CHAPITRE VIL
* Monsieur , que la résurrection de la Monarchie est un a mystère ; c'est comme l'Arche ! Ceux qui y touchent « peuvent être frappés de la foudre ! Comment l'Aca- « demie ose-t-elle parler des régicides, quand moi, qui 9 sais couronné , et qui dois les haïr plus qu'elle , je « dîne avec eux, et je m'asseois à c6té de Gimbacérès! »
« Votre Majesté, répondit mon père, veut sans « doute parler de la Commission de l'Institut; mais je « ne vois pas en quoi elle a pu mériter de pareils re- « proches. — Elle en a mérité de plus graves, repartit « l'Empereur; et vous, et M. de Fontanes , comme « Conseiller d'État et comme Grand Maître del'Univer- «r site, vous mériteriez que je vous misse à Vincen- « nés ! » Mon père répliqua : « Je ne vous crois point c capable, Sire, de cette injustice. On peut trouver na- « turel d'entendre blâmer la mort de Louis XVI, sans « croire contrarier un Gouvernement qui vient de « faire dresser à Saint-Denis des autels expiatoires! »
À ces mots, l'Empereur, en colère, frappant du pied, s'écria : « Je sais ce que je dois faire , et quand et « comment je dois le (aire ! Ce n'est point à vous de o le juger ! Vous n'êtes point ici au Conseil d'État ! Et « je ne vous demande point votre avis ! »
« Je ne le donne pas , répondit mon père , je me « justifie! »
« Et comment, reprit l'Empereur, justifiez-vous « une pareille inconvenance?»
« Sire, dit alors mon père, M. de Chateaubriand, m dans son discours, compare Chénier à Milton, qui m. était un grand homme; et, quand il le condamne, m c'est en ne traitant que d'erreur d'une âme élevée
« le républicanisme et le vote de Chénier. Je n'ai vu « à cela rien d'inconvenant. »
« Enfin , ajouta Napoléon , au lieu de faire l'éloge « de son prédécesseur , il a condamné tous les régi- « cides, dont une partie est dans l'Institut. L'auriez- « vous osé comme lui , en face d'eux? *
« Et c'est justement, Sire, s'écria mon père, ce que « j'ai fait dans le tableau politique de l'Europe, quand « ils gouvernaient encore , pendant la République ; et a là , ce que M. de Chateaubriand n'appelle qu'er- « reur, je l'ai nommé crime! Ces messieurs ne m'en a ont pas su mauvais gré ; ils sont plus accoutumés « que vous ne le pensez aux discussions politiques. »
« Monsieur, répliqua l'Empereur, on lit froidement « un ouvrage dans son cabinet, il n'en est pas de « même d'un discours prononcé en public; cela au- « rait fait un scandale honteux 1 »
<t En le permettant, répondit mon père, ç'au- « rait été , tout au plus , un scandale de vingt-quatre « heures; en le défendant, ce sera peut-être celui <x d'un mois! »
« Je vous répète , Monsieur, reprit rudement TEm- « pereur , que je ne demande pas de conseils. Vous <c présidez la seconde classe de l'Institut, je vous ora donne de lui dire que je ne veux pas qu'on traite « de politique dans ses séances! »
« En ce cas, Sire, ajouta mon père, je dois renoncer « à l'éloge de Malesherbes qu'elle m'a chargé de foire . »
<c Je n'y vois pas un très-grand mal, » répondit Napoléon. Puis, de sa voix brève et la plus impérieuse : « Exécutez mon ordre! allez, et songez