‹ Histoire et mémoiresChapitre 260 sur 266 · CHAPITRE VIIÏ. H h · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIÏ. H h

fortune; qu'il risquerait de la consumer, à la fois ainsi, par ses deux extrémités , devenues si lointaines?

Il est vrai que, dans cette double et vaste entreprise, tout n'était point aussi clair et aussi déterminé que dans la position plus simple de deux armées en présence, où la question purement militaire domine impérieusement. Ici la politique compliquait le raisonnement d'une foule de considérations diverses. On doit compter parmi celles-ci : les défaites et la chute de l'armée turque, tombée tout entière aux mains de Kutusow, le 8 décembre 1 8 1 1 ; la nécessité, dès lors, d'opérer prornptement une diversion; l'espoir qu'une grande menace contre la Russie suffirait pour encourager le Divtfti, pour prolonger sa lutte contre Alexandre , enfin pour forcer ce Prince à fléchir devant la puissance de Napoléon à la tête de l'Europe coalisée avfec la France. Toutefois cette défaite des Turcs n'est point un motif, la guerre de Russie ayant été résolue avaht cet événement.

Qu'on me permette, cependant, de hasarder ici un mot de plus; Car, lorsqu'il s'agit de juger un si grand esprit, il faut tout considérer. Et d^abord, quant à cette extension si démesurée de son Empire au delà de Flessingue, jusqu'à Hambourg et Dantzick , on peut croire, d'après ses déclarations de Berlin en 1806, qu'il ne la regardait que comme un gage à restituer un jour, contre les conquêtes maritimes de l'Angleterre , pour obtenir la paix universelle. Quant à la hâte, si contraire à tous ses. principes, d'entreprendre sur Moskou avant d'en avoir fini à Cadix, une autre considération pourrait peut-être, sinon l'excuser du moins Fexpli-

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quer. Chacun sait la triste impression que l'on éprouve lorsqu'aux forces vives et à l'agilité de la jeunesse succède, avec l'âge, l'appesantissement d'un lourd embonpoint. Cette transition, qui est un si pénible avertissement, Napoléon la subissait depuis la fin de 1810. Il n'avait alors, il est vrai , que quarante-deux ans. Mais comment douter que, à ce signal de déclin et d'affaiblisseinent physique, l'avenir de son œuvre, fondée sur la force, ne l'ait inquiété ? Qu'on se rappelle ses paroles à mon père, à cette époque : « Sachez qu'à « présent la moindre course à cheval est pour moi une « fatigue! » puis celles à M. Mollien : « Je suis mor- « tel, et plus qu'un autre ! » et celle-ci : « Mon scep- « tre pour mon héritier sera bien lourd à porter ! » Dans cette prévision , comme ce sceptre, comme cet héritier semblaient n'avoir plus , sur le Continent , d'autre puissance à redouter que celle de la Russie , il se peut, se sentant vieillir, qu'il se soit repenti de l'avoir accrue du nord au sud; jusqu'au golfe de Bothnie, et au Danube ! De là cette hâte à vouloir l'abaisser, mais dans un esprit de conservation plus que de conquête ; d'oùrésulterait que le réproche d'une impatiente et gigantesque ambition en pourrait être atténué.

L'erreur d'un homme de génie ne s'explique pas seulement par l'aveugle entraînement d'une grande passion ; elle a plusieurs causes; celle-ci peut-être en est une. L'événement a jugé la faute, je ne la conteste pas; je ne cherche ici que le vrai ; tant mieux s'il excuse.

Toutefois ceux à qui Londres, bien plus que Pétersbourg, paraissait notre plus dangereux ennemi, en sachant l'Angleterre écrasée d'impôts , d'emprunts , de

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