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CHAPITRE X

Le but des deux chefs était manqué. Beningsen avait voulu surprendre nos corps d'armée distendus, en délivrer la vieille Prusse, et nous rejeter sur la rive gauche de la Vistule ; mais, à demi détruit, il se voyait repoussé jusque sous les murs de Kœnigsberg.

Napoléon avait espéré tourner cette attaque, en saper la base et lui faire mettre bas les armes entre la mer et la Vistule; mais, trahi #par la fortune qui avait livré à Beningsen ses instructions, et prévenu par une retraite habile, n'ayant pu entamer que des arrière-gardes, puis surpris par une bataille inopinée, il ne lui restait pour trophées que quarante-six canons, sept à huit mille prisonniers, et un champ de bataille couvert de quarante mille blessés et tués des deux parts. Un de ses corps d'armée était anéanti, ses munitions épuisées ; son armée, mutilée, harassée, était à refaire !

Elle était triste. Il y avait des régiments anéantis, un entre autres, où, depuis le colonel jusqu'aux tambours, tous tués ou blessés jonchaient la terre! Arrêtée sur ce champ de morts, sur cette neige sanglante, où tant .d'honneurs funèbres restaient à rendre, elle était sous l'impression grave, morne et silencieuse de l'un de ces grands deuils dont la mémoire reste consternée. La renommée de son Chef, dont le sang-froid et l'intrépide constance, au milieu du plus grand péril, avait tout sauvé, s'en était accrue ; mais non l'ascendant

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