‹ Histoire et mémoiresChapitre 43 sur 266 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

flatteur de tous, lui peignait ses soldats « ivres d'a- * niour pour leur Empereur comme pour une maî- « tresse ! » Napoléon lui-même, en plaisantant il est vrai, venait de lui écrire : « Qu'il n'avait plus qu'à ré- « former son corps du génie et à faire fondre sa « grosse artillerie, puisqu'il lui suffisait de ses hus- « sards pour prendre les plus fortes citadelles ! »

Ce fut donc, il faut ici le répéter, la facilité rapide d'un triomphe si entier qui décida Napoléon à tenter le reste. Son ambition crût avec sa fortune. Il n'était pas accoutumé à se laisser devancer par elle. Dédaigneux de traiter avec un Roi désormais sans Royaume et sans armée, dès qu'il se vit le pied sur la Baltique, l'Océan lui parut insuffisant : il espéra réunir cette autre mer au système continental , et vaincre ainsi la mer par la terre, en interdisant aux Anglais Tacces de toute l'Europe 1

De là ses décrets de Berlin auxquels il avait préludé dès son séjour à Wittemberg ; ce qui explique sa déclaration à Cambacérès, quand il lui écrit : « Cette « fois je vais m'y prendre d'une telle façon, que j'en « finirai avec tous mes ennemis ! » et le 22 novembre, au Sénat : «c Mon projet est le plus vaste que j'aie « jamais conçu !» De là aussi, employant, sacrifiant tout pour atteindre ce but, son habileté, déjà trop ingénieuse, à se créer divers moyens de recrutement, tels que : ces quinze mille Espagnols exigés du Prince de la Paix ; l'appel de tous les soldats des Princes allemands, ou ralliés, ou dépossédés par la victoire ; celui de la plupart de nos régiments demeurés à l'intérieur; enfin, la garde de la France, et de Paris même,

laissée à plusieurs milliers de gardes nationaux mobilises et à des bataillons composés d'ouvriers de marine ou de matelots restés inactifs.

Quant à nos escadrons et bataillons de dépôts , cadres que remplissent la conscription de 1806 et même celle anticipée de 1807, leurs recrues les plus exercées lui seront envoyées successivement en régiments de marche ; ces régiments achèveront en route leur armement , leur équipement , leur remonte même et leur instruction ; et, tout à la fois, ils contiendront sur nos derrières et l'Autriche et les populations conquises , en cheminant et en séjournant sur notre ligne d'opérations.

Quelques mois plus tard, après le carnage de Preuss- Eylau , on le verra appeler encore la conscription de 1808 , des corps de marins, et le reste de nos régi- . raents. Ils seront remplacés à l'intérieur par des légions de gardes nationales que des Sénateurs commanderont. Ce gigantesque armement allait être fort, avec ses auxiliaires étrangers, d'environ sept cent mille hommes ! Et pourtant il était à peine proportionné à l'immensité de son projet. On verra que, toutes les nécessités satisfaites, arrivés sur les champs de bataille, il ne devait guère se trouver au point décisif, sous la main de Napoléon, plus de cent vingt mille sabres et baïonnettes !

Ainsi l'orgueil d'un triomphe inouï et l'irritation croissante contre le despotisme maritime et acharne de l'Angleterre, avaient amené la déclaration du Système Continental, et, ce système déclaré, l'obligation d'y soumettre la Russie, ou du moins de le tenter.

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