Clarck et Fouché y avaient échangé d'autres paroles. Le premier s'était écrié : « Que ce n'était qu'un s.... Jacobin de 93 qui « avait pu avoir l'idée de lever et d'armer dans Paris « une garde nationale ! » A quoi Fouché avait répondu : « Que ce n'était qu'un étranger vendu aux Anglais