CHAPITRE XL
Telle était la situation de l'Empereur le 4 juin ; c'est alors que recommença la grande guerre. Beningsen
n'imagina de l'attaquer que dix jours après la chute de Dantzick, quand nos corps d'armée assiégeants venaient de rentrer en ligne ; quand toute notre armée, ralliée , campée, et pourvue de vivres pour quinze jours, était en bataille; enfin quand à cent trente mille Russes, à peine réunis, Napoléon avait à opposer cent soixante et dix mille hommes.
Ce fut encore la position aventurée du maréchal Ney à Guttstadt, mais cette fois par l'ordre de l'Empereur, qui tenta l'ambition de Beningsen. Il l'attaqua de front et sur les deux flancs , avec soixante mille hommes contre dix-sept mille ; il l'eût enlevée si l'intrépide maréchal , en tenant tête à la fois de toutes parts, n'eût donné à Soult et à Bernadotte blessé ce jour-là, le temps de venir à son secours. Alors Ney, s'aidant habilement de quelques obstacles, recula, en combattant héroïquement, depuis l'Aile jusqu'au delà de la Passarge, et rentra en ligne vers Deppen, où il fut secouru par Murât et par l'Empereur lui-même. Beningsen, dès lors contenu et rebuté, se mit sur la défensive : il se retira par Guttstadt sur Heilsberg. Ceci se passa du 4 au 7 juin.
Cependant deux points principaux avaient fixé l'attention de l'Empereur : Heilsberg, camp retranché des Russes, et Kœnigsberg, leur grand magasin. On dit que, voulant imiter sa manœuvre d'Iéna , c'est-à-dire qu'osant découvrir sa ligne d'opérations pour se jeter sur le flanc gauche de Beningsen, il avait songé d'abord à le déborder de ce côté , pour le refouler sur Kœnigsberg en le prévenant à Wehlau,cequi n'aurait laissé à cette armée, coupée de sa base , que la mer