‹ Histoire et mémoiresChapitre 258 sur 266 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ver le récit des faits qui se rattachent à ce souvenir, j'ajouterai que, dans l'hiver de i8i3 à 1814, après quelques tentatives inutiles pour reprendre les négociations avec le Saint-Père , l'Empereur, voyant la France envahie, se décida à le renvoyer vers les frontières italiennes. Pie VU partit de Fontainebleau le 23 janvier i8i4> accompagné d'un seul prélat, de son médecin, d'une voiture de suite, et du même officier français attaché à ses pas depuis Savone. Les jours suivants, les Cardinaux reçurent la même direction. Le triomphe des alliés acheva leur délivrance. Tels furent le commencement, la suite et la fin de la querelle politique et religieuse de Napoléon et du Saint-Père.

Maintenant que cette triste querelle est esquissée jusqu'à son terme, reprenons la fin de 1811 que venait d'atteindre mon récit; retournons à deux autres entreprises bien plus immédiatement dangereuses, et d'autant plus qu'elles allaient être simultanées. On a vu que, en 18 10, nos ai*mées d'Espagne, affaiblies par leur dispersion, sous vingt maréchaux ou généraux en chef, sans compter un Roi sans sujets et sa Cour ruineuse, avaient été élevées à quatre cent mille hommes ; que dans cette lutte, où l'on ne vivait que de réquisitions, d'extorsions et de pillage; où chaque buisson, chaque rocher recelait un ennemi; où tous les genres de guerre étaient partout à soutenir, guerres de batailles, de sièges, et de guet-apens, on avait alors cru pouvoir en finir partout à la fois. En conséquence, pendant qu'on avait aventuré Suchet de l'Èbre sur Valence, l'Andalousie et Grenade avaient été envahies par le maréchal Soult, et d'autre part, sous Masséna,

le Portugal, que défendait l'armée anglo-portugaise. Or, de la multiplicité des chefs et de cette simultanéité d'entreprises il venait de résulter que , partout trop faibles et manquant d'ensemble, ces trois expéditions avaient échoué : la première dès son premier pas, et les deux autres en mars et en mai 181 1. Masséna, mourant de faim, et repoussé de Lisbonne sur Salamanque, était rappelé ; Soult, en Andalousie, diminué aussi de plus de moitié, criait au secours : il n'avait réussi qu'à y étendre et à y compliquer nos embarras ; son intempestive agression s'y trouvait réduite à la défensive;

Quant à Suchet, revenu en Aragon et en Catalogne, il y donnait le plus mémorable des exemples, mais malheureusement le plus mal suivi. Là , de même qu'il le fit plus tard dans Valence, son habileté guerrière et administrative savait conquérir à la fois les plus fortes villes et les coeurs les plus ulcérés de ses adversaires.

Pour nous , restés à Paris près de Napoléon pendant ces événements, quand la nature de cette guerre, quand la fausse position du Roi Joseph et les ambitions de tant de chefs, jaloux l'un de l'autre , rendaient si indispensable , au milieu d'eux , la présence de notre Empereur, étonnés de son inaction , nous nous en étions demandé la cause. Était-ce confiance et dédain de victorieux , ou fatigue et commencement d'appesantissemerit? Nous ne savions. Mais les plus clairvoyants d'entre nous attribuaient cette apparente stagnation à d'autres motifs. Ils voyaient que, malgré son mariage avec l'Autriche, qu'en raison même et de

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