‹ Histoire et mémoiresChapitre 95 sur 266 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

de sa puissance, le danger ayant . été trop pressant, les pertes trop grandes, et le -résultat insuffisant!

Cela parut par un fait inaccoutumé : par un séjour de Napoléon pendant neuf journées sur ce terrain conquis, et bien plus encore ensuite par un mouvement rétrograde, quand sa prudence et la révolte de son cœur, au milieu des débris d'un si grand carnage, le décidèrent à en abandonner le théâtre à Beningsen !

Le spectacle de tant d'horreurs l'avait ému. Pendant ces neuf jours il ne s'était pas épargné. On l'avait vu parcourir à plusieurs reprises ce champ funeste, voulant s'assurer par ses yeux que du moins tous les secours possibles étaient donnés aux victimes à demi vivantes, échappées à ce massacre. On s'aperçut à ses paroles que parfois il cherchait par le mépris de la mort à s'en consoler ; mais le plus souvent on l'entendit s'écrier : « Que c'était un spectacle affreux! « qu'il était fait pour inspirer à jamais aux Princes « l'amour de la paix, et pour leur imposer l'horreur « de la guerre ! »

Il se contenta donc de sauver l'honneur. La victoire fut suffisamment constatée. Il avait fait poursuivre l'ennemi jusqu'au Pregel ; on le maintint sous Kœnigsberg tout le temps nécessaire pour enlever les blessés, reprendre de l'ensemble, rallier incomplètement une foule de traîneurs , et choisir, en arrière de ce triste champ d'une bataille aussi vaine que meurtrière, de nouveaux cantonnements. La Passarge en marqua la gauche; l'Aile, le centre; l'Omuleff, la droite; et Osterode, puis Finkenstein, le quartier impérial. Varsovie fut préservée par le corps du maréchal Lannes,

qui avait battu et repousse l'ennemi vers Ostrolenka. Ces cantonnements resserrés devaient couvrir les blocus de Graudentz, de Colberg et de Stralsund, quelques derniers sièges en Silésie, et surtout le siège de Dantzick.

Selon nos prisonniers cette retraite de quelques lieues de Napoléon, après nos conquêtes sans interruption de l'Autriche et de la Prusse, avait été pour Beningsen un grand honneur; mais il en avait abusé. Lorsqu'il lui fut permis de suivre de loin nos traces, fier de se retrouver sur le champ de sa bataille, il s'y était proclamé victorieux ! Lui-même s'y trompa d'abord, peut-être. On voit en effet que, du a5 février au 3 ou 4 mars, il fit attaquer, sur plusieurs points, les avant-postes de la droite de nos cantonnements sur la Passarge. Il crut, dit-on, l'Empereur en retraite sur la Vistule ; mais, tout à coup repoussée avec perte de quatre mille hommes par Ney et Bernadotte, et menacée par une démonstration de l'Empereur vers Rofrnigsberg, son armée comme la nôtre, s'arrétant, s'était distendue en quartiers d'hiver. C'était dans ces combats, entremêlés d'échauffourées de Cosaques, qu'étaient tombés aux mains des Russes plusieurs des prisonniers récemment arrivés à Vologda.

Tel fut leur récit que, depuis, d'autres témoins m'ont confirmé. Il m'expliqua la joie de la Russie troftipée par son général, ce dont je ne m'étais que trop aperçu. Mais il me laissait incertain sur l'issue d'une guerre dont notre liberté dépendait. 11 fallut donc encore prendre patience, mais pour peu de temps, la belle saison revenue devant réveiller la guerre. La situation

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