‹ Histoire et monuments des émaux byzantinsChapitre 12 sur 43 · MONUMENTS D’ÉMAILLERIE BYZANTINE · texte numérisé non relu

MONUMENTS D’ÉMAILLERIE BYZANTINE

à reconnaître à la sévérité du type, à la pureté des tons d’émail, mais surtout à la, délicatesse de la carnation. La droite du Sauveur fait un geste de bénédiction latine; elle est traitée comme un bas-relief d’or qui couvre

une main d’émail dont on n’aperçoit que le bout des doigts: ils laissent

deviner un geste de bénédiction grecque.” L’exécution excellente, la beauté sévère des formes de cette figure permettent de l’attribuer au XIT"e siècle, peut-être même plutôt au XI™; elle est probablement l’œuvre de l’artiste qui a fait la zone des apôtres. Les quatre évangélistes, au contraire, datent du XIII™ ou même du XIV” siècle, si l’on en juge par la grossièreté

technique des émaux et la bizarrerie des formes. La bordure des nimbes

est un filet de perles; dans la chevelure noire les traits violets indiquent les cheveux gris; le corps est rose tendre, mais n’a plus la couleur naturelle de la carnation. Le costume consiste en un himation bleu cendré à raies bleu foncé (presque noires), et un chiton bleu turquoise à raies rouges. Au lieu de plis sans nombre, comme dans le costume du Sauveur, nous ne voyons ici que des lignes brisées en tout sens ou un réseau de zigzags. Les accessoires sont de couleurs variées. En général tous les tons sont troubles et confus.

A première vue déjà il est facile de remarquer que cette composition est formée d’émaux de différentes époques, et les figures des évangélistes sont d’un travail vénitien. Les épisodes de la vie de S1 Marc sont aussi d’un vénitien très-médiocre. Encadrés dans un beau fond d’architecture, ils sont faits d un émail grossier qui est devenu très-sombre. En fait de couleurs on ne voit plus que le bleu et le vert (déjà opaque): le blanc remplace déjà la couleur des carnations. Les zigzags et les queues d’aronde dans les draperies sont un signe certain d’imitation.

La série des apôtres et les anges agenouillés sont d’un bon travail byzantin de la fin du XI™ ou de la première moitié du XII™* siècle. Les figures des archanges dont le costume royal, broché d’or et rehaussé de perles sur les lores, les épaulières et les paragaudies ne forme point de plis, semblent même mieux exécutées que les apôtres, tant au point de vue du dessin que des émaux. L'œil est retenu par l’éclat et la profondeur des tons,

1) Dans la bénédiction latine les trois premiers doigts de la main droite sont ouverts, l'annulaire et le petit doigt fermés. La bénédiction grecque, au contx-aire, consiste en ce que les doigts forment le monogramme du Christ IC XC : l’index tait 1*1, le médius se plie en forme de C, le pouce se croise avec l’annulaire de manière à former un X et le petit doigt s’arrondit en un C.

si bien qu’on oublie l’expression de physionomie un peu conventionnelle et doucereuse. La couleur des chairs est rosée et n a. rien du ton cadavéreux des figures d’apôtres. Dans ces dernières on remarque, malgré leurs grandes dimensions, une certaine vivacité dans les détails (dans la manière dont les cheveux sont traités, par exemple), et quelque chose de pittoresque dans les traits de physionomie; mais il y a là, en même temps, une lourdeur de gestes et une grossièreté d’expression qui tient aux contours anguleux des visages et des draperies. La technique aussi accuse déjà une certaine décadence : c’est, ainsi que l’émailleur n’a plus employé que deux couleurs pour les vêtements, le vert et le bleu clair. Leur ton lourdement opaque prouve qu’elles avaient été mal fondues.

La technique et l’art sont encore inférieurs dans les figures des prophètes; comme style et comme exécution elles ne valent pas mieux que les épisodes de la vie de S' Marc. Les inscriptions latines, le geste de la bénédiction latine, les figures excessivement bouffies aux extrémités très-milices, les hachures exagérées des vêtements, la couleur vert-de-gris do l’ensemble, celle des cheveux (qui est nuance émaillé pour la jeunesse et bleu clair, au lieu du gris cendré, pour les vieillards), tout enfin dénote le XIII™ ou le XIV"" siècle. Ces défauts ressortent principalement sur les figures de l’impératrice Irène et du doge. Un ton sale et lourd caractérise le costume vert du doge; la même observation s’applique, à plus forte raison encore, aux nimbes d’un bleu turquoise. Le jaune n’est plus d'un chrome éclatant; les cheveux de la tête et les poils de la barbe ne sont plus que des écheveaux de fils noirs. Tout, dans ces deux figures, indique un travail vénitien.” La Vierge est d’une meilleure exécution; elle semble avoir appartenu à un autre tableau de grandes dimensions, car la partie supérieure de l’arc, où elle se trouve placée, est recouverte d’une plaque.

La technique de la Pala d’oro nous confirme dans cette conviction que ce monument, comme la plupart des tableaux d’émail et des couvertures de manuscrits d’Occident, est composé de différentes pièces achetées à Byzance. En aucun cas, elle ne date du Xme siècle et, par suite, elle ne saurait prétendre à la première place dans 1 histoire de 1 émaillerie.

Elle renferme, cependant, quelques morceaux du Xme siècle : ce sont des petits médaillons qui ornent les bordures inférieure et supérieure et qui

i. Les memeures figures sont celles de David et de Salomon. Sur les inscriptions assez embrouillées moitié grecques moitié latines voyez la brochure de Veludo.

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