CHAPITRE IV
compagne de quatorze ans, et l'affliger, son cœur hésita! La forme, le moment à choisir, tout l'embarrassait. Pendant les trois semaines de son séjour dans cette résidence , ni les affaires auxquelles il dut se livrer, ni les plaisirs dont il sembla s'efforcer de s'étourdir, ne purent alléger cette cruelle préoccupation.
Quant aux affaires , ce furent : la répartition de ses forces en Allemagne, en Italie, et dans la Péninsule espagnole, où il envoya de nombreux renforts; l'organisation de son domaine extraordinaire, fruit de ses conquêtes ; le règlement des dotations que, à Schœnbrùnn, il nous avait destinées ; enfin le commencement d'exécution d'un projet bien autrement ambitieux que celui de son divorce. Il osa entreprendre de transporter près de Paris , sous sa main toute temporelle , et d'y retenir vassale la Puissance Spirituelle du Chef de l'Église ! D'où vint qu'on le vit alors s'efforcer de la dénaturer par l'interdiction des Missions, et en arrachant à Rome, pour Saint-Denis , ses tribunaux , ses archives , ses Cardinaux , ses généraux d'Ordres , et bientôt le Saint-Père lui-même, déjà àSavone!
C'était en se laissant emporter à d'aussi dangereuses énormités, que cette même ambition, bien déterminée cependant à un divorce qu'exigeait son intérêt dynastique et celui de son Empire , n'osait l'avouer ouvertement. Il n'en laissa d'abord percer que des symptômes. Le premier avait été cet ordre, qu'à l'insu de l'Impératrice il m'avait fait donner, de venir seul avant le jour le recevoir à Fontainebleau. De même, et aussitôt après, Cambacérès avait été mandé. Il a dit depuis, que, dans cet entretien de plusieurs heures, hé-
risse de plaintes plus amères et plus hautaines que de coutume sur ses affaires intérieures, le divorce avait été indiqifé. Enfin l'Impératrice, après une aussi longue et aussi périlleuse absence , n'avait été appelée que la dernière, dans la soirée seulement; ce qui, depuis le retour d'Egypte, ne s'était point tu.
Cela ne manqua pas d'être remarqué; puis la froideur de leur entrevue quand elle arriva; puis son délaissement pendant ce séjour, défaveur publique d'autant plus menaçante, qu'elle contrastait avec mille préférences données à la famille impériale, constante ennemie de l'inoffensive et douce Joséphine. D'autre part l'indiscrétion, naturelle aux douleurs vives et aux grandes inquiétudes , venait de divulguer un autre incident : c'était la clôture d'une porte intérieure, ce qui avait interrompu entre Joséphine et Napoléon des communications habituelles.
A de tels signes, les yeux toujours ouverts des courtisans ne s'étaient point mépris, et encore moins ceux de la Reine Hortense et de sa mère. Ces préliminaires avaient donc préparé à l'explosion , qui pourtant n'éclata qu'à la fin du mois de novembre. Dès le i4 l'Empereur était rentré à Paris. Là , comme à Fontainebleau, et quoique, le 22 , il eût fait demander à Alexandre la main de sa sœur, il hésitait, il remettait de jour en jour sa pénible déclaration, soit espoir qu'elle serait prévenue par un acte de dévouement volontaire, soit répugnance , ou qu'il attendit Eugène, dont il connaissait l'esprit généreux et dévoué, et sur lequel il comptait pour raffermir et consoler la malheureuse Impératrice .