CHAPITRE VIII
On sut bientôt, d'elle et de Napoléon lui-même, comment elle avait obtenu sa grâce. Accueillie avec égards , elle n'avait d'abord songé qu'à défendre son mari en protestant de son innocence. « Fille du mite nistre Schulembourg , l'un des ennemis les plus <f ardents de Napoléon, sans doute l'Empereur, avait- « elle dit, voulait se venger de son père sur celui qu'il « avait choisi pour gendre ! » Cette supposition pouvait paraître injurieuse; Napoléon, sans s'émouvoir, y répondit en se faisant apporter la dépêche accusatrice, qu'il lui fit lire, dont il la fit juge, et lui expliqua les conséquences ; mais aussitôt, touché de l'extrême détresse de cette infortunée : a Eh bienl » s'empressat-il d'ajouter, en lui montrant la cheminée devant laquelle elle était assise , « puisque vous tenez entre a vos mains la preuve du crime, anéantissez-la, etdé- « sarmez ainsi la sévérité de nos lois de guerre 1 » Il n'avait pas fini, que déjà l'heureuse Princesse, se précipitant, avait jeté au plus ardent du foyer la lettre fatale. L'Empereur alors, achevant de la rassurer par la promesse de sa protection , l'avait promptement renvoyée à son mari qu'il venait de lui faire sauver de ses propres mains, par cette clémence ingénieuse.
C'était, comme il a été dit, après la revue du corps d'armée de Davout , que cette action de l'Empereur, simple au fond, mais belle par la forme, avait eu lieu. Dans cette revue , sa noblesse d'âme s'était montrée par un acte de justice d'un autre genre. Depuis le i5 octobre son équité souffrait : il la sentait surchargée de la part de gloire de son lieutenant, qu'il s'était attribuée dans ce bulletin , ou , confondant Auerstœdt dans
léna, il n'avait fait qu'une bataille de ces deux victoires. Aussi avait-il saisi toutes les occasions de restituer en détail cette gloire usurpée, sa politique se refusant à une restitution plus ouverte et plus complète. A. Iéna même , dans la nuit du i4 au i5, quand, deux heures après mon rapport de Weymar à l'Empereur, le colonel Bourck, officier de Davout, était venu lui apprendre cette victoire d'Auerstœdt : « Mon cousin , cf avait-il écrit à ce maréchal , le combat d'Auerstœdt a est une des plus belles journées de l'histoire de « France ! Je la dois aux braves troupes du troisième « corps et au général qui les commande ; je suis bien <c aise que ce soit vous \ »
Le lendemain, à Weymar, redoublant encore, il terminait un ordre de ce jour par ces mots : « Que « Davout et son corps d'armée avaient acquis , pour « jamais , des droits à son estime et à sa reconnaisse sance! » A Nauembourg, il avait été visiter luimême et consoler les nombreux blessés de ce maréchal; à Wittemberg, il avait voulu que Davout eût l'honneur d'entrer le premier dans la capitale ennemie; et, dans son ordre de ce jour-là, il avait motivé glorieusement cette préférence. A Berlin enfin , le 38 octobre, dans cette revue du corps d'armée de Davout, il venait encore de consacrer à la reconnaissance toute cette journée, dont il avait couronné la fin par un acte de clémence. Cinq cents étoiles d'Honneur, et la plus nombreuse des promotions à divers grades, en avaient été le gage. Quant à ces dernières faveurs , la circonstance les commandait, puisqu'il (allait bien remplir d'aussi grands vides; mais, en distribuant ces grades