CHAPITRE
ticable. U consistait à regagner la Prusse à force de générosité; à la refaire grande, forte, et capable de contre-balancer, avec nous , les Puissances Russe et Autrichienne ; à en faire enfin le point d'appui sur lequel se serait relevée et reconstituée la Pologne entière. U eût ainsi rallié Frédéric à sa Confédération et à son Système Continental. Mais alors il eût fallu lui restituer nos conquêtes, et compter sur le caractère de ce Roi, qui n'en avait guère montré ; il eût fallu croire au retour exclusif, en notre faveur, de l'esprit de sa Cour et de sa Noblesse. Une transformation aussi complète et aussi subite eût été bien extraordinaire : après les manifestations violentes tout opposées qui avaient amené la guerre ; au milieu de toute la ruine , de toutes les humiliations d'une défaite aussi cruelle ; enfin après l'amertume de ces bulletins où le Roi seul avait été ménagé. Il n'y avait donc rien à espérer de ce côté, et la guerre seule pouvait terminer la guerre! Elle se présentait sous un aspect plutôt attrayant que défavorable. Alexandre ne s'y était point préparé pour son propre compte. C'était en Prusse, comme allié seulement , hors de chez lui , et offensivement, qu'il avait cru s'y engager. Il s'attendait si peu à être forcé de se défendre, que, en même temps , il avait entrepris une autre guerre. La moitié de son armée envahissait alors la Moldavie et la Valachie que Londres lui avait abandonnées. Mais, lorsqu'il avait compté sur toute la Prusse entre lui et Napoléon , ce Royaume avait tout à coup disparu de la carte de l'Europe ! Resté seul de la quatrième coalition , dont une partie venait de se retourner contre lui-même , il
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revoyait, comme à Austerlitz, la Grande Armée victorieuse, apparaître en face de lui ; mais cette fois , à portée de sa frontière , avec l'avantage du nombre f accrue de la Saxe, de l'insurrection polonaise, et suivie de renforts habilement organisés en bataillons et en divisions de marche! À cette invasion imprévue f Alexandre n'avait à opposer qu'une moitié d'arméer . environ quatre-vingt mille hommes, et quinze à vingt mille Prussiens, restes découragés de leur désastre. . Beningsen , son lieutenant , s'était avancé dans la Prusse polonaise. Dans le premier mouvement de sa surprise il recula derrière le Bug jusque vers Ostrolenka, et nous abandonna la Vistule. Murât et Davout s'en emparèrent : ils entrèrent dans Varsovie le 28novembre, le lendemain de l'arrivée de l'Empereur à Posen. Napoléon s'était arrêté dans cette ville : son séjour y fut d'environ trois semaines. Il y attendit la réunion de ses forces sur la Vistule , la réponse de Frédéric , l'occupation de la Silésie, et celle de la première partie de la Prusse polonaise. Il y acheva, par les traités des 11 et i5 décembre, la réunion de tous les Princes saxons à la Confédération du Rhin. C'est de cette époque que date l'élévation au rang de Royaume de l'Électorat de Saxe.
Le trésor de l'armée d'ailleurs était vide. L'Empereur, parti de Mayence sans argent, mais avec tout ce qui le donne, avait jusque-là par la guerre nourri la guerre ; mais elle venait d'atteindre un pays ami, pauvre et désert, dont elle ne pouvait plus vivre, où tout était à ménager, et où il fallait porter tout avec soi. Le lendemain de son arrivée à Posen il appela Daru :