CHAPITRE VI. M
tel il reste encore dans la mémoire de ceux que j'ai vus longtemps attachés à son service.
La bonté de son cœur n'avait pu résister à la détresse qu'imposait à son peuple la prohibition des denrées anglaises : il en permettait l'importation. A cette infraction ruineuse, par un frère, du Système Continental, s'étaient joints d'autres mécontentements de l'Empereur sur le gouvernement intérieur de la Hollande. Malgré ses avis réitérés Louis s'obstinait à laisser sa flcftte désarmée, et à soutenir contre le parti démocratique, qui nous avait appelé , le parti aristocratique hostile à la France. Maintes fois déjà Napoléon , irrité, avait menacé son frère de la réunion de la Hollande à l'Empire. Il lui reprochait surtout de trahir la cause commune , en favorisant la contrebande anglaise au profit de ses sujets et de leurs intérêts présents et mercantiles. Deux fois Louis , de plus en plus menacé de sa déchéance , avait désobéi après avoir promis de se soumettre , et l'Empereur, en le forçant de renvoyer fces ministres, de dépouiller de leurs titres et dotations plusieurs de ses Grands, d'armer sa flotte, et de signer à Paris, pendant les fêtes du mariage, l'abandon du Brabant septentrional à la France , l'en avait puni. Il ne lui avait permis qu'à ce prix de régner sur le reste de la Hollande ainsi mutilée, occupée par notre armée , par nos douaniers , et contrainte de leur livrer, au profit du Trésor impérial, toutes les marchandises anglaises dont les magasins de ses commerçants regorgeaient. V
Sous un tel joug, trois mois après cette capitulation, en juin même année, Louis persistait dans un
reste de révolte, quand tout à la fois, dans les premiers jours de juillet 1810, l'Empereur découvrant que son frère avait osé vouloir lui résister, même hostilement, et Louis, comprimé jusque dans sa capitale près d'être occupée par notre armée , s'en indignant , tous deux éclatèrent : le premier, en déclarant enfin la réunion du reste de la Hollande à son Empire; le second, en abdiquant pour son fils sous la régence de sa mère, et en s'évadant de son Royaume pour se réfugier en Autriche, d'où il a vu l'Empire deux fois expirer, et où lui-même vit encore.
L'Europe attentive accepta silencieusement cet envahissement et ce triste scandale de famille, qu'amortirent peu les ménagements de Napoléon pour son frère, dont il voulut que la retraite à Tœplitz fut considérée comme un séjour favorable à sa santé. Quant à la malheureuse Hollande, resserrée, presque étouffée entre les hostilités anglaises et françaises qui l'environnaient, dès qu'elle fut réunie et assimilée au grand Empire, elle se trouva heureuse, par comparaison, de pouvoir du moins respirer de ce côté. Jusque-là elle n'avait partagé que nos souffrances; l'Empereur l'associa à. notre gloire et aux bienfaits de son habile administration. Sa garde royale devint la sienne; elle eut a Paris ses Grands, sesSénateurs, ses Législateurs; il nettoya, il releva ses finances autant qu'il était possible; il satisfit de même jusqu'aux intérêts de ses marchands, par un système de licences grevées d'un énorme droit aux dépens des fraudeurs anglais et de leurs manufacturiers. Celle invention deson infatigablegénieminaces fraudeurs et protégea les manufactures de sa création;