‹ Histoire et mémoiresChapitre 5 sur 266 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

dès Mayence, le 2 octobre, lorsqu'il demanda l'ordre de faire suivre le Trésor, Napoléon lui répondif : « Que « le trésorier suffirait! » Le Trésor resta en France. L'Empereur comptait si bien d'avance sur les dépouilles de la Prusse, que, s'engageant dans une aussi grande guerre, il n'emporta avec lui que vingt-quatre mille francs, pour entretenir et solder deux cent mille hommes !

Il n'y avait rien de vague , rien de présomptueux dans une aussi ferme certitude. Ce n'était ni orgueil de génie, ni mépris de son adversaire. Ce qui lui donnait cette assurance, était un renseignement que lui avait envoyé Berthier. La réponse qu'il lui fit de Saint- Cloud, le i[\ septembre, en indique l'importance.' « Accélérez le mouvement de Soult. Il importe qu'il « arrive vite à Ambert, puisque l'ennemi est à Hoff ; « extravagance dont je ne le croyais pas capable, « pensant qu'il resterait sur la défensive le long de

« l'Elbe ! » Cette citation suffit ; le récit des faits

suivants va en être le commentaire.

L'Empereur quitta Mayence et franchit le Rhin le 3 octobre. Les ordres de marche à ses troupes, les hommages des PrinceS du Rhin , des conférences avec l'Archiduc Ferdinand et une vaine tentative de rapprochement avec l'Autriche , le projet arrêté du mariage de son frère Jérôme avec la fille du Roi de Wur-

temberg, enfin la dénonciation des medaces violentes de la Prusse à ce nouveau Monarque, dont s'accrut l'irritation de l'Empereur contre Frédéric et le Prince de Brunswick, telles furent ses principales occupations à Wurtzbourg jusqu'au 5 octobre. Ce jour-là je l'y rejoignis de Par»* • où Âusaue-la il m'avait permis de séjourner.

. Ce fut de Bamberg qu'il donna, le 6 octobre, ses derniers ordres. Il y reçut des ennemis leur manifeste. Sa proclamation à son armée y répondit. Frédéric, alors à Erfiirt, publia la sienne. Dans ce premier combat d'éloquence guerrière , l'avantage entier fut du côté de l'Empereur. La pensée, son expression, annoncent quels seront l'habileté , l'à-prôpos et l'autorité de ses manœuvres; c'est le génie audacieux et impétueux de la conquête; c'est tout le mouvement, tout le feu de l'action et de la victoire ! Dans la proclamation de Frédéric, on ne vit que l'honnêteté et la faiblesse de ce Prince. Dans chacun de ces deux discours le style est l'homme lui-même : quand l'un y commande et entraîne tout, ce sont au contraire ses entours, son armée et les circonstances, enfin tout ce qui n'est pas lui, qui semblent entraîner et commander l'autre.

Pour bien comprendre d'un coup d'œil tout l'esprit de cette campagne , ou de la première et grande manœuvre qui en décida, il suffit d'envisager un moment les cours de l'Elbe et de la Saale.

L'Elbe, comme chacun le sait, dans son cours de Prague à Dresde, Wittemberg, Magdebourg, Hambourg et Cuxhaven , traverse l'Allemagne septentrionale du sud-est au nord-ouest.

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