‹ Histoire et mémoiresChapitre 84 sur 266 · CHAPITRE VIII. Itl · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. Itl

brassé des espaces immenses , le possible et l'impossible; négociations, envois cTofficiers d'armes savantes , tout devait être tenté pour seconder, pour exciter la Turquie , la Perse elle-même, et pour menacer ou combattre en Europe, en Asie, jusque dans l'Inde, les Puissances Russe et Anglaise!

Napoléon , dans sa lutte gigantesque et passionnée contre l'Angleterre , laissait ainsi s'étendre démesurément sa pensée ardente. En même temps il apprenait que, devant les menaces de Yandamme à la tête de nos alliés, la chute rapide des places fortes naguère si célèbres de la Silésie achevait la ruine de l'œuvre du Grand Frédéric. Il offrit alors , mais vainement , cette province en échange contre la Gallicie , au gouvernement autrichien , essayant par là de le compromettre dans sa cause.

Ces nouvelles, ces négociations, le travail qui -chaque jour lui était apporté de France, et le gouvernement de ses conquêtes , ne suffisaient pas à le distraire d'une stagnation aussi lointaine. On sait qu'il y faut ajouter une tendre inclination pour une femme remarquable par ses attraits, et plus encore par sa constance fière et désintéressée pendant la prospérité, et par sa persévérance dévouée dans l'infortune. Telle était l'inaction de Bonaparte ! Il l'occupait, il la charmait ainsi, quand , vers le a5 janvier (i), une agression inattendue l'en arracha*

Selon nos prisonniers, Ney avait attiré sur l'armée cet orage intempestif par une imprudence. Ce maréchal, soit ardeur trop impatiente, ou confiance dans

les rigueurs de la saison qui lui semblaient devoir suspendre toute manœuvre, soit que les privations et les souffrances de ses soldats lui eussent fait envier de meilleurs quartiers d'hiver, avait distendu les siens depuis Niedenburg jusqu'à Schippenbail, à dix lieues de Kœnigsberg ; en sorte que, séparé de Soult , et disséminé sur un front de vingt-cinq lieues , il ne couvrait plus rien, ni Thorn, ni l'intervalle de Thorn à Marienwerder. L'Empereur venait de le rappeler à son premier poste; il lui reprochait d'avoir offert à Beningsen l'occasion de pénétrer au milieu de ses quartiers, de le séparer ainsi de Soult , de lui , de la Vistuje même, et de l'enlever peut-être!

En effet, déjà cette impatience de Ney avait remis sur pied toute l'armée russe ! Mais Beningsen n'avait pas vu aussi nettement la faute commise. Loin de la supposer, et comme il arrive souvent, il avait jugé du projet de son adversaire par ses propres appréhensions. Dans cette pointe excentrique de Ney sur Schippenbail , sans autre but que de vivre mieux , il avait cru voirie premier pas d'une attaque sur Kœnigsberg. Aussitôt, ralliant et remettant son armée sur pied , il venait de passer devant la dissémination de Ney sans y pénétrer, ne songeant qu'à se jeter entre lui et la dernière capitale de Frédéric, pour arrêter en tête et pour refouler sur elle-même une agression qu'il supposait commencée.

D'autres assurent que, plus audacieux, ce mouvement lui fut inspiré par l'ambition de surprendre Bonaparte! Ils disent que son but fut de le rejeter sur 10der, en pénétrant par Thorn, au travers de la Vistule, jusque sur notre ligne d'opérations de Posen à Varsovie*

Page 1