CHAPITRE IL
La Saale ,° qui coule d'abord dans le même sens de Hoffau delà de Saalfeldt, dévie au contraire vers le nord-est de Saalfeldt à léna et Nauembourg; puis tourne à Test jusques à Weissenfels , d'où, reprenant sa course vers Halle et le nord-nord-est , elle se jette dans l'Elbe, entre Wittemberg et Magdebourg.
Son inclinaison au nord-est, de Saalfeldt à Nauembourg , est ici surtout à considérer. Quant à la configuration de ses rives à cette hauteur , il n'est pas besoin de dire qu'elle est montueuse : la contrariété qu'éprouve son cours l'indique assez.
Cent soixante mille Prussiens et Saxons étaient accourus, en laissant, en arrière de leur aile gauche, cette rivière. Cette magnifique et jeune armée était conduite par sa belle Reine en habit d'amazone , par les Princes , par son Roi et ses ministres , car tous ici conseillaient et commandaient ; enfin , par les vieux généraux du Grand Frédéric, que rajeunissait l'exaltation universelle. Elle marchait bruyamment, comme une passion longtemps comprimée et enfin délivrée de ses entraves. L'un de ses corps, faible et détaché , flanquant seul sa gauche, observait Hoff et la Franconie sans inquiétude , tandis que ces masses, s'amoncelant autour d'Erfurt , de Gotha et de Weymar, montraient déjà leurs avant-gardes à Saalfeldt et même vers Fuld, menaçant le Mayn. Elles prétendaient à l'attaque ; elles s'imaginaient surprendre, répandue dans ses cantonnements entre le Rhin et le Danube , notre armée de deux cent mille hommes.
Toutefois , avant de s'aventurer davantage , ils délibéraient. Le Roi et Luchesini seuls espéraient encore
la paix. Le reste, les généraux, les ministres, les Princes, la Reine surtout, s'excitaient à F envi, les uns les autres, à pousser violemment la guerre ; quant au plan , ils s'efforçaient d'en imaginer un sans pouvoir s'entendre. Leur Conseil tumultueux d'Erfurt dura depuis le 5 jusqu'au 7 ou 8 octobre. Un projet de reconnaissance générale vers leur flanc gauche et une insolente injonction à l'Empereur d'évacuer sur-lechamp l'Allemagne, le terminèrent.
Mais, pendant que, laissant négligemment la Saale à leur gauche , ils poussaient leurs cris de guerre , ne songeant qu'à nous rejeter, au travers du Mayn, sur le Rhin même, la Grande Armée, silencieuse, abandonnant notre fleuve-frontière à lui-même , et déjà tout entière en mouvement sous les yeux de son Empereur, avait quitté ses cantonnements de la Franconie et du Danube. Elle s'avançait du sud au nord-est sur trois colonnes. Celle de notre gauche, seule, devait rencontrer, à Saalfeldt, leur avant-garde, tandis que, tout au contraire de l'armée prussienne, qui avait remonté, puis laissé la Saale en arrière à sa gauche , Napoléon et ses deux autres colonnes, se dirigeant rapidement entre cette rivière et rElster,allaient la descendre par sa rive droite pour l'aborder, pour la franchir soudainement d'Iéna à Nauembourg, prendre Frédéric en flanc gauche et en arrière, s'interposer entre lui et l'Elbe, et le séparer de ses magasins, de sa capitale et de sa retraite !
Notre marche-manœuvre commença de Cobourg, de Cronach et de HofT, le 8 octobre. Le i3, cinq jours après, déjà la rive droite de la Saale, entièrement