CHAPITRE I
Le lendemain 24 , l'Empereur chassait de Nasielsk le centre de l'armée de Beningsen, dont Lannes, en remontant la Narew , poussait la gauche sur Pultusk, tandis que, à notre gauche, Soult, Bessières et Ney devaient tourner, vers Makow, la droite de ce général. Dans cette marche-manœuvre pivotante sur l'aile <lroite,ia gauche en avant, on voit que tous nos corps, partis de points éloignés et différents, se concentraient : les uns pour aborder l'armée ennemie sur tout son front , et les autres , ceux de notre gauche, pour lui couper en même temps toute retraite.
Ce fut le 26 que le sort de cette campagne, de •quatre à cinq jours, se décida. Ce jour- là plus encore que les précédents, un ciel pluvieux sur un sol pourri, sans routes faites, embourba, à deux lieues de Makow, le mouvement en avant de notre gauche. Le même jour, la même cause et la ténacité de Buxwoden, •entravèrent à notre centre, au combat de Golymin , l'élan victorieux de Napoléon , que Davout, Augereau et la cavalerie de Murât secondaient. Quant à Lannes, emporté par son ardeur, au lieu d'agacer seulement Beningsen devant Pultusk, pour l'y retenir pendant que notre gauche et notre centre le tournaient , il livra bataille, s'obstina à vaincre, et, trop faible , il se fit inutilement blesser et repousser avec une perte considérable.
Dans la nuit et les jours suivants, l'ennemi, cédant de toutes parts au nombre et à la manœuvre menaçante de Napoléon, s'écoula sur Ostrolenka, nous laissant maîtres de ces boues désertes , où beaucoup
de leurs canons demeurèrent. Quant aux pertes d'hommes, elles furent au moins égales.
Le but de l'Empereur était manqué! Il avait compté envelopper et détruire l'armée russe, et elle venait de lui échapper. Il avait espéré, par un grand coup de guerre , [conquérir une prompte paix et son retour au centre de son Empire, il lui fallut au contraire : prendre ses quartiers d'hiver à 'Varsovie; répandre en cantonnements son armée, en fortifier les points d'appui, lui créer d'autres hôpitaux et de nouveaux magasins. Il dut encore former à Thorn , sous le maréchal Lefebvre , un nouveau corps pour masquer Dantzick, Colbert, et lès places ennemies de la basse Vistule , qui de ce côté débordaient sa gauche. Il lui fallut enfin observer l'Autriche en arrière de sa droite , gouverner, du fond de la Pologne, l'Italie, la France , la Confédération du Rhin, et ajourner à une autre saison le sort des armes.
C'était pour la seconde fois dans sa grande carrière , en Europe comme en Asie , sur la Narew comme à Saint-Jean-d'Acre , que la fortune venait de faillir à Napoléon ! Un coup de vent du nord , si naturel dans ces climats aux premiers jours de l'hiver, en raffermissant les marais de la Narew , lui eût livré l'armée d'Alexandre, et peut-être amené des négociations ; il lui manqua. Mais il y eut cette différence, que l'échec d'Acre , en l'arrêtant dans ses rêves d'Orient , où sa fortune se fût égarée, le ramena en Egypte, juste à l'instant convenable pour sa victoire d'Aboukir, et pour le moment opportun de son retour en France. Ce retour fit de lui le sauveur, le législateur de la