‹ Histoire et mémoiresChapitre 97 sur 266 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

une immense artillerie transportée de cent lieues sous ses murailles, succombe le 24 mai? tout juste au moment voulu, dix jours avant l'ouverture de la campagne !

Ainsi fut rempli , du 20 février au 4 juin 1807, le séjour de Napoléon à O&terode et à Finkenstein : stagnation forcée de trois mois et demi, pendant lesquels sa politique avait été conduite aussi habilement que son administration et que cette guerre, dans l'intérieur de ses lignes, terminée si à propos. Il avait alors , en effet , su maintenir l'Espagne hors de la coalition , en détacher momentanément la Suède, occuper de ses négociations l'Autriche , la Russie et l'Angleterre , et enflammer, du souffle de son génie, l'Egypte, la Perse, et jusqu'à l'Empire Ottoman lui-même!

Le ai février Constantinople, surprise, désarmée , sommée de se rendre , et déjà tombée lâchement à genoux devant une escadre anglaise mouillée sous ses murs , s'était soudainement relevée. Saisie d'un généreux élan à la voix seule de Sébastiani, exaltée par le courage et docile aux habiles inspirations de cet ambassadeur, trois jours avaient suffi, soussa direction, pour hérisser de batteries ses rives célèbres. Devant ces redoutes formidables , Ducworth et ses vaisseaux repoussés , s'humiliant à leur tour, avaient disparu.

Trois semaines plus tard, le i5 mars, une autre expédition anglaise, appelée en Egypte par les Mamelouks, avait succombé devant Méhémet-Ali, sans pouvoir se joindre à leur révolte. On avait alors vu, à Finkenstein , des ambassadeurs turcs et persans s'efforcer de resserrer nos alliances. Un traité, menaçant

pour l'Inde anglaise, avait été conclu entre la France et le Schah de Perse. Des officiers et six cents hommes d'élite français, d'armes savantes, expédiés à Constantinople et à Téhéran, allaient achever l'armement de la première de ces capitales, et dans la seconde commencer la formation d'une af mée persane régulière, de trente canons et de trente mille hommes.

En même temps, et malgré une tension aussi forte à une si grande distance, tous les fils de l'administration intérieure de la France et de nos conquêtes avaient été réunis dans la main de Napoléon ; et, sans qu'un seul eût été oublié, ou se brisât, tous avaient obéi docilement à sa volonté puissante. Il y avait à peine sept ans que cette France, vaincue, ruinée, en proie au terrorisme et à la guerre civile , semblait près d'expirer dans la plus honteuse anarchie ; mais tout y avait été si rapidement et si vigoureusement reconstitué, que tout y était resté calme et en bon ordre. Finances, justice, administration, tout avait continué pendant son absence comme s'il eût été présent; comme si, depuis neuf mois entiers, notre Chef et noire Armée, séparés d'elle, n'avaient pas été retenus par une guerre devenue indécise et périlleuse , à quatre cents lieues de sa frontière 1

Un fait que je tiens de ses secrétaires, facile à vérifier dans sa correspondance , c'est que de son quartier général il dirigea toute la politique , toute l'administration de son Empire dans leurs moindres détails et sous toutes les formes, non-seulement guerrières , diplomatiques et législatives, mais encore industrielles , littéraires même , et morales, et philoso-

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