CHAPITRE VIT
* bien que, si la Classe y désobéit, je la casserai comme « un mauvais club! »
L'Empereur en achevant ces mots salua, et chacun, la tête baissée, se retira, évitant mon père, à l'exception de Duroc, qui, se rapprochant de lui, lui fit observer que, s'il n'avait rien répondu, cette scène n'aurait duré qu'une seconde.
Le lendemain matin mon père, décidé à une explication, ne manqua pas de se rendre au lever, où plusieurs lui firent une assez froide mine. Le lever congédié, il resta chez l'Empereur, malgré Rambuteau, alors chambellan, aujourd'hui préfet de Paris, et qui, pensant qu'il allait se perdre, voulut en vain l'entraîner dans la salle précédente.
L'Empereur, s'apercevant que mon père était demeuré seul dans son intérieur, lui demanda, avec douceur, ce qu'il désirait. « Vous parler, Sire , de la scène « d'hier au soir, lui dit mon père ; le respect seul m'a « fait garder beaucoup de choses que je voulais vous « répondre. Rien n'est plus pénible que des repro- « ches aussi vifs pour ceux qui vous sont attachés. Si « vous voulez qu'on ne contrarie pas les maximes de « votre Gouvernement, il faut, pour nous au moins, « n'en pas faire des énigmes. L'approbation que vous « aviez donnée à ce que j'ai écrit sur la mort du Roi, « les paroles sévères que vous avez prononcées récem- « ment contre les régicides , dans la Salle du Trône , « enfin votre ordonnance expiatoire pour Saint-Denis, « rendent incompréhensible, pour moi, la manière tr très-rude avec laquelle vous m'avez parlé hier, et « dont je suis très-affecté. »
Alors mon père lui expliqua en détail tout ce qui s'était passé dans la Commission. Il lui fit remarquer qu'un tel discours, en le supposant malfaisant, n'aurait pu nuire qu'à son auteur, tandis que, repoussé ainsi , il tournerait contre la chose en elle-même, cette interdiction pouvant paraître une approbation d'un acte justement et politiquement réprouvé. Il termina en ajoutant, que surcharger la littérature de trop de chaînes, et la borner à des discussions grammaticales, ce serait obscurcir, éteindre même un des rayons les plus brillants de la gloire de son règne , la haute littérature, comme la morale, ne pouvant guère être séparée de la politique.
A toutes ces choses l'Empereur, après l'avoir bien écouté, répondit : a Je ne vous en veux pas. Ceci « est de ma politique. Je vous ai dit hier ce que je « voulais qu'on répétât. Il y a de l'esprit de parti « dans tout cela. Si c'était un autre que M. de « Chateaubriand qui eût (ait ce discours, je n'y aua rais pas pensé; et voilà ce que, comme homme ce d'État, vous auriez dû sentir. Au reste, ajouta- t-il en « riant, convenez que les littérateurs visent toujours « à l'effet, et qu'ils aiment à parler aux passions. « Avouez encore que, comme homme de lettres et « comme homme de goût, M. de Chateaubriand a a fait une inconvenance ; car enfin , lorsqu'on est « chargé de faire l'éloge d'une femme qui est borgne, « on parle de tous ses traits, excepté de l'œil qu'elle « n'a plus 1 »
Ce bon mot fit rire mon père, et l'Empereur alors reprit : « Ah ça, vous n'êtes plus fiché, ni moi non plus ;