CHAPITRE I
redoublait ainsi d'efforts de toute nature. En même temps , de Posen encore , il multipliait ses instructions en avant , en arrière de lui , dans toutes les suppositions d'attaque au delà de la Vistule, de défensive sur ce fleuve , et de retraite même derrière l'Oder.
Dans les apprêts de sa marche à de nouveaux périls, le cortège de ses victoires, loin de F éblouir, semblait plutôt éclairer et redoubler sa prudence. On verra que ce fut seulement en présence de l'ennemi et dans l'action , que deux fois sa confiance dans l'ascendant de sa renommée et l'espoir d'en finir vite l'emportèrent.
Il était encore dans Posen quand, à la nouvelle des refus de Frédéric , de la retraite de Beningsen sur Pultusk , de la prise de possession de la Vistule depuis Thorn jusqu'à Varsovie, et des apprêts par Davout du passage du Bug, il partit précipitamment le 16, et arriva dans Varsovie le 18 décembre.
Ici des scènes semblables à celles de Posen , et bien plus animées encore, signalèrent dans leur capitale affranchie l'enthousiasme de ces peuples. H venait de les autoriser à se gouverner eux-mêmes , mais, en ne leur permettant le choix de leurs administrateurs que dans la "Prusse polonaise, il s'était encore montré soigneux de ménager l'Autriche et Alexandre. Pendant les quatre jours qu'il passa au milieu de ces transports, il sut garder la même mesure , achevant la guerre en Prusse comme s'il n'eût jamais voulu y faire la paix, et faisant avec la Russie tout le contraire.
Ce fut une prudence semblable , que le résultat a . fait accuser à tort de témérité , qui le porta à préci-
. piter la guerre. Quelque forte que fût déjà l'organisation intérieure et extérieure de son Empire, et l'autorité de sa gloire, il comprenait le danger d'un trop long séjour à quatre cents lieues du centre de sa puissance , et en face d'une grande guerre encore indécise. Pressé par cette considération^ les miracles de Marengo , d'Ulm , d'Austerlitz et d'Iéna lui donnèrent l'espoir de terminer tout sur-le-champ par un nouveau coup de foudre, en dépit des lieux et de la saison. Et réellement, pourquoi ce double obstacle ne serait-il pas aussi contraire à l'ennemi qu'à luimême; à leurs manœuvres de défense comme à celles de son agression, et peut-être même plus encore? Les siennes seraient préparées d'avance, tandis que celles des Russes, plus incertaines et imprévues, au milieu de ces boues profondes , en seraient plus entravées. Il s'était donc décidé à attaquer; et, tout étant prêt le 22, il arriva sur le Bug avec les premières heures du s3 décembre.
Les Russes, ravisés et réunis , étaient revenus sur le bord opposé de cette rivière, entre l'Ukra et la Narew. Les Prussiens étaient vers Thorn , d'où Ney, Bessières et Bernadotte débouchèrent, les battirent, les rejetèrent vers le nord , et les séparèrent de l'armée russe:
Celle-ci fut en même temps dépostée du Bug et de i'Ukra par trois passages : à notre droite, par celui de Lannes vers Sierock; au centre, par celui de Napoléon avec Davout et la cavalerie de Murât vers
.le confluent de ces deux rivières ; à notre gauche, par celui d'Aùgereau suivi de Soult , devant Kursomb.