‹ Histoire et mémoiresChapitre 226 sur 266 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Cet épisode était à peine terminé, qu'un autre incident dévoila des intrigues d'une autre nature, et une autre espèce de mécontents. Ceux-ci, que la nouvelle de l'enlèvement du Pape avaient indignés, secrètement instruits de l'excommunication affichée à Rome * par le Cardinal Pacca , en avaient, répatidu des exemplaires dans toute la France» Ils travaillaient sur ce métier, quand parmi eux Alexis de Noailles, l'un de mes parents, pris sur le fait, fut mis au secret par. la police, chez Dubois alors préfet*

Cette sévérité fut d'abord adoucie à ma prière; elle fut bientôt changée de nature par un ordre de Schœnbrûnn. L'Empereur voulut qu'on .emvoyât le prisonnier, libre sur parole , à son quartier impérial. Le but de Napoléon était de transformer par l'ascendant de sa préjsence et la séduction de son entretien , cette âme ardente, et de l'échauffer d'un feu tout différent au foyer même de cette gloire, où, depuis cinq ans, le jeune frère de ce captif avait été attiré. Mais Noailles refusa; il préféra le rôle de martyr, et ne consentit à se rendre à l'ordre de l'Empereur que conduit par des gendarmes.

Ce fut vainement que j'intervins , et il eut tort; qui sait l'effet que ses paroles eussent pu produire sur l'esprit de Napoléon ? Il s'obstinait ainsi dans sa prison , lorsqu' Adrien de Montmorency vint me chercher pour l'aider à plaider cette cause devant Dubois. J'y consentis , car, pour ma part , quelque dissentiment qu'il y eût entre nos opinions, dès qu'il s'agissait dans mon parent d'un parti pris, d'une affaire de conscience, je ne me reconnaissais plus d'autre devoir que d'en

atténuer autant que possible les inconvénients.

Nous voilà donc tous trois en présence : Dubois , insistant sur l'exécution de Tordre impérial; moi, m'efforçant de concilier le différend ; et Montmorency, 1 tout au contraire , bravant , insultant même le préfet par les railleries les plus amères! Celui-ci, il en faut convenir, se montra plein de douceur; il tourna l'exigence de Noailles en plaisanterie , se plaignant que, pour la première fois, un prisonnier refusât sa liberté! Qu avait-il besoin d'une garde pour ce voyage? Quel vivant pouvait-il craindre sur son chemin? A. quoi Montmorency répliquait : a Qu'à coup sûr, ce n était pas des morts que son ami voulait être préservé; qu'il n'y en avait pas qui pussent lui reprocher, comme à tant d'autres , ou des persécutions violentes, ou d'injustes et sanglantes exécutions! Mais que, s'il n'avait rien à craindre de l'autre monde , il n'en était pas de même dans celui-ci. Pourquoi donc lui refuser pour sa sûreté un ou deux gendarmes? En manquait-on dans Paris? A moins qu'on ne tint à les y conserver tous, pour tant de belles et utiles opérations auxquelles on les employait! »

Certes, si la police d'alors eût été aussi violente qu'elle en était accusée, l'occasion s'offrait d'ellemême pour justifier un tel reproche; mais Dubois, bien loin d'abuser de sa position, feignit de ne pas comprendre ce persiflage; il redoubla de politesses avec Montmorency, que je m'empressai d'emmener; il continua d'user de ménagements envers Noailles, qui, bientôt transféré dans une maison de santé, y perse* véra dans sa résistance. Il n'en sortit qu'avec l'ordre

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