CHAPITRE H. fS
nettoyée, était abordée de Saalfeldt à Nauembourg. Le corps d'observation prussien était rejeté, avec perte de mille hommes et de ses bagages, par delà Iéna. Il n'avait soutenu à Schleitz, le 9 octobre, qu'un combat insignifiant ; mais, devant notre gauche à Saalfeldt, le 10 octobre, le Prince Louis de Prusse, l'ornement de l'armée ennemie, par la beauté de ses formes héroïques, par sa brillante intelligence, par sa valeur chevaleresque et téméraire , s'était fait écraser par Lannes . et Suchet, et tuer par un de nos sous-officiers! Atteint dans la mêlée d'urte charge désespérée, il refusa de se rendre, et fut percé d'un coup de sabre. IÏ resta mort entre nos mains avec trois mille hommes, trente-trois canons, leurs caissons et tous les bagages. Cette mort fut déplorée par les deux armées : Napoléon s'en émut; il écrivit le m octobre au Roi ennemi pour lui témoigner sa douleur d'une perte aussi cruelle, et lui proposer la paix.
Cependant, en ce même jour 12 octobre, le maréchal Lannes, d'abord appelé vers Auma et Géra, où l'Empereur avait cru à une bataille, s'était rapproché de la Saale ; son avant-garde l'avait descendue jusqu'à Iéna, où nos voltigeurs pénétrèrent. Là, avec cette intelligence de la guerre qu'ils ont tous, ils s'étaient inquiétés de leur position dans cette ville. En effet la rive gauche , que l'ennemi devait occuper, la domine. C'est pourquoi plusieurs d'entre eux, pour s'éclairer, se hâtèrent avant la nuit d'en gravir la rampe ; mais arrivés au faîte, quelle surprise, lorsque, au lieu d'apercevoir seulement quelque poste ennemi dont ils avaient craint le voisinage , ils virent l'ar-
mée prussienne rangée en bataille sur trois lignes !
Le lendemain 1 3 octobre le maréchal Lan nés, averti par eux, s'assura de la vérité de leur rapport; et, semparant de ce dangereux défilé qu'on lui disputa négligemment, il y appela l'Empereur. Napoléon était alors à Géra. Ses ordres de marche, à en juger par ceux qu'il m'avait donnés, tendaient tous encore vers Nauembourg. Mais à cette nouvelle, changeant de décision, il appelle Soult, Augereau et Ney; il fait rétrograder Murât, et les dirige tous sur Iéna, où luimême, rejoignant Lannes, arrive deux heures avant la nuit, précédant sa Garde.
Il s'était décidé sur-le-champ à livrer bataille en avant de cette ville. Bernadotte et Dâvout déjà vers Nauembourg, reçurent l'ordre, le premier de revenir sur Dornbourg pour en déboucher; et le second, de traverser aussi la Saale, le lendemain i4 à Kosen, afin de prendre en flanc gauche l'armée ennemie, pendant que l'Empereur, s'élançant dléna le même jour, l'attaquerait en face.
Cependant tout dans l'armée prussienne avait déjà bien changé. Armée savante, fière de sa tactique, et d'avoir longtemps servi de modèle à la France même , elle était accourue, orgueilleuse, s'imaginant nous avoir prévenus, et persuadée qu'il n'appartenait qu'à elle seule d'apprendre à l'Europe vaincue par nous, comment il fallait nous vaincre.
Pendant qu'elle se figurait imposer à Napoléon l'autorité de sa science et de ses manœuvres , les corps d'avant-garde, qui flanquaient son aile gauche et qu'elle supposait hors d'atteinte, avaient été sur-