‹ Histoire et mémoiresChapitre 4 sur 266 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

C'était engager un duel entre deux Empires, aussi subitement et inconsidérément que survient un duel entre deux hommes. La Reine , sa Noblesse , son armée, le Prince Louis en tête, l'applaudissaient. Aux yeux de ceux-ci, tout gonflés de la gloire du Grand Frédéric, dont ils se croyaient dépositaires, cette guerre était une affaire d'honneur, qu'il fallait vider sans délai , sans autre considération , sans seconds même. L'emportement fut si aveugle qu'on ne songea qu'à attaquer; on oublia de se défendre. Ils négligèrent jusqu'à l'armement et l'approvisionnement de leurs forteresses. Tout répondit à cette fougue inconsidérée : la garnison de Berlin en donna le premier signal; elle partit de cette ville comme une émeute , en tumulte, marchant tout exaltée , criant de joie, se précipitant à une lutte si sérieuse, comme les foules enivrées courent à leurs rendez-vous de plaisir et à leurs fêtes )

Les torts étaient réciproques, mais inégaux. D'une part le mauvais vouloir, à la fois timide et évident, du Cabinet de Berlin , l'inquiétude qu'il %vait causée à Napoléon pendant la campagne d'Àusterlitz , puis les dispositions, les manifestations hostiles et personnellement injurieuses de la Cour, de la Reine et de la Noblesse prussiennes , avaient justement irrité notre Empereur. Mais lui, d'autre part, dédaignant trop la timide versatilité du Roi, s'était complu à traiter sans assez de ménagements ce Monarque pacifique. Voilà pour les torts préliminaires ; on voit que, partagés, leur balance pèse surtout du côté de Frédéric. Quant aux fautes après la rupture, elles sont toutes de son côté, et la Prusse en porta la peine.

Ce Prince avait manqué à la troisième coalition ; et c'est après qu'il nous a laissés la détruire ; c'est lorsque ses allies russes et suédois sont hors de portée ; c'est quand la Grande Armée victorieuse et recrutée n'a qu'un pas à faire, c'est alors qu'il assigne un jour, qu'il donne le signal, et que, en enfant perdu de la quatrième coalition, il s'avance, et s'offre seul en butte à notre premier effort. Il commet ainsi, en octobre 1806, la même faute sous laquelle il a vu succomber l'Autriche en octobre i8o5. Bien plus, comme s'il n'y avait pas déjà assez de la folie de cette imitation, on retrouvera encore à Weymar, dans l'action qui va suivre, le même trouble, la même incurie qu'on a vus à Ulm : on y remarquera dans le Duc de Brunswick, qui va se laisser tourner par sa gauche, et séparer de la Prusse et de sa capitale, ce même aveuglement dont Mack avait été frappé, en se laissant tourner par sa droite, et séparer de l'Autriche et de sa retraite !

De notre côté, tout au contraire, même rapidité dans les apprêts quien i8o5; même soin de les dissimuler par des pourparlers prolongés, par des fêtes pacifiques préparées à Paris et des revues passées à Meudon, suivies de la marche en poste de notre réserve; enfin, dans la préméditation du plan de campagne même hardiesse de génie, et pour le succès même certitude !

C'est un fait certain que, avant son départ de Paris du ?4 septembre, le doigt sur la carte, l'Empereur annonça l'anéantissement de l'armée prussienne vers le 1 5 du mois suivant, et qu'il désigna Clarck pour être Gouverneur de Berlin vers la fin d'octobre ! Daru,de qui je tiens ce fait dont il fut témoin , ajoutait que,

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