‹ Histoire et mémoiresChapitre 45 sur 266 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Je ne sais pourquoi l'ou a reproché à Berlin sa réception à notre Empereur. Celle de Posen fut bien différente. A Berlin, hors quelques témoignages inconvenants d'une admiration involontaire , la consternation et l'effroi l'avaient surtout accueilli. A Posen ce furent la joie et l'enthousiasme. Une ville française eût été moins démonstrative. Arcs de triomphe, garde d'honneur, illuminations, concours, au-devant de lui, d'une population enivrée d'espoir, harangues exaltées en style oriental, offre de tous les bras, de toutes les fortunes et de tous les cœurs, rien n'y manqua. A tant de transports les réponses de Napoléon furent graves et calculées : elles ménagèrent l'Autriche dans le présent, la Russie dans l'avenir. Toutefois, pour ne point refroidir l'enthousiasme, il ajouta quelques promesses, mais vagues et conditionnelles.

Cette réserve lui fut imposée, non-seulement par les nécessités de sa politique, mais aussi par l'état des choses en Pologne. Le cri de cette foule de gentilshommes polonais qui lui répondaient de leur pays, ne l'entraîna pas; il se défiait des responsabilités collec-

tives. Dans ce peuple de seigneurs indépendants l'uq de l'autre, et de serfs, il ne vit point de quoi faire une nation. L'ordre y manquerait, l'ensemble aussi, et un Tiers État que le temps seul pouvait organiser. Il eût fallu là tout reconstituer : changer les mœurs , créer des lois, leur asservir la liberté, libérer la servitude! Tout étant à vaincre au dedans comme au dehors, et tout à régénérer à la fois, il n'y avait point à y songer; la Pologne et lui se comprirent. Lui si entier, elle si passionnée, si chevaleresque, sentirent qu'on ne pourrait rien faire là qu'à demi. Des deux côtés l'on se conduisit en conséquence.

A Posen d'ailleurs, Napoléon se devait, avant tout, à la seconde lutte qu'il entreprenait contre Alexandre. Ce fut là sa préoccupation presque exclusive. A Berlin, c'était plutôt autour de lui, qu'en lui-même, qu'il y avait eu de l'hésitation : les hommes les moins aventureux par l'âge ou la position , tels que Talleyrand , Berthier, Daru, etc., s'étaient effrayés d'une campagne d'hiver, à quatre cents lieues de Paris, et au fond de la Pologne. Ils eussent voulu qu'on s'arrêtât. Soit prudence ou fatigue , ils avaient blâmé cette entreprise. Quant à l'Empereur, les circonstances autant que son caractère l'avaient poussé en avant. L'acceptation de l'armistice offert à Frédéric et la rentrée de l'armée russe dans sa frontière eussent seules pu l'arrêter encore. Autrement, et au point où les choses en étaient venues , comment aurait-il pu laisser sa conquête inachevée ?

On a prétendu qu'un autre parti eût été à prendre, celui qu'à Berlin on lui proposa. Mais il était impra-

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