CHAPITRE II
avant-postes sur l'Ukra, et là, tantôt àr cheval, tantôt a pied, tantôt même du sommet des toits des maisons, examiner, avec l'attention la plus scrupuleuse, les positions ennemies et les nôtres. Il s'en était pénétré si complètement, que, à son retour au camp de Davout, lui-même avait dicté l'ordre de l'attaque dans un détail qui serait invraisemblable, si la dictée n'en existait pas encore, La chute du jour avait été désignée pour le commencement de cette affaire. Le signal convenu était l'incendie d'une maison. Composition, emplacement, direction non-seulement des colonnes d'attaque et des réserves, mais de chacune de leurs demi-batteries , de chaque compagnie de tirailleurs, et des moindres piquets de cavalerie destinés à les soutenir ; enfin l'indication des points et des moyens de passage, de la manière de combattre de chaque arme selon la nature des lieux et la résistance prévue , telles avaient été sur notre front les dispositions qu'il avait prescrites. Il en avait ajouté d'autres pour deux attaques de flanc simultanées ; il avait même voulu que , dès les premiers coups, une fumée épaisse, produite par des monceaux de paille mouillée allumés devant la droite de nos ertnemis, ajoutât aux préoccupations de leur général l'inquiétude d'un autre passage.
Tant de soins avaient fait croire autour de Davout que l'Empereur avait voulu honorer le corps d'armée vainqueur à Àuerstœdt, en le commandant ainsi luimême. Cela se peut ; mais on n'y doit pas moins voir un exemple mémorable de toutes les précautions qu'exigent les apprêts d'un combat nocturne. En effet, et plus que dans toute autre occasion, tout, dans ce
genre de combat , doit avoir été prévu par le général, les chances, aussitôt après que l'engagement est commencé, ne pouvant plus être saisies par son coup d'œil. Aussi le succès couronna-t-il l'œuvre, malgré la difficulté des lieux, augmentée par les retranchements opposés et par l'habile et opiniâtre résistance d'Ostermann. .Ce conflit nous avait coûté environ mille hommes, et le double à l'ennemi, qui s'était retiré sur Nasielsk.
Dans notre perte on avait remarqué celle de nos officiers : elle fut disproportionnée ; ce qu'on attribua à la nécessité où ils sont tous, dans ces "attaques de nuit, de se jeter en avant des leurs pour les guider, les encourager, s'en faire mieux entendre , et mieux reconnaître l'obstacle à vaincre. L'Empereur luimême avait pris son quartier dans une chaumière , à portée du canon des Russes. Il avait voulu présider au combat comme à ses dispositions. Il nous avait dispersés sur les divers points à assaillir, et il ne prit de repos que lorsqu'il vit le succès assuré , d'après nos rapports.
Il était onze heures du soir quand je revins lui porter le mien. Je le trouvai, comme à Iéna, couché dans le pauvre lit qu'il avait trouvé dans cette chaumière. Mon rapport fait sur l'attaque de notre gauche, je m'excusai d'être revenu aussi tard, sur ce que, mon cheval ayant été tué dans un retour offensif des Russes contre le 1 2me de ligne , il m'avait fallu revenir à pied. Cet accident n'avait rien d'extraordinaire , et je ne sais pourquoi l'Empereur, relevant la tête : « Quoi ! « est-il vrai? votre cheval tué sous vous! » me dit-il