CHAPITRE VI
elle enrichit son trésor, en laissant une part de profits au commerce de ses sujets et de ses alliés continentaux. Us s'y soumirent, la Russie seule exceptée. Ceci expliquera plus tard le brillant accueil que nous le vîmes recevoir de la Hollande, à la fin de 181 1.
A ces déchirements au sein dé la famille impériale se joignirent bientôt d'autres mécomptes. Ceux-ci naquirent du défaut d'accord et d'ensemble dans nos opérations en Espagne , et des lenteurs fastueuses du Roi Joseph dans son intempestive invasion en Andalousie. La, s'obstinant à paraître régner avant d'avoir achevé de conquérir, il manqua Cadix, dont l'insurrection, aidée des Anglais, fit un poste inexpugnable. Ajoutons la révolte, commencée le 19 avril, de l'Amérique Espagnole et sa séparation de la métropole ; puis la perte du reste de nos propres colonies, la Guadeloupe , Bourbon et File de France , tombées aux mains des Anglais, les 3 février, 7 juillet, et 3 décembre; enfin les revers de Soult en Estramadure, et ceux de Masséna, chassé du Portugal, en mars 181 1, non par les Anglais mais par l'insubordination de ses lieutenants, par une vaine attente de secours promis, par la faim surtout, après avoir contenu six mois Wellington dans ses inabordables et triples retranchements de Torrès Vedras.
Au milieu de ces incidents contraires, dans les premiers jours de juin 1810, Fouché subit les conséquences de son caractère intrigant et agité. Jaloux de passer pour un astucieux et habile politique, d'avoir la première main dans tous les grands événements, et de paraîlre indispensable, même au génie de l'Empereur, il avait été surpris traitant clandestinement de
In paix avec le gouvernement Anglais, sans l'aveu du nôtre, ce qui entrava des négociations secrètement commencées. Destitué, il fut d'abord nommé Gouverneur de Rome; mais, son portefeuille, hors de sa main, ayant dévoilé l'ancienneté et la persistance de cette intrigue , sa nomination révoquée fut changée en un exil.
Laide de camp Savary le remplaça; six mois plus tard, le secrétaire d'État Maret fut appelé au ministère des relations extérieures. 11 en résulta que, à la place de conseillers ayant le droit d'avoir un avis, et avec lesquels il fallait plus ou moins compter, l'Empereur se trouva désormais, de ces deux côtés , sans gêne aucune. 11 n'eut plus affaire qu'à deux serviteurs d'une obéissance outrée chez l'un , et aveugle chez l'autre.
A ceci d'autres événements doivent encore s'ajouter. Ce fut, le ai août (i), l'avènement inattendu au Trône de Suède, comme Prince héréditaire, de Bernadotte, le plus envieux des ennemis de Napoléon. C'est aussi, par un entraînement de situation et de caractère , après la réunion de la Toscane , de Rome et de la Hollande au grand Empire, celle du Valais le 1 a novembre, puis aussitôt, le i3 décembre, celle du Lauenbourg et des villes anséatiques. C'est encore, le 8 novembre, l'assignation de l'archevêché de Paris pour la résidence du Saint-Père. Déjà le Hanovre avait été donné, le i4 janvier, au Roi de Westphalie, avec la promesse d'y joindre Magdebourg ; enfin , un Grand- Duché de Francfort avait été créé pour le Prince Eugène, et l'Empereur était décidé à réunir l'Espagne y