CHAPITRE VU
duils à un seul par département, et surtout les avantcoureurs de la guerre de Russie, semblèrent avoir détourné son attention. 11 était déjà même parti pour cette guerre , quand l'apparition des Anglais devant Savone et la crainte d'un enlèvement le décidèrent à ordonner le transférement du Pape à Fontainebleau. Cet ordre fut, dit-on, exécuté sans assez de ménagements, tant il est rare que les rigueurs d'un chef ne s'accroissent pas du zèle exagéré des employés subalternes qu'effraie leur responsabilité.
Pie Vil malheureusement traité, dit-on, comme un prisonnier d'État, arriva malade à Fontainebleau, le 20 juin 1812.
Si l'on ne peut disconvenir de l'ambition croissante de l'Empereur dans sa prospérité, il faut aussi remarquer que , inflexible dans ses revers , aucun malheur n'obtint de lui le moindre abandon de ses projets, la moindre concession de ses conquêtes. C'est ainsi que, à son retour de Moscou, malgré l'énormité de ce désastre, et au milieu de ses efforts pour le réparer, on le vit, à Fontainebleau, reprendre, avec la même persistance, sa querelle religieuse. Il y profita de l'isolement du Ponlife, dépourvu de ses meilleurs conseillers ; et, dominant de l'ascendant de son génie l'esprit simple et doux du saint vieillard, fatigué par une aussi longue résistance, il l'entraîna, par la séduction de sa parole, à signer, le 24 janvier, le concordat de i8i3 : . c'est-à-dire, à se résigner à la décision du Concile du 5 août 1 8 1 1 , et à l'abandon tacite du Domaine de Saint- Pierre, ce qui devait amener la résidence des Papes au sein de la France !
La violence ici, quoi qu'on en ait dit, fut toute morale, celle de l'ascendant d'un grand esprit sur un esprit affaibli. Mais, comme il est impossible d'en détacher les violences matérielles précédentes, telles que l'usurpation dés États de l'Eglise, l'exil, l'emprisonnement des Cardinaux et prélats romains, l'enlèvement, la captivité, la situation dépaysée, isolée et souffrante du saint vieillard, cet ensemble dé faits suffit pour légitimer à tous les yeux sa protestation du il\ mars. En effet, deux mois après la signature de ce concordat , le Saint- Père, rendu à ses Conseillers, l'annula par une rétractation, dont le droit était évident et incontestable.
L'Empereur, en recevant cette déclaration, dictée par le Cardinal Pacca , mais tout entière écrite et signée de la main du Pape, s'irrita cl'abord; puis il la considéra comme non avenue. Il se contenta d'exiler le Cardinal de Vietro, confesseur du Saint-Père ; de le réduire lui-même à sa Cour italienne; de déclarer le nouveau concordat loi de l'Etat, et son exécution obligatoire au clergé de tout l'Empire. Il remit le soin du resté au temps et aux graves événements qui se préparaient.
Le Pape et sa Cour assez nombreuse demeurèrent à Fontainebleau, convenablement entretenus et servis par la maison de l'Empereur, mais toujours sous la surveillance d'un officier de gendarmerie, que cette Cour croyait avoir été jadis prêtre, puis marié, puis divorcé : c'était celui-là même qui avait amené le Saint-Père cle Savone à Fontainebleau.
Ici, devançant encore l'ordre des temps, pour acbe-