CHAPITRE V
hasardé quelques paroles avec Alexandre sur la possibilité d'un lien semblable, déplus, entre les deux Empereurs. Il y avait alors deux Grandes-Duchesses, Tune d'âge convenable, l'autre encore en trop bas âge. L'année suivante, ajoutent ces Russes, en 1808, l'Empereur Alexandre , soit qu'il ne s'attendit pas à ce divorce , soit plutôt qu'il le prévît et pour échapper à ses conséquences , s'empressa d'offrir au choix de sa sœur aînée deux Princes Allemands. L'un , celui d'Oldenbourg, était encore indépendant de Napoléon; l'autre était de la "Confédération Rhénane. Le premier fut préféré au second, la Grande-Duchesse ayant déclaré qu'elle ne voulait point devenir sujette de Bonanaparte.
Ces mêmes témoins m'ont affirmé que Napoléon, alors à Bayonne , instruit et irrité de ce fait, s'en vengea par des paroles méprisantes sur le t)uc d'Oldenbourg ; paroles qui ne manquèrent pas d'être rapportées à la Cour Russe; que dans cet état de choses, lorsque, en décembre 1809, le Duc de Vicence demanda presque officiellement la main de la jeune sœur qui restait à Alexandre, ce Prince, soit indécision, soit obligation de se soumettre au règlement de famille institué par l'Empereur Paul , prit les ordres de sa mère, laquelle, haïssant Napoléon, refusa sa fille; mais que, Alexandre, alors dirigé par Romanzoff, ayant insisté , elle lui remit ses pouvoirs et s'éloigna de la Cour, emportant sa répugnance.
Ce fut en ce moment, selon ces Russes, que, à Pétersbourg comme à Vienne , on parut agréer la demande de Napoléon, moins par désir de cette alliance que
pour s'empêcher mutuellement de la conclure. Us prétendent même que , à la nouvelle de la préférence donnée à Marie-Louise , leur Empereur, inquiet, employa deux millions de florins, levés pendant Tannée précédente en Gallicie , à essayer de rompre ce mariage. Ils croyent encore que plus tard, lorsqu'en 1 8 1 1 Napoléon s'empara de l'Oldenbourg, et que, en dépit de la protestation d'Alexandre, il réunit ce Duché à sa trente-deuxième division militaire , ce fut en souvenir des mépris de la Grande-Duchesse Russe. A cela on peut ajouter une autre rancifne de Napoléon contre la mauvaise foi d'Alexandre en 1809. Laurision me l'a attesté. Il se rappelait, ra'a-t-il dit , qu'il avait entendu notre Empereur s'écrier, après Wagram et pendant les négociations : « Maudite Russie 1 Déjà cause « de cette guerre , c'est elle qui m'a fait lâcher prise « sur les Anglais et sur l'Espagne ! Et voilà que je la « retrouve encore, entravant la paix 1 »
Au reste , ce mariage autrichien était l'une des plus grandes victoires , tout à la fois , sur le mauvais côté de notre Révolution dont il achevait de marquer le terme, et sur la Contre-Révolution, ainsi domptée dans la plus aristocratique de ses Cours! Aussi, lorsqu'il envoya Berthier à Vienne pour la demande officielle, et pour assister au mariage qui y fut célébré par une procuration acceptée de l'Archiduc Charles, l'Empereur n'eutil que l'embarras du choix, dans la France la plus ancienne comme dans la nouvelle, pour composer, dans Paris, sa nouvelle Cour.
Février 18 10 finissait à peine, que je fus envoyé en Bavière avec la Reine de Naples et un détachement