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CHAPITRE IV

Mais tous ces délais furent inutiles. Pourtant, le 27 novembre , il en avait dit assez à la Reine Hortense pour qu'elle prévînt sa mère de l'imminence du malheur qui la menaçait , lorsque , se décidant enfin , le 3o novembre, à l'issue d'un dîner plus hâtif, plus silencieux et plus triste que les précédents, il se leva avec effort; et, seul avec Joséphine, il passa dans un salon voisin , d'où bientôt des sanglots , des cris déchirants se firent entendre : tristes accents , qu'expliqua presque aussitôt la réapparition de l'Empereur, troublé, ému, les yeux baignés de larmes, et appelant au secours de l'Impératrice le seul officier qui se trouvait là!

C'était Beausset. En accourant il vit Joséphine étendue à terre! Elle s'y agitait convulsivement, elle s'écriait qu'elle ne survivrait pas à son malheur ! Comme alors elle parut perdre connaissance, Napoléon, aidé par le préfet du palais , la transporta, par un escalier intérieur, dans son appartement, où il la remit à ses femmes. Lui-même était dans un trouble inexprimable. Pendant quelques instants il n'y eut plus là d'Empereur, plus de général : c'était un homme abattu, déchiré, se plaignant, d'une voix entrecoupée, de la nécessité qui l'avait forcé à une aussi cruelle résolution , et de l'inutilité de ses efforts pour prévenir l'excès d'une douleur à laquelle il croyait avoir préparé sa compagne malheureuse !

Cette anxiété l'ayant bientôt ramené près d'elle , il la retrouva plus calme; et, lui-même se raffermissant, il la laissa dans les mains de Corvisart, pour aller recevoir Fouché et Cambacérès qu'il avait fait appeler.

Après quoi, s'enfermant avec la Reine de Hollande, il s'arma contre sa douleur de tout ce qu'avait d'imposant et d'impérieux la raison d'Etat. Mais Hortense, en s'y montrant soumise , lui déclara : « Qu'elle et Eugène « n'abandonneraient pas leur mère, et que, la suivant « dans sa retraite , ils partageraient son infortune ! » Ici l'Empereur contrarié répliqua : « Que cela ne pouce vait être ; que ce serait faire croire à un méconten- <r tement secret, ou d'eux contre lui , ou de lui-même <c contre Joséphine et sa famille. » A quoi Hortense ayant répondu : « Que dans cet exil ils n'oublieraient « jamais tout ce qu'ils devaient à l'Empereur, » Napoléon, cédant à son émotion, s'écria les larmes aux yeux : « Hé quoi! m'abandonner? Vous, mes enfants! « Vous, à qui j'ai servi de père ! Non, vous ne le ferez « pas ! Vous me resterez ; le sort de vos enfants vous « impose cet effort!» Alors, comme Hortense attendrie se soumettait, il ajouta : « Que, quelque grand que fut « des deux parts un aussi cruel sacrifice , il le fallait <c accomplir avec la dignité qu'imposaient les cir- « constances! »

La Reine en convint; mais il faut aussi convenir que, soit imprévoyance, soit que, décidé depuis Schœnbrùnn, l'Empereur n'eût pu supporter quelques jours de plus l'attente d'une crise aussi pénible, il était impossible d'en avoir plus mal choisi le moment. Ce brusque, ce cruel renversement de fortune, cet arrêt de répudiation, vainement renfermé encore dans l'intérieur impérial qu'il brisait, qu'il remplissait de trop d'angoisses pour qu'il pût y rester secret , venait d'être prononcé au milieu d'une afflùence de

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