CHAPITRE II
parler leur langue, toutes ces physionomies si féroces n'exprimèrent plus que l'étonnement; tous les bras restèrent suspendus! Je dus la vie à cette parole; mais je n'étais pas au bot^t de mon supplice.
A leur brutalité sanguinaire , a passion du butin succéda. Alors tous, à l'envi l'uft de l'autre, s'étant jetés sur moi , m'arrachèrent mes vêtements , tirant chacun de son côté, me soulevant en l'air, m'abattant, me relevant. Je n'eus de répit que lorsque, après m'avoir mis nu et fouillé jusque dans les endroits les plus secrets, ils se disputèrent mes dépouilles. Ce fut surtout mon épaulette de chef d'escadron, que l'un d'eux m'avait arrachée, qui excita leur convoitise. Leur chef ne prit point part à ce pillage ; il me fit même laisser, avec nia chemise toute déchirée et souillée de sang, un dernier vêtement indispensable.
Je croyais la crise enfin terminée; mais son dernier acte et le plus pénible m'attendait. En cet instant quelques coups de feu, se rapprochant, attirèrent leur attention. Ils eurent peur pour eux et de perdre leur capture ; la férocité des moins bien partagés se réveilla. Alors, remontés précipitamment sur leurs chevaux et moi seul à pied au milieu d'eux, ils m'entraînèrent par les bras et les cheveux au galop de leurs montures. D'autres par derrière m'accablaient de coups. Ils me traînèrent ainsi jusqu'à l'arrière-garde d'Ostermann, où enfin ils s'arrêtèrent!
J'étais essoufflé , suffoqué, presque évanoui, et ils m'injuriaient, me fouillaient et me maltraitaient encore, quand enfin, reprenant haleine et apercevant un régiment russe en bataille son colonel en tête, Je
m'arrachai par un effort soudain à ces mains féroces,, et je courus me jeter sous la protection de ce chef, «r Je suis colonel comme vous, m* écriai-je, et prisonce nier! Nous ne traitons pas ainsi les vôtres! Préserce vez-moi donc de ces sauvages! » Dès ce moment mon supplice physique fut fini , mais un autre commença.