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CHAPITRE IV

grins privés, à toutes les douleurs publiques : âme tendre, pleine de douceur, sans autre vanité que celle de plaire; que n'avait jamais enivrée, ni changée, sa grande fortune, et qui n'avait songé surtout qu'à se la faire pardonner. On perdait encore en elle ces conseils de prudence et de modération dont, jusqu'à ce jour, elle n'avait cessé d'entourer ce génie si ardent et si entreprenant auquel, en cela du moins, elle avait été constamment dévouée et courageusement fidèle.

On obtint de l'Officialité diocésaine, pour irrégularité et défaut de formes, sa sanction à ce divorce, ou plus exactement à l'annulation de ce mariage. Quant à l'Empereur, il se retira d'abord à Trianon , d'où il s'efforça, par de tendres lettres, d'adoucir les chagrins de l'Impératrice. Dans ce séjour on put voir combien cette séparation était réellement pénible à son cœur, à ses habitudes, et à une disposition. secrète de son esprit. Joséphine avait été la compagne des premiers pas de sa grandeur naissante, et il ne s'eii détachait pas sans appréhension. Elle lui paraissait être, ainsi que les témoins les plus anciens et les plus intimes de tant de glorieux événements, comme un gage de bonheur pour les chances à venir. C'était avec cette même pensée que, dans le péril d'une entreprise nouvelle, il aimait à s'environner de ceux qui lui rappelaient des temps prospères : il semblait qu'alors notre présence lui fût un garant de la durée de son étoile.

À ce propos , et en anticipant pour épuiser ce sujet, je citerai le Comte Mollien, lorsque, remarquant l'impossibilité de renfermer dans un seul cadre tous les aspects divers qu'offrait ce génie extraordinaire, il

nous montrait, dans l'anecdote suivante, la défiance de Napoléon pour cette étoile, la constance de sa tendresse pour Joséphine , et combien , dans les âmes vraiment grandes, la force parfois est douce et souvent sensible. On sait que le budget qu'il avait attribué à l'Impératrice répudiée était de trois millions. En 1811, deux ans après le divorce, et au milieu des préparatifs pour la guerre de Russie en 181 2, mécontent de voir ce budget dépassé : « Allez la voir, dit-il au ministre « du Trésor; qu'elle comprenne bien qu'un million « doit suffire à sa dépense, et les deux autres à as- « surer son avenir et celui de ses enfants... 3e suis « mortel, et plus qu'un autre! » Or, le lendemain, comme ce ministre lui rendait cotapte de l'émotion produite par ses reproches : « Mais , s'écria Napoléon « tout ému lui-même, il ne fallait pas la faire pleurer! « Retournez près d'elle, avertissez-la que je me charge « des trois pensionnaires que la sagesse veut qu'elle a réforme; et dites-lui bien, surtout, que je ne veux « pas qu'elle pleure ! »

Cependant, dès le mois suivant, celui de janvier 1810, à peine ce divorce est-il connu, que, soit effet de quelques négociations secrètes, soit qu'une intrigue subalterne, comme on l'a dit, eût réveillé les velléités précédentes de la Cour d'Autriche, celle-ci craint d'être prévenue par la Cour Russe ; elle s'empresse, et,

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