MONUMENTS D E M A I L L E R I E BYZANTINE
morceau de la Vraie Croix et les quatre prophètes Isaïe, Elie, Elisée et Daniel est d’un travail assez grossier et date de la meilleure époque, c’est-à-dire du Xme siècle.
Les autres croix sont des croix décoratives ordinaires composées de
plusieurs plaques ornées.
Leurs bras sont pour la plupart ornés de petits cercles, de petites croix dentelées , de médaillons, de coeurs, etc. Au milieu de la Croix est placé le
Seigneur ou, si l’artiste n’en avait pas le modèle sous la main, il est remplacé par des figures d’évangélistes.
Mais parmi toutes ces croix il y en a pourtant une, fixée au haut du volet
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de droite (comme pendant à la plaque antique de la Crucifixion), qui réclame le plus particulièrement notre attention. Elle est enchâssée au milieu de quatre plaques triangulaires , ornées cl’émaux. Toute la surface de la croix est couverte d’un réseau de petits cercles et de petites croix à peine l’icone de Khakhouli contient et d’un type tout
Fig. 37. Revers de la croix de Cyrique.
visibles, remplis d’un émail multicolore de la plus grande finesse. Nous n'avons jamais rencontré un travail semblable.
En terminant, nous observerons qu’en outre de la plaque cruciforme avec la Crucifixion , rapportée par nous au nombre des émaux les plus anciens, médaillons de même travail
deux autres
aussi ancien. Ce sont deux médaillons, de dimension minime, avec les bustes de la Ste Vierge et de S1 Théodore. Elles paraissent appartenir si non au VIH"10 siècle, du moins dans tous les cas au IXme. Les fac-similés que nous en donnons (fig. 89 et 40) laissent facilement reconnaître un de'ssin grossier et élémentaire — dénotant le triste état de l’art byzantin à l’époque des iconoclastes. Quant aux couleurs de ces émaux, elles
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n’ont pas le brillant et la variété de ceux du XIme et du Xme siècle et ne représentent qu’une gamme assez pauvre de tons profonds. Les objets en question nous offrent un ton translucide vert d’émeraude, des vêtements de couleur bleue, un himation pourpre et des cheveux de couleur également pourpre; les chairs sont rendues par un ton simple, celui de cire, parfois il est vert foncé; les détails sont d'un jaune vif.
] n face des monuments ci-dessus mentionnés qui, composés de différents émaux, ne donnent pas, malgré leur réelle valeur, l’impression d’un tout complet, mentionnons l’ancienne S,e Vierge Xicopéa de S1 Marc à, Venise.15 La tradition nous apprend qu’elle fut apportée de Byzance à Venise après l’année 1204. Cette icône (0,48 m. de haut., 0,36 m. de larg.), dont le cadre orné d’émaux est admirablement conservé, passait autrefois pour l’image miraculeuse de l’Odégétria. Mais les traits de visage de la Vierge et de l’Enfant ne correspondent nullement au type de l’Odégétria; elle appartient plutôt au type des Blachernes. Il résulte des témoignages de Constantin Porphyrogénète que cette image était une des plus riches, parmi celles qui décoraient les chapelles des églises de Constantinople. Sur le cadre seize émaux représentent les figures de la Déésis, entourées de saints, d’apôtres et de saints évêques. Les émaux d’un très beau travail datent probablement du Xme siècle.
ancienne icône de la Sv Vierge, ornée de médaillons émaillés portant des inscriptions en géorgien, qui se trouve au monastère de Ivhopi, en Mingrélie, occupe une des premières places dans l’histoire de l’émaillerie géorgienne. En effet, ces inscriptions témoignent, d’abord, de ce que l’ornementation en émail a été exécutée en Géorgie et, ensuite, que cette icône, dont l’encadrement a été remanié plusieurs fois, remonte, dans ses parties principales, au Xnie siècle.
V) Voyez Tesoro ili San Marco di Venezia, tav. XXII, XXIII, p. 127—137.
MONUMENTS d’ÉMAILLERIE BYZANTINE.
Actuellement l’image est enchâssée dans un grand triptyque du XVIIme siècle (le même qui renferme la croix de la reine Thamar), avec une plaque centrale en argent ciselé; il est placé près de l’iconostase pour la vénération des croyants. L'image — précieuse antiquité de la Géorgie représente la Mère en prière devant le Sauveur, vers lequel est elle tournée, de profil. Un pareil type de la Ste Vierge était connu à Byzance, à une époque postérieure, sous le nom de la „ Vierge Gracieuse.11
Cette icône, peinte, évidemment une ancienne œuvre originale, est une copie géorgienne primitive, bien que grossière, d’après un original byzantin de dimensions plus grandes. Cette copie a dû être faite encore au X1" siècle, en même temps que la magnifique garniture métallique en haut-relief, et le nimbe émaillé. Au-dessous de 1 icône, tout près du bord inférieur, on lit, sur une bordure étroite, l’inscription suivante:1 „ Très-Sainte Vierge, intercède auprès du Christ pour l’âme du roi Léon.11 Brosset2* et, après lui, D. Z. Bakradzé, sont de l’avis que la face entière de 1 icône a été exécutée du temps du roi Léo III d’Abkliazie, mort en 957. En effet, le nimbe, richement orné d'améthystes, de saphirs et d'émeraudes, contient huit plaques ornementales
Fig. 38. Croix sur l’icone de Ivhakhouli.
Fig. 39. Image de la Ste Vierge ibidem.
Fig. 40. Image de S1 Théodore ibidem.
émaillées, qui se rapprochent par leur technique des émaux de l’autel de Milan (Paliotto de l’église de S1 Ambroise), et, par le travail et la composition, de la croix de Martvili, ce qui permet de placer l’origine de ces émaux à une
l) Déchiffrée par D. Z. Bakradzé.
*) l °yaye archéologique en Transcaucasie, Vllme rapport, p. 44 45.
époque reculée. Ces plaques représentent un fleuron de genre particulier, à fond pourpre foncé, avec un point ronge au milieu et des feuilles bleu clair aux bords : or, c’est sur la fameuse coupe de Cliosroès, du VIm° siècle, conservée à la Bibliothèque Nationale de Paris, que nous retrouvons ce t}'pe de rosace.11 Les plaques d’un autre type sont entièrement recouvertes d’un émail émeraude translucide, parsemé de points de couleur turquoise. Par contre, le champ et les bordures de l’icone sont ciselés dans un style qui se rapproche beaucoup du travail de l’image de Khakhouli; elles se rapportent, par conséquent, aux XII""' — XIIIme siècles. Dans le champ, aux angles supérieurs, sont fixés deux fragments d’émaux d'un beau travail grec et portant des inscriptions grecques, également du X”"‘ ou du commencement du XIme siècle. Leur type est celui que nous connaissons bien depuis l’époque de Constantin Porphyrogénète. L’un des fragments représente Jésus-Christ bénissant (il est drapé d’un chiton de deux couleurs); sur l’autre apparaissent dans le ciel les bustes des archanges Gabriel et Michel, les têtes inclinées et les mains recouvertes.
Il est bien probable que ces parties n’aient été fixées sur l’icone qu’à l’époque de sa restauration. L’inscription sur la face postérieure, recouverte d’une feuille d’argent, est la suivante : 1° „ Très-Sainte mère du Verbe Divin, glorifie de ta gloire le couronné de Dieu, le puissant et invincible roi des rois David, fils de Roussoudani,11 et 2° „ Très-Sainte Reine, viens secourir et intercéder pour celui qui avec zèle a orné ta sainte image, l’éristaw des éristaws, le mandatourt-oukhouzès (protomandateur) Dadiani Bédan et la déopalt-déopali Khavschak, grâce aux dons de laquelle a été garnie d’argent la face postérieure de cette icône. “ Il ressort de ces inscriptions que la sainte image fut ornée (probablement, d’un encadrement avec émaux) du temps du roi David IV Narin (1243 — 1259 !, et que l’épouse du prince Bédan avait fait recouvrir à ses frais d’une feuille d’argent le revers de l’icone, soit à la même époque, soit plus tard. Le prince Bédan, à en juger par les dons nombreux offerts par lui au monastère de Khopi, a dû avoir réuni une grande collection d’objets saints antiques.
Dix médaillons émaillés sont disposés le long du bord de l’icone : ce sont, à la bordure supérieure, la déésis, c’est-à-dire le Sauveur entre S1 Marie et S‘ Jean Baptiste; plus bas S1 Pierre et S* Paul, S‘ André et S‘ Grégoire le Théologue ; tout au bas les évangélistes S‘ Matthieu, S‘ Marc et S‘ Luc. Les inscriptions géorgiennes sur les médaillons sont en émail rouge. Près du nom
») Longpérier, Annali dél Instituto di Roma, XV, 1843, p. 100. — Chabouillet, Catalogue . . . des camées ... de la Bibliothèque Impériale, Paris, 1858, p. 364—365. — De Linas, Origines de l’orfèvrerie cloisonnée, I, p. 224 — 226.
MONUMENTS d’ÉMAILLERIE BYZANTINE. 137
„ Saint Théologue “ on voit gravé le nom de „Jean“ et, en effet, pour la série iconographique complète, seul l’évangéliste S1 Jean manque. Cependant en réalité l’image représente S1 Grégoire le Théologue, et non S1 Jean le Théologue, car on voit ici un saint drapé d’un omophore semé de croix. Cette erreur nous amène à supposer que Bédan s’était servi de plaques émaillées qu’il avait en réserve, ou bien appartenant à une ancienne image sainte, et que vers la fin du XIIIme siècle l’art de l’émaillerie n’était plus connu, du moins en Géorgie.
Le dessin de ces émaux ne donne que les contours généraux des figures saintes, conformément à l’état grossier de l’art byzantin au moment de sa décadence à la fin du XIIImc et du XIV,ne siècle. Le style n’a plus rien de son caractère original; les contours sont grossiers et lourds, et les draperies, reproduites dans leurs traits généraux, ne sont qu’ embrouillées. Par contre, les couleurs se présentent vives et brillantes et conservent toute leur fraîcheur, comme c’est ordinairement le cas dans les émaux géorgiens.
Le Sauveur bénit, les deux doigts réunis (en sa qualité de Pantocrator), tandis que l’évangéliste S1 Luc fait le geste de la bénédiction, les trois doigts rapprochés. La bénédiction à la manière grecque est réservée à S1 André et à S1 Grégoire. L’apôtre S1 Paul tient les Evangiles de sa main droite recouverte et presse la gauche contre sa poitrine, de même que S1 Matthieu et S‘ Marc. Ce qu’il y a d’étrange c’est que S1 Paul est représenté avec une barbe et des cheveux noirs. Le Sauveur se distingue par ses cheveux marron clair (comme sur les mosaïques des XImc et XIIine siècles) ; il porte un chiton d'un rose pâle et un himation transparent bleu foncé. De la même couleur rose est aussi l’himation de S1 André, tandis que le vêtement de dessus de S1 Paul, de S1 Matthieu et de S1 Jean Baptiste est émeraude foncé. L’évangéliste Marc apparaît vêtu d’un chiton couleur turquoise, d’un ton vif. Les nimbes sont de couleur turquoise de différentes teintes ou jaune vif.
ne autre image peinte de la Ste Vierge, avec l’enfant Jésus au bras droit (fig. 41), copiée de l’icone de la Ste Vierge de Chalcopratis à Constantinople et jdacée dans un reliquaire d or (0,45 m. de haut sur 0,36 m. de large), est conservée dans le même monastère de Khopi. C’était jadis une œuvre émaillée d une rare beauté. Tout le champ autour de la figure avait été rempli d ornements de caractère végétal, admirablement fins en émail sur or. De
Icône de la S,e Vierge de Khakltouli du monastère de Khopi, en Mi n grc lie.
ce champ il ne s’est conservé que quelques rares fragments dans l’angle droit, en haut, tout le reste est actuellement rempli de petites feuilles ciselées en or ou en argent doré. Parmi ces morceaux on voit encore une plaquette
Fig. 4L Icône de la Stc Vierge du monastère de Khopi, en Mingrélie.
en émail, avec un fragment du nom de la Stc Vierge 0T, et une autre portant les inscriptions fragmentaires Pr et ETTHKOOI.
Les nimbes en relief de la Ste Mère et de l’Enfant Jésus, conservés en partie, sont remplis de rinceaux usuels de vigne en émail. Le cadre de l’ icône, au contraire, possède encore son revêtement primitif en or ciselé, avec de magnifiques bandes d’entrelacs et de palmettes, offrant à certains endroits des médaillons et de petites images en forme de plaquettes carrées.