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CHAPITRE VIII

Quoi qu'il en soit, il était si loin de croire à notre dispersion, que ce furent ses commandements de vivres dans nos propres cantonnements qui les préservèrent d'une surprise. Un bailli en avertit Roguet, l'un des généraux de Ney. Ce maréchal, prévenu, rétrograda, rallia ses corps, et reprit ses communications avec Soult et l'Empereur. Ainsi tomba sur Bernadotte, sur notre aile gauche seule , l'orage que Ney avait attiré.

Bernadotte était prêt; mais, attaqué par quatre-vingt mille hommes, après un premier combat heureux, il recula jusqu'à Strasburg, sur le grand chemin de Thorn à Kœnigsberg. A cette nouvelle l'Empereur saisit d'autant, plus rapidement l'à-propos, que d'avance il avait prévu tous les mouvements possibles de son adversaire. D'une main il rallie ses corps en avant de sa ligne et les pousse, de droite à gauche, vers Passenheim et Allenstein , sur le flanc de l'attaque de l'armée russe dont il déborde ainsi la gauche ; de l'autre il envoie à Bernadotte l'instruction de céder devant l'ennemi, et de l'attirer sur la Vistule pendant qu'il va lui couper toute retraite. Mais que peut le génie contre la fortune? Celle-ci , comme à Pultusk , était passée du côté des Russes. Cet ordre si décisif de l'Empereur à Bernadotte , le sort contraire le fit tomber aux mains de Beningsen, et celui-ci, prévenu de son danger, se mit en retraite.

Il en faut convenir, ce général et son armée se montrèrent dignes de leur fortune. Leur retraite était déjà si compromise que, si Beningsen ne l'eût pas vigoureusement soutenue, d'abord sur l'Aile, puisa Hoff,

à Heilsberg et à Landsberg, ils eussent succombé. Mais il en fut quitte pour vingt-deux canons, pour quelques milliers de prisonniers, et devant Eylau , s'arrêtant et se retournant une quatrième fois , il s'y sentit assez fier encore pour oser livrer bataille !

Cependant l'impatience de l'Empereur s'était irritée. Dans les jours précédents il avait espéré : d'abord, tourner et détruire Beningsen; puis, le battre en face; puis enfin, entamer du moins ses arrière-gardes. Mais chaque jour l'ennemi , après des combats sanglants, avait échappé. Le 7 février, à 1$ vue d'Eylau, précédé de Soult , de Murât , suivi seulement d'Àugereau et de sa Garde, et malgré l'éloignement de Davout à sa droite , de Ney à sa gauche , et derrière lui de Bernadotte, il ne s'était point arrêté. Soult et Murât s'étaient élancés sur cette ville. L'ennemi venait de s'y défendre avec acharnement. Enfin , à dix heures du soir, après sept heures de combat, Soult, tout sanglant et réduit à dix-huit mille hommes, l'avait emporté.

Eylau est située au bord d'un lac, entre des hauteurs qui s'étendent à droite et à gauche. Par delà cette ville, derrière un ravin, un mamelon d'un assez grand développement bornait la vue de la plaine; l'ennemi le disputa. On crut que ce rideau ne nous cachait qu'une arrière-garde , et l'on s'entassa dans la ville , en négligeant de s'emparer de cette hauteur. Mais malheureusement c'était une armée entière que nous cachait ce mamelon, quatre-vingt mille hommes et quatre cents canons rangés en bataille!

Il faut remarquer ici que Napoléon était parti de

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