‹ Histoire et mémoiresChapitre 239 sur 266 · CHAPITRE Y. 4M · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y. 4M

choisi de la nouvelle Cour, jusque sur la frontière Autrichienne. Notre mission était d'y recevoir et de ramener en France la nouvelle Impératrice On connaît le récit officiel de cette remise. Elle eut lieu le 16 mars.* La veille ou le lendemain de cette cérémonie, il y eut une réunion des deux Cours, dans une maison de la citadelle de firaunau , notre conquête. Le seul souvenir sérieux qui m'en soit resté, c'est que les hommes de ces deux Cours, demeurés debout, se mêlèrent et échangèrent des paroles convenables, tandis que je ne vis jamais de cercle de femmes assises dans une attitude plus contrainte : réunion sans rapprochement, que guindèrent la froide roideur et la hautaine taciturnité des dames autrichiennes. Ces daines, forcées à leur tour de payer de leur sexe , dans la Princesse sacrifiée à notre fortune, les frais de la guerre, désavouèrent, autant qu'il était en elles, cette soumission à laquelle leur Gouvernement les associait. Elles nous livrèrent ce dernier gage de défaite avec une mauvaise grâce que leurs maris, fatigués de guerre, ne montrèrent point.

On sait que l'usage exige d'une Princesse étrangère acquise ainsi une transformation subite si complète , que, autour d'elle comme sur elle, rienne doit lui rester qui la rattache au pays, aux personnes et aux habitudes auxquels elle vient d'être arrachée. La Reine de Naples ne manqua point à l'observation de cette règle que lui dictaient ses instructions. Le changement d'effets de toilette, le plus* entier, ne fut qu'un amusement ; celui des personnes étant prévu , il fallut s'y résigner. Cette transition pénible se serait enfin

passée sans chagrins trop apparents, si les soins trop jaloux de la sœur de Napoléon ne se fussent étendus jusque sur un petit chien viennois dont le renvoi, inexorablement exigé, coûta bien des larmes à Marie- Loqise.

Nous retraversâmes la Confédération Germanique au milieu des réceptions les plus pompeuses , ramenant triomphalement cette dernière conquête qui semblait consolider toutes les autres. Ce fut le 18 mars, et dans Strasbourg, que la France, à son tour, l'accueillit. L'enthousiasme sur cette frontière allemande et toute militaire fut d'autant plus vif, plus vrai , plus universel, qu'on voyait dans cette Archiduchesse le trophée le plus éclatant de la gloire de nos armes, et qu'on y crut voir, après dix-huit ans de guerre , le gage d'une paix cette fois enfin assurée.

L'accueil dans Paris, lors du mariage, ne fut pas le même. La sensation qui y domina, avec la curiosité, fut l'étonnement de la présence d'une Princesse montant sur un trône dressé si près de l'échafaud où son propre sang avait coulé : souvenir cruel , qui blessait le sentiment des convenances, naturel à tous les Français et surtout aux Parisiens! Leur esprit, sans peut-être s'en rendre compte, souffrit d'un rapprochement qui montrait trop à quel pénible sacrifice la Cour d'Autriche avait été forcée de se résigner ; comme si la victoire eût été poussée trop loin, et la fortune. On blâma aussi dans ce choix l'imitation de Louis XVI, dont le mauvais sort était attribué à un choix pareil.

De son côté l'Empereur, pendant l'attente de notre retour, ne contint qu'avec quelque effort son

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