CHAPITRE VI
cembre , après sept semaines de durée , s'était terminée, comme on l'a vu, par la présentation des drapeaux d'Espagne, le 22 janvier 18 10. Le ier février suivant , dix jours seulement après , s'était ouverte la session nouvelle, signalée par l'adoption du Code Pé-? nal, par de nouveaux règlements sur l'exploitation des mines, sur les frais du culte, et sur l'expropriation pour utilité publique. L'organisation judiciaire fut alors complétée, le monopole du tabac institué, et le budget réglé à sept cent quarante millions : chiffre, comparativement à ce que nous voyons, incompréhensible, si l'on ne remarquait pas qu'une partie des •dépenses, aujourd'hui payées par le Trésor, restait alors à la charge des départements.
D'autres décisions de l'Empereur réglèrent la dotation de la Couronne, le Domaine privé, et le Domaine extraordinaire. Sur celui-ci, fruit des conquêtes et riche d'environ sept cent cinquante-trois millions, on comptait trois cent millions dépensés pour les besoins de nos armées ; une large part en était affectée aux travaux publics, et déjà plus de soixante-douze millions distribués en gratifications et en dotations, la plupart à des militaires. Alors aussi les maisons d'éducation ou de retraite pour les filles et veuves de l'Ordre d'Honneur, doublées en 1809, reçurent en -core une extension double en 18 10. Ajoutez à ces bienfaits un grand nombre de titres, de grades, de places lucratives, de Vémunérations de toute nature, accordés à tous les mérites , et l'on sera forcé de convenir que, pour la première fois depuis longtemps, la grandeur des récompenses égala celle des services.
Un voyage de la Cour impériale, en Belgique, à Anvers, et dans le Brabant septentrional, récemment arraché au Roi Louis, commença le 27 avril : il prolongea les fêtes, en les transportant dans ces départements satisfaits, comblés. de biens, fiers alors d'être réunis au grand Empire. Jamais, quoi qu'on en ait dit, je ne remarquai dans les populations plus d'admiration, de respect et de confiance; même en Brabant, où le clergé catholique, seul, osa se montrer hostile et fut hautement réprimé. On croyait voir en Napoléon le Destin lui-même , et qu'il n'y avait plus qu'a se soumettre ! A ce prestige tout concourait. L'Autriche dans ses ambassadeurs, et par cette Fille des Césars qu'on voyait marcher à la suite de notre Empereur, semblait déclarer qu'elle avait enfin renoncé aux coalitions. La Prusse, désarmée, ruinée et démantelée, demeurait soumise. La Russie, toujours occupée de sa guerre contre les Turcs sur le Danube, paraissait d'accord avec Napoléon, et fidèle au système continental. La Suède, rentrée dans l'alliance française le 7 janvier, allait être forcée de s'unir à ce système. Wellington était repoussé dans le Portugal; Joseph semblait régner à Madrid; l'insurrection espagnole, vaincue à Ocana, continuait à la vérité, mais ce ver rongeur de la puissance impériale semblait alors près d'être écrasé sous le poids, sans cesse redoublé, de nos victoires. Partout ailleurs les Anglais étaient bannis sur Jeun mers, le Continent leur était interdit; et la France, rassurée sur la vie de son grand homme, le revoyait dans son sein , plus maître , plus dominateur que jamais : apparence qui eût pu être une réalité sans la maUieu-