CHAPITRE II
France , et le plus célèbre Empereur des temps modernes, tandis qu'au delà d'Acre il n'en eût peutêtre été que le plus grand aventurier !
Ainsi , et comme il nous arrive sans cesse à tous , sa fortune, dont, en 1799, on le vit désespérer un moment devant Djezzar, et qui, en dépit de ses efforts, l'avait, en 1795 , retenu si dénué de tout à Paris jusqu'au i3 vendémiaire , le servait alors et le guidait à son insu ; tandis que, en 1 806, après l'avoir conduit au faîte , elle sembla commencer à l'abandonner. Et ce fut dans les mêmes contrées où il devait, en 181 a, succomber dans ces glaces, qu'il avait , six ans plus tôt, invoquées vainement à son appui contre Beningsen et Kaminski ! •
Je parle ici pour la première fois de ce feld-maréchal russe, parce qu'il ne parut qu'un instant dans cette campagne, et que, dès nos premières attaques, ayant ordonné la retraite au prix même de l'abandon de son artillerie, ses lieutenants lui désobéirent. Leur faute, si elle ne réussit pas entièrement, fut glorieuse; d'où vint que le commandement fut retiré à ce vieillard de quatre-vingts ans, auquel Beningsen succéda.
Il m'en coûte de descendre de ces grandes considérations à des détails privés; mais les noms de ces deux personnages, avec lesquels je vais me trouver aux prises, et le dessein de cet ouvrage m'y rappellent,
Tordre des faits aussi; il m'oblige à dire comment je cessai d'être témoin de cette guerre, un revers m'ayant séparé de Napoléon, à l'instant où il venait de m'ordonner de faire le service d'aide-de-camp près de sa personne.
J'avais, à Berlin, reçu l'ordre de le devancer de plusieurs jours, d'abord à Posen, puis à Varsovie. Je n'étais chargé d'aucune mission politique ; mais l'arrivée dans ces deux villes d'un premier officier attaché à l'Empereur et l'établissement de son quartier impérial queje commandais, y avaient fait quelque sensation. Séduit par l'esprit vif et brillant et par l'enthousiasme patriotique et chevaleresque de la Noblesse de ce pays, l'aécueil, plein d'épanchements, de ces âmes ardentes et si communicatives , m'avait entraîné. Je m'étais trouvé à quelques-unes de leurs réunions ; là, malgré la réserve sérieuse, habituelle à tout ce qui entourait de près Napoléon, j'avais pris part à leurs joies et partagé l'espoir de cette nation si digne d'un meilleur sort, et à la fois si brave et si aimable. Ceci expliquera quelques premières sévérités outrées dont je fus victime dans la captivité qui m'attendait au milieu de l'armée russe.
J'ai dit que l'Empereur était inopinément, et presque seul, entré dans Varsovie, la nuit du 18 décembre. Le 23, avant le jour, je l'avais suivi au quartier général de Davout sur les bords du Bug. Il y était arrivé vers dix heures du matin ; et aussitôt, comme s'il eût été fatigué de ce mois entier d'éloignement du bruit des armes, impatient de reprendre ses habitudes guerrières, nous l'avions vu franchir ce fleuve, courir aux