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CHAPITRE II

Je l'avoue, en ce moment désespéré j'abaissai mon sabre, et j'avançai ma poitrine au-devant du coup de fèu prêt à me débarrasser d'une position qui m'était insupportable; il pleuvait et le coup ne partit pas ! i

La mort ne voulait donc pas de tooi , cela me rendit ma pejisée première. Ne pouvant atteindre ce sol- <lat, et pressé par les rugissements des Kalmouks prêts • à nous joindre, je l'abandonnai pour courir sur un Cosaque effrayé, dont je gagnai le côté gauche, et que je sommai de se rendre ; mais celui-ci apercevait son corps d'armée à quelques cents pas devant lui; il voyait que, me contentant de parer ses coups , je le menaçais sans le frapper; il continua donc à fuir vers les siens, galopant à côté de moi, et multipliant si bien ses coups de lance, que l'un d'eux enfin m'atteignit au côté droit.

Ce fut alors que, blessé et n'étant pas secondé par les dragons, soit qu'ils ne m'eussent pas compris, soit que leurs chevaux exténués n'eussent pas pu suivre d'assez près le mien, je changeai d'espoir. Nous étions près, en ce moment , de la division en retraite du comte Ostermann. La nuit approchait, la forêt continuait à border, à quelques cents toises, le côté gauche de la route : « À la forêt ! criai-je à mes pauvres « compagnons, et perdons-nous-y jusqu'à ce que « notre avant-garde nous délivre! »

Un moment plus tôt cette inspiration nous eût peutêtre sauvés; mais une telle voie de salut répugne, et ce n'est qu'à la dernière extrémité qu'on s'y résigne. 11 était trop tard. Nos premiers ennemis débouchaient

alors du bois où ils nous avaient poursuivis ; ils nous aperçurent, et, se jetant ventre à terre entre nous et la forêt, ils nous atteignirent. C'était une quarantaine d'horribles Kalmouks et de Cosaques irréguliers. Un des dragons en fut blessé mortellement, un autre eut les deux joues traversées d'un coup de lance, et j'ignore s'il en revint ; le troisième fut pris sans avoir été blessé ni déshabillé, et il en parut si heureux que sa joie me fit soqrire ; mais ce fut plus tard et de souvenir, car en ce moment j'avais trop à faire !

Une quinzaine de ces sauvages venait de tomber sur moi en me criblant de coups de lance, dont l'un mieux adressé, me perçant le cou, me jeta à terre. Je me relevai promptement et, me faisant un abri de mon cheval, je gagnai ainsi quelques instants-, cependant l'un de ces Kalmouks m'ayant arraché mon sabre le, montra aux autres; il était ensanglanté, leur fureur en redoubla, et mes bras et mon cheval ne suffisaient plus à m'en garantir, lorsque, au travers de cet orage de coups, je distinguai leur chef. C'était un de ces grands et beaux Cosaques du Don, aux traits persans ; sa noble figure était restée calme; il semblait dédai- • gner d'achever à terre un ennemi vaincu et désarmé; ce Nikalé ! » disait-il à ces forcenés qui, ne l'écoutant pas, continuaient.

J'ignorais la signification de ce mot russe; toutefois j'en compris l'intention , et aussitôt je me mis à leur répéter impérieusement : « Nikalé ! » à plusieurs reprises. L'effet de ce commandement dans ma bouche fut magique! A ce mot-, qui signifie, m'a-t-on dit depuis, « Ne frappez pas, » surpris de m'entendre

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