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CHAPITRE Y

impatience. Toutefois, dans cette « Fille des Césars, » comme il se plaisait à l'appeler, il s'enquérait, avec préoccupation /de la femme en elle-même. Je sus même alors qu'une lettre que j'avais écrite de Strasbourgau grand maréchal, avec quelques détails sur les dehors de la nouvelle Impératrice, lui fut arrachée par Napoléon, qui la lut avec une curieuse avidité.

Dès le 20 mars il était venu à Compiègne au-devant d'elle. Le 28 il en partit incognito avec Murât. 11 nous rencontra, à la nuit tombante, dans Courcelles, 011 nous le vîmes, au travers d'une pluie battante, accourir, ouvrir précipitamment la voiture de Marie-Louise, s'y jeter, et embrasser cette Archiduchesse avec une joie que rien ne pourrait dépeindre!

Et réellement, dans ce gage d'une alliance indissoluble, ne devait-il pas croire avoir conquis, transplanté en France , et transformé en appui de sa grandeur et de notre Révolution enfin acceptée, le principe, le germe, indestructible jusque-là, de tant de coalitions menaçantes?^ Confédération du Rhin ne semblait-elle pas s'être subitement étendue sur tout le cours du Danube? Devant un pareil résultat qu'importait, dans le lointain , l'inquiétude tacite d'Alexandre? On pouvait espérer que Napoléon ne songerait plus qu'à s'arrêter et à se maintenir à cet apogée d'une destinée aussi grande. Mais en était-il temps encore? Plusieurs envahissements, ceux surtout de Rome et de l'Espagne, avaient dépassé ce sommet; et déjà l'Empire, en dépit d'un mariage aussi rassurant, penchait vers l'abîme.

Cependant le titre de Roi de Rome, dévolu le 1 7 février 1 810 au premier fils qui naîtrait de Marie-Louise,

n'avait point arrêté la Cour d'Autriche. Ainsi l'enle veinent même du Pape et son exil à Savone étaient acceptés! Quant à Paris, charmé, le a avril, par l'ordre imposant et l'éclatante magnificence des solennités du mariage 9 dans son éblouissement il fit d'abord peu d'attention à l'absence , au Louvre, de treize cardinaux sur vingt-huit alors présents dans la capitale. Les dimanches précédents, tous sans exception avaient pourtant assisté à la messe de la chapelle impériale, maLgré l'excommunication! Mais l'irritation trop manifeste de Napoléon pendant la cérémonie du mariage, quand le premier il s'aperçut de cette absence, .et la vengeance si rigoureuse qui punit cette hostilité inattendue , fort grave il est vrai; puis le trop célèbre scnatus-consulte qui éclata bientôt après, aggravèrent tout. Ces treize cardinaux, tous Italiens, furent aussitôt arrêtés, dépouillés de la pourpre, dispersés en divers exils, et leurs revenus ecclésiastiques, leurs biens propres même, séquestrés! Par le sénatus-consulte, les États de l'Église furent réunis à l'Empire en départements ; Paris, assigné pour résidence au Saint-Père ainsi qu'à tous ses tribunaux et au Sacré Collège, dont l'existence dut être désormais défrayée aux dépens du Trésor français : entreprise inouïe d'un pouvoir qui ne connaissait plus de bornes ! Il osait croire, en dépit de tant d'intérêts contraires , et de la consécration des temps, des mœurs et des croyances, qu'il suffirait de sa volonté pour placer irrévocablement, ainsi, sous sa dépendance, le Pape avec son autorité sur le Monde Catholique ; qu'enfin l'Église accepterait cette substitution de la vassalité du Domaine de Saint-Denis à l'indé-

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pendante souveraineté du Domaine de Saint Pierre!

Mais sa guerre au Pape était commencée; il fallait vaincre! Fatal effet d'un premier abus de la force, bientôt obligée à redoubler jusqu'à tout détruire, mais sans pouvoir rien fonder qui ne doive tomber avec elle, quand son règne, d'autant plus court qu'il a été plus violent , arrive à son terme.

Toutefois alors , soit insouciance religieuse dans le public, soit dans le clergé crainte d'aggraver le différend , nulle réclamation , nul dissentiment apparent ne fut remarqué. Le Pouvoir Temporel du Chef de l'Église parut abandonné; quant au Pouvoir Spirituel, si difficile à en démêler, comme il n'était point contesté dans son principe, mais dans ses applications, on laissa au Pape , au clergé et aux circonstances , à en décider.

La catastrophe qui termina ces solennités, l'incendie de la salle du bal donné par le Prince de Schwartzenberg, fit plus d'effet. Le peu de goût que les impressions de mon adolescence , élevée dans un triste isolement au travers des deux Terreurs conventionnelle et directoriale, me donnaient pour ces divertissements , m'avait éloigné de celui-ci, en sorte que, demeuré chez moi , je n'appris cet effroyable malheur que le lendemain, mais fort en détail, ma belle-mère, dame d'atours de l'Impératrice, en ayant été témoin. Ce fut par une porte de derrière, à laquelle étaient adossés les fauteuils de l'Empereur et de Marie-Louise, que Tlmpératrice et ma belle-mère échappèrent à cet incendie qui dévora subitement tant de victimes. L'analogie de .ce désastre avec celui de la rue Royale, lors

du mariage, autrichien aussi, de l'infortuné Louis XVI, ne manqua pas de renouveler de fâcheuses prévisions ; cette impression toutefois fut courte, les esprits, devenus plus positifs , étant peu portés aux superstitions , et la grandeur de Napoléon paraissant au-dessus de tout rapprochement.

Du reste, ce mariage, complément de sa fortune, fut le signal d'une profusion de faveurs, parmi lesquelles on remarqua des décorations autrichiennes données à des régicides. Les déserteurs furent alors amnistiés; un grand nombre de débiteurs du Trésor, déchargés de toute contrainte ; six mille militaires, en retraite, furent dotés et mariés par leur ancien général en chef.

Déjà les trois mois précédents avaient été signalés par d'autres bienfaits de l'administration impériale. A Écouen, à Saint-Denis, le nombre des filles élevées aux frais de l'État avait été doublé ; à Saint-Germain, une école spéciale de cavalerie, de six cents élèves, venait d'être instituée; les besoins du culte avaient été satisfaits par l'augmentation des séminaires. L'utilité de la vaccine venant d'être reconnue, elle fut dès lors exigée pour l'admission à venir dans tous les services publics. On la propagea au moyen d'établissements formés dans toutes les grandes villes de l'Empire. Ce fut encore à cette époque que trente-cinq grands prix décennaux furent offerts à l'encouragement des Arts, des Sciences et des Lettres.

L'éclat des deux sessions de 1809 et de 181 o, qui n'avaient été séparées que pour la forme, accrut la confiance générale. La première, commencée le 3 dé-

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