CHAPITRE II
<« qui pouvait s'opposer à la formation de èette garde ! » Hullin, commandant de la capitale , m'en dit bien plus: « Une pouvait plus répondre de Paris! Ses pâte trouilles y rencontraient , inopinément , dès postes « et des patrouilles inconnues : on ne savait si c'é- « taient des citoyens ou des malfaiteurs ! Il les ferait « désarmer; il ferait tirer dessus! »
Telle était l'exaspération, quand, le 28 septembre, je fus rappelé chez Fouché. Ce ministre, en me remettant mon brevet, me dit que l'Empereur avaitpersisté, qu'il avait confirmé ma nomination ; puis, déployant la lettre -qu'il venait de recevoir, il me lut ce passage : « Que les a autres Souverains ne nommaient au commandement
* de leurs régiments que ceux qui prouvaient des ■a quartiers de leur noblesse; que ses quartiers de no- « blesse, à lui, étaient des blessures reçues au service
* du pays; que j'en étais couvert, qu'en conséquence « c'était à moi que le commandement devait être con- « serve! »
Aussi peu satisfait que Fouché de ce dénoùment , j'allai aussitôt chez Glarck lui porter cette nouvelle. « Il ne vous a pas tout dit, me répondit-il ; le misé- « rable persiste dans ses projets ! Sans cela , au lieu de « continuer l'organisation de sa garde nationale, il en « commencerait le licenciement comme il en a l'ordre ; « je puis vous le montrer; votre corps lui-même y est « compris, s'il n'est pas organisé de façon à prendre « campagne. Allez chez le maréchal Serrurier, et il « vous confirmera cet ordre. »
En effet telle en était la lettre, mais non l'esprit,, auquel Clarck ne songeait pas assez. Il consistait à
renvoyer chez soi chacun de ces volontaires déjà trop hostiles à l'Empereur, mais sans un surcroît de mécontentement , ce qui n'était pas facile. J'essayai plus, j'entrepris de changer leurs dispositions. Leurs officiers surtout, déjà tout habillés , équipés, montés à leurs frais, et fort irrités de l'inutilité de cette dépense d argent, de bruit et de mouvements, voulaient prévenir, par une démission en masse, qui eût été d'un éclat fâcheux , ce licenciement trop tôt divulgué par l'empressement de Clarck. Je les en détournai, et, m aidant des autorités administratives, avec force civilités, de bonnes paroles et quelques dîners, je gagnai du temps; puis, procédant par gradation, et profitant de l'heureuse nouvelle de la retraite honteuse de l'expédition anglaise , je leur fis entrevoir, comme récompense de leur zèle devenu sans but, l'espoir d'être conservés comme Gardes d'Honneur de Napoléon , ce qu'ils acceptèrent. C'était déjà un retour vers lui, une sorte d'offre de dévouement à sa personne. En même temps j'obtins de Clarck , pour ceux que la vanité de l'uniforme, dans ces temps de gloire, avait enflammés de velléités guerrières, l'espérance de quelques brevets d'officiers dans l'armée active.
C'est ainsi que peu à peu, pendant que les chevaux se vendaient et que la dislocation s'effectuait d'ellemême, chacun des meneurs ayant été regagné en particulier, nous finîmes par un grand repas, où, tout en me fêtant en vers et en prose, avec un enthousiasme de vin de Champagne, on porta de même la santé de l'Empereur; après quoi, l'on se sépara satisfait les uns des autres.