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CHAPITRE IV

Princes de la Confédération, attirés à Paris par les fêtes de la paix. Le concours en était si grand, que mon père, ayant, un de ces jours-là , fait attendre l'Empereur, s'en excusa « sur ce qu'il avait, lui dit-il, été ar- « rété à sa porte par un embarras de Rois ! »

Cette excuse n'avait rien d'exagéré. Il y avait alors à la Cour de l'Empereur dix Rois et Reines de sa création; ceux de Bavière, de Saxe, de Wurtemberg, et les Rois et Reines de sa famille. Ceux-ci étaient les témoins les plus insupportables de cette infortune, par leur haine de tout temps jalouse de l'Impératrice et de ses enfants. C'était devant tant de Princes, qu'un si douloureux et humiliant sacrifice allait s'accomplir; et il venait d'être imposé la veille même du 2 décembre, de l'anniversaire de ce Couronnement qui rappelait un souvenir si différent à la pauvre Joséphine !

Encore , s'il lui eût été possible de ne plus se montrer à cette Cour, d'aller, avec Eugène et Hortense, cacher sa douleur dans la retraite assignée d'avance à un si grand abaissement! Mais non, quand tout était fini pour elle, il fallait continuer ; paraître régner encore; dissimuler à la joie publique sa torture intérieure , la cacher sous ce bandeau impérial désormais perdu, désormais destiné à une autre qu'elle! Cruel effort , que supporta pendant quinze mortels jours , au milieu des cérémonies les plus pompeuses , la noble résignation des victimes! Nous les vîmes, la mort au fond de l'âme , contraintes d'y figurer avec la dignité qu'on avait exigée d'elles. Elles donnèrent aux regards des Représentants de l'Europe entière, qui feignirent

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vainement de tout ignorer, aux regrets des uns, à la joie mal dissimulée de quelques autres , le plus douloureux des spectacles qu'il soit possible d'imaginer!

Ce ne fut qu'à la fin de ces solennités , le 1 5 décembre 1809, dans le cabinet de l'Empereur, et devant la famille impériale enfin satisfaite , que le sacrifice fut consommé. L'Empereur en lut la déclaration officielle; elle fut suivie du consentement écrit de Joséphine : déchirante lecture 9 que les larmes de Napoléon interrompirent , qu'acheva le Conseiller d?Efat Regnault , ' et que termina l'acquiescement du Prince Eugène. Ce Prince était arrivé à Paris le 9 décembre ; plus contenu , plus préparé que sa sœur, comme elle pourtant il avait d'abord voulu tout abandonner pour rester près de sa mère ; mais, comme elle aussi, la douleur vraiç , les tendres instances de Napoléon l'ayant ému , sa reconnaissance et la raison d'État l'avaient subjugué. U fit plus : il eut la généreuse résignation d'approuver lui-même, devant le Sénat, l'annulation du mariage de sa mère, que ce Corps devait confirmer. Onze votes seulement le désapprouvèrent. Après quoi Joséphine put se relirer à Malmaison , où Napoléon voulut que sa Cour allât lui porter de tristes hommages. Lui-même, par ses soins d'abord fréquents, en donna l'exemple : soins et hommages trop pénibles pour qu'ils ne devinssent pas de plus en plus rares dans cette retraite, où la malheureuse Impératrice emporta de justes regrets.

On regretta d'elle toutes les grâces, toutes les qualités d'une femme aimable , et qui n'en avait plus les faiblesses; une âme toujours accessible à tous les cha-

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