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CHAPITRE VIII

ce mariage hostile à la Russie, et de nos récentes extensions de Rome jusqu'à Hambourg, envahissement d'une paix devenue plus conquérante que la guerre, il avait redouté, au nord de l'Europe, pendant les dangers lointains qu'il eût été affronter au fond de l'Espagne , la recrudescence d'une coalition. C'était ainsi qu'ils s'expliquaient son séjour forcé au point d'où partaient tant d'entreprises simultanées et si excentriques; voilà, disaient-ils, pourquoi, en dépit de la prévoyante répugnance de Massé na, il lui avait confié l'acte décisif de cette guerre péninsulaire, l'expulsion de Wellington, et pourquoi, quelle qu'en fût l'impossibilité, il s'était décidé à ne commander que de Paris ses armées d'Espagne.

Il est vrai que, au milieu de 1811, l'admirable et double conquête, par Suchet, de Tarragone et de Valence, et le double échec subi par Wellington, repoussé de Ciudad Rodrigo et de Badajoz, avaient pu accroître sa confiance. Mais à la fin de cette même année, et dès le commencement de 181 2, quand la perte de ces deux clefs de l'Espagne, quand l'absence de Napoléon, le rappel de sa Garde et de ses meilleurs cadres, devaient tout aggraver dans la Péninsule ; lorsque, dans l'intérêt pressant de cette conquête et du système continental, il eût fallu, à tout prix, éviter toute diversion, ceux- f à même d'entre nous ne pouvaient comprendre pourquoi, malgré les protestations sincères et pacifiques d'Alexandre , ils voyaient notre Empereur provoquer, à l'ai Are bout de l'Europe, une autre guerre, celle de Russie , dont il avait commencé, depuis deux ans, et dont il achevait alors les apprêts immenses.

N'était-ce donc plus à deux grands Empires qu'il ambitionnait de réduire l'Europe? N'y voulait-il plus que le sien seul? Déjà, toutes les Puissances de second ordre en étaient vassales ; déjà, des quatre grandes Puissances continentales, la Prusse était annihilée, l'Espagne envahie, l'Autriche soumise. Restait la Russie, tout au contraire, agrandie au nord et au sud depuis Tilsitt. Mais n'était-ce pas de son aveu ? S'en repentait-il déjà, et se décidait-il à lui imposer le joug d'un Pouvoir qui ne souffrait plus d'égal ni de résistance?

Pourtant les mesures violentes qu'il fut alors obligé de prendre contre soixante mille conscrits réfractaires , traqués, saisis, confinés dans nos îles, puis envoyés par eau à Davout pour éviter en route leur désertion, enfin les extorsions, les révoltes , les répressions sanglantes, résultats de ces mesures, et la nécessité d'organiser les trois bans de la garde nationale , n'indiquaient que trop combien déjà la population guerrière de la France était épuisée, et ce redoublement de guerre, insupportable à tout l'Empire. J'ai dit assez, d'ailleurs, que le premier, le plus remarquable de ses principes, celui auquel il avait dû sa gloire , était de démêler, dans chaque situation , l'affaire la plus pressée , et, dans celle-ci, le point capital; puis aussitôt, négligeant momentanément le reste , de tout rallier pour se précipiter, pour frapper un coup de foudre à ce point décisif, dont tout dépendait. Ce principe, qu'il avait si souvent et si heureusement appliqué sur les champs de ses batailles, comment s'attendre à ce qu'il y manquerait sur un champ plus vaste? Comment croire que, de Cadix à Moskou, il oserait compromettre sa grande

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