‹ Histoire et mémoiresChapitre 8 sur 266 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pris, battus et découragés. Une terreur panique près d'Iéna en avait saisi les restes : on les avait vus, le 12 octobre, fuir en désordre, à travers cette ville, au faux bruit de notre apparition, et jeter leurs armes. Le corps saxon, déjà mutilé, se voyant coupé de son pays, murmurait ; il se croyait sacrifié, il menaçait d'abandonner la cause commune. À des nouvelles si inattendues, dans les Conseils qui se multiplient au quartier général prussien, il n'est plus question de la marche en avant sur le Rhin, sur le Mayn même. On s'arrête, on délibère; on s'aperçoit que, selon sa coutume, Napoléon s'est placé au point le plus central de sa manœuvre, d'où lui-même a fait exécuter, rapidement et simultanément, ce que lui seul avait conçu et ordonné ; on comprend enfin que, en pivotant ainsi, sa droite en avant par delà l'aile gauche de son adversaire, il vient de la tourner, et de mettre de son côté le nombre, le temps et l'attaque !

Dès lors cette armée, d'autant plus décontenancée qu'elle s'était crue assaillante, se voit forcée de se subordonner aux mouvements imprévus de notre offensive. C'est pourquoi, le 12 octobre, Brunswik et Frédéric, étonnés, s'étaient repliés sur Weymar avec soixante-dix mille hommes; ils y rappelaient d'Erfiirt leur aile droite ; ils s'y concentraient derrière Hohen^ loe et leur aile gauche de quarante mille hommes, déployée en face d'Iéna. Dans cette position défensive, mais avantageuse, le cours encaissé de la Saale les séparait de Bonaparte,; ils en commandaient les défilés ; s'ils s'y fussent tenus réunis jusqu'au surlendemain i4, jour où l'Empereur leur livra bataille dans cette plaine,

ils y eussent eu l'avantage de la position et celui du nombre : ils y étaient cent quarante mille hommes ; et nous, notre aile droite et cinquante mil}e hommes étant à six lieues de là vers Nauembourg, nous eussions été à peine, devant Iéna, quatre- vingt mille. Encore y arrivions-nous précipitamment et successivement, au travers d'un défilé dans un bas- fond, dont il fallait forcer l'issue pour se déployer, et que, pour second inconvénient, nous devions avoir à dos pendant la bataille!

Mais soit réaction à la suite d'une faute reconnue trop tard , soit qu'ils ne dussent pas prévoir l'audacieuse, la téméraire détermination que venait de prendre l'Empereur, il arriva que, au bruit de l'apparition de Davout et de Bernadotte vers Nauembourg , toute l'attention de Frédéric et de son Conseil , jusque-là tournée vers leur droite et le Mayn , se retourna vers leur gauche et l'Elbe, et vers leur retraite menacée. En conséquence, le i3 octobre, au. même instant où Napoléon disposait tout pour déboucher le lendemain, dès le point du jour, d'Iéna sur Weymar, le Roi et ses soixante-dix mille hommes , comme s'ils eussent voulu laisser le champ libre à notre Empereur, vidèrent cette plaine! Ils en partirent, marchant par leur gauche, appelant d'Erfurt Ruchel et leur droite à leur suite, et se dirigeant, par Eckartsberg et Auerstoedt, sur Freybourg et Nauembourg. Ils voulurent nous y prévenir, ne nous y croyant pas encore en force. Ils ne laissèrent donc devant Iéna , par précaution , et pour couvrir leur marche, que le Prince de Hohenloe avec ses quarante mille hommes.

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