‹ Histoire et monuments des émaux byzantinsChapitre 15 sur 43 · MONUMENTS T) É MAILI.ERIE BYZANTINE · texte numérisé non relu

MONUMENTS T) É MAILI.ERIE BYZANTINE

Autrefois l’icone était ornée de dix médaillons de forme ronde, mais aujourd’hui il n’en reste que trois sur le bord supérieur, trois sur le bord inférieur, un médaillon sur l’un des bords latéraux, et en outre deux petites images. Pourtant l’ordre de la disposition naturelle des pièces n’a. pas été observé lors de l’arrangement primitif. L’ensemble de l’icone a été confectionné en Géorgie et l’artisan paraît ne pas avoir possédé la quantité nécessaire d’émaux. Pour cette raison, en haut, au milieu, la déésis (?) a dû céder 1a. place à la figure de S1 Théodore, apparaissant entre le Christ et la Ste Vierge; des deux côtés, au lieu des évangélistes, viennent les images de S1 Grégoire le Théologue, de Basile le Grand, de S‘ Nicolas le Thaumaturge et de S1 Démétrius, martyr. Tous les médaillons accusent le même travail et semblent appartenir à la première moitié du XIn,e, ou même à la fin du Xme siècle. Ce qu’il importe de relever ici, c’est la liberté et le grand caractère des types, ainsi que l’expression de chaque personnage. La représentation de S‘ Nicolas peut être considérée comme le type le plus excellente du saint. Il est figuré donnant la bénédiction avec ses deux doigts rapprochés, ainsi que cela, est établi pour le Christ Pantocrator. Le port de la. tête du jeune S* Démétrius un peu tournée de côté offre encore plus de liberté et de caractère. Le saint porte une cuirasse d’or, et par-dessus un manteau couleur émeraude. Mais c’est surtout dans la tête du Sauveur que l’art de l'artiste émailleur atteint son plus haut degré de perfection. Cette tête représente déjà la. transition du type antique encore peu déterminé du Xme siècle à, la face puissante, qui constitue le trait caractéristique des images du Sauveur dans les mosaïques des XIme et XIIme siècles. Le Sauveur donne la. bénédiction à la manière grecque. Les couleurs offrent une certaine recherche dans les demi-tons, comme, par exemple, la teinte olivâtre du corps et des parties ombrées, différentes nuances de bleu, de turquoise et d’émeraude dans les nimbes etc.

e principal monastère de la Mingrélie, Martvili, conserve icône de in

dans son église, à droite de l’iconostase, une grande icône 5,6 1 *er9e (lu

7 O monastère

en argent ciselé, en forme de triptyque, de 1 m. 16 eenti- de Martvm,

mètres de large sur 82 centimètres de haut — offrande d Eudémon Tschkhondidéli. c’est-à-dire de l’évêque de Martvili, de 1 année 1644. Ce triptyque, d’une exécution grossière habituelle en Géorgie, sert de cadre à quelques précieuses reliques vénérées au XVIInie siècle.

en Mingrélie.

Sur ce triptyque sont disposés une staurotlièque, une petite icône dite „de supplication14 avec l’image en émail de la déésis (voir plus loin); au centre, une petite image sur or de la Ste Vierge d’une rare beauté et d’un excellent travail artistique.

Cette image a 0,32 m. de haut sur 0,24 m. de large, tandis que la figure de la Ste Vierge, représentée en pied, ne comporte que 0,25 m. La beauté de l’exécution artistique, le type matrone plein de majesté, le style grandiose de la face, de la pose et des plis — tout cela nous permet de rapporter l’image au Xme siècle; elle pourrait être même considérée comme le modèle des magnifiques et élégants bas-reliefs en marbre, conservés après la chute de Byzance sur les murs de la cathédrale de S1 Marc. L’Enfant Jésus, reposant sur le bras gauche de la Mère, tient de sa droite un rouleau et approche sa main gauche du visage de la Mère, qui, le regard fixé sur l’Enfant, calme son agitation en pressant sa main droite sur la poitrine avec le geste de la prière. En un mot, nous avons là un magnifique sinon le plus beau type de la Ste Vierge Odégétrie. Le groupe occupe l’intérieur d’un arc, représentant l’Eglise terrestre; le long des colonnes rampent des branches de vigne; au milieu des rinceaux apparaissent des pierres précieuses, parmi lesquelles se distingue particulièrement un gros saphir; aux angles de l’arc, c’est-à-dire comme aux angles d’un ciborium on voit des rinceaux ciselés, avec des fleurs en forme de perles. Les vêtements de la Mère et de l’Enfant sont ornés de feuillages, avec des roses, formées par un pointillé très-fin.

Dans les mêmes angles du ciborium on a fixé deux plaques rondes émaillées, très-petites, d’un diamètre de 0,018 m., avec les bustes de Jésus- Christ, comme Pantocrator, donnant la bénédiction avec deux doigts rapprochés, et de la S,e Vierge, représentée en Orante, les bras élevés vers le ciel, d’un travail admirable. Le dessin, beau dans sa simplicité, les couleurs profondes et diaphanes sont un indice sûr de l’époque florissante de l’émaillerie byzantine, et nous autorisent à rapporter ces deux petites plaques à la première moitié du X,ne siècle.

Sur la bordure, entourant l’icone et n'ayant qu’une largeur de 0,045 m., sont disposés six médaillons émaillés de forme ronde, d’un diamètre de 0,035 et 0,04 m., ainsi que trois plaques émaillées, très-petites, dont le diamètre n’excède pas 0,015 et 0,02 m. Les premiers médaillons, comparés à ceux dont il a été question plus haut, offrent un travail plus grossier, en même temps qu’un dessin peu correct, bien qu’il soit d’un caractère imitatif et conventionnel; seule la beauté des couleurs nous permet de rapporter les

émaux de cette série au commencement du XI"" siècle. Les inscriptions sur les médaillons sont tantôt exécutées en émail rouge, tantôt elles sont niellées, et cela évidemment par l’artisan qui avait confectionné l'icone. La petite image de l’évangéliste S* Matthieu était d’abord privée de tout inscription et d’ailleurs la figure représentée ne correspond nullement au tj-pe d’évangéliste. L'artisan aura dû choisir cette plaque dans le nombre de celles qu’il avait par hasard sous la main; ensuite il aura découpé l’inscription dans l’une des plaques de sa réverse, en forme de deux petits morceaux couverts d’émail bleu clair, mais la lettre 0 lui manquait, ou bien il la tenait pour inutile : il en résulta l'inscription @ MATEOC. Ces fragments d’émail présentent un grand intérêt à cause de leur couleur bleu clair et de leur fond blanc; car on ne connaît pas d’émaux de ce genre conservés intacts. Le type de S1 Jean l’Evangéliste, complètement chauve, paraît aussi quelque peu étrange. Chacun des évangélistes lit dans un livre d’évangiles ouvert; leurs vêtements sont un himation bleu foncé et un chiton couleur turquoise, ou, à. l’inverse, un himation couleur turquoise et un chiton bleu foncé. Sur deux des médaillons, fixés au milieu du cadre, en haut et en bas, on aperçoit la figure de l'apôtre S' Paul. Quant à la représentation de S* Cj’r qui s’y trouve aussi, sa signification n’est pas très-claire. Ce saint, originaire d’Alexandrie, médecin du corps par profession et médecin des âmes par vocation, souffrit le matyre sous Dioclétien, avec son compagnon, le médecin Jean.11 Il existait à Constantinople une église placée sous l’invocation de ces deux martyrs. L’un des médaillons représente S‘ Cyr sous les traits d’un vieillard à cheveux blancs, la figure bénigne; il est vêtu d’un chasuble de pourpre foncé. Les petites plaques représentent le bienheureux S‘ Marcien (OCHOC MAPKYANOC), vieillard à cheveux blancs et portant la même chasuble, à la main gauche avec un livre d'évangiles et une petite croix blanche à la main droite. C’est un magnifique émail du X"“ siècle. Plus loin figure S' Basile le Grand les évangiles à la main, vêtu d’un omophorium semé de croix; cet émail est de la même époque. Les nimbes sur les deux plaques sont de couleur émeraude transparente. Enfin, la troisième plaque contient une très-petite image de l’apôtre S' Pierre, avec l’inscription: TTêTE. — curieux spécimen du plus ancien émail du YIIIme — IX‘“e siècle. La tête de l’apôtre, quoique d’un type antique, offre pourtant le caractère byzantin; le corps est couleur de cire; S1 Pierre est vêtu d’un chiton bleu clair avec

un clave jaune vif et d’un himation couleur turquoise clair; le fond de la figure est émeraude.

Comme conclusion, qu’il nous soit permis d’émettre la supposition suivante. Sous le règne de l’empereur Marcien et de l’impératrice Pulchérie, Cyr (450 — 457 1. l’ancien préfet, le constructeur des murs de la ville, fonda à Constantinople l’église plus tard renommée de la Ste Vierge „de Cyr“, où se trouvait l’image miraculeuse de la S,e Vierge „Cyriotisse“, jouissant d'une grande vénération à Byzance.11 Quoique les sceaux byzantins représentent le type de cette Ste Vierge sous la figure de la Ste Mère tenant des deux mains sur le sein un médaillon avec l’image de l’Enfant, il ne faut pas trop se fier aux types reproduits sur les sceaux, comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire et comme cela est confirmé par les numismates. Ne se pourrait-il pas que l’étrange combinaison de Cyr et de Marcien sur l’image de la S,e Vierge indiquât directement la miraculeuse icône de la Cyriotisse, les saints ayant été choisis exclusivement dans Byzance et placés dans de grandes images, au lieu de personnages historiques, en vue de leur commémoration dans cette église?

’ icône du Sauveur, au monastère de Ghélat, près de Routais, avec une face peinte d’ancien travail géorgien, avait été jadis un objet d’une grande beauté et enchâssée dans un 3 riche cadre; elle est à demi détruite actuellement et tombe y en poussière à cause de sa grande vétusté et de sa mau-

Icône du Sauveur du monastère de Ghélat.

vaise conservation. L’image avec sa bordure n’a pas plus de 0,48 m. de haut sur 0,30 m. de large. De l’image peinte il ne reste plus que le visage, exécuté dans l’ancien ton blanc et olive clair, une partie du cou et de l'himation rouge pourpre, ainsi que la main donnant la bénédiction grecque. A l’endroit de la main gauche s’est conservée, directement fixée sur la couleur de fond, la plaque d’or d’un livre d’évangiles fermé, orné d’un saphir et d’une améthyste. Le champ autour de la figure est rempli d’une feuille en or ciselé sur laquelle se produisent des ornementations d’un relief extraordinairement fin, représentant des bourgeons de vigne.

>) Ducange, Constantinopolis christiana, Lutetiæ Parisiorum, 1782, p. 87. Mon travail : Les éi/lises et les monuments byzantins de Constantinople (texte russe), p. 14, 26, 98, 138.

Le nimbe du Christ (fig. 42), d'une largeur de 0,03 m., est exécuté sur une plaque en relief qui est fixée sur la couleur de fond; des rinceaux vert émeraude avec des fruits d’or et des boutons rouges apparaissent sur le fond bleu du nimbe; les liras de la croix du nimbe offrent un fond blanc parsemé de végétation et, au centre de chaque bras, sont fixés cinq hyacinthes. La même beauté du travail évidemment byzantin apparaît aussi dans une toute petite plaque ronde, portant le nom du Christ; l’autre plaque manque.

La bordure du cadre est couverte de rinceaux ciselés et recouverts par-dessus de niellures de la

plus grande finesse. Le long de cette bordure sont disposés les dix médaillons d’or qui se sont conservés jusqu’à nos jours, ayant un diamètre de 0,03 m. ; dans leur nombre cinq sont en relief, et portent des inscriptions grecques; ils ont été recouverts, au XV"1” ou au XVI'"0 siècle, d’émail vert et bleu foncé. Six médaillons exécutés, comme le nimbe et le fond ciselé, au XII"'" siècle, en émail cloisonné géorgien-byzantin, portent des inscriptions géorgiennes. L’émail offre les

Nimbe sur l’image du Christ au couvent

de Ghélat

mêmes qualités de solidité et de vivacité de couleurs, le dessin — les mêmes défauts qui distinguent les médaillons de l’image du monastère de Djoumati (voyez plus bas), ces derniers nous servant de modèles à cause de leurs grandes dimensions.

Le médaillon émaillé du centre représente l'hétoimasie; son inscription géorgienne désigne l’objet représenté par le mot „sakhdari“, qui signifie tiône, siège, temple; sur le trône sont placées une croix et une couronne, et derrière lui on aperçoit la canne avec l’éponge et la. lance. Un médaillon latéral qui s’est conservé représente dans la zone supérieure le buste d un archange en adoration devant le trône ; son nimbe émeraude et ses ailes couleur grenade offrent la combinaison luxueuse et favorite des

Byzantins, hyacinthes avec émeraudes. Sur les bordures latérales on voit en outre un médaillon avec les bustes de l’apôtre S' Pierre (placé ici à gauche du Christ) et de l’apôtre S1 Paul (à droite du Christ), portant des himations de deux couleurs, rouge et bleu foncé. Au bas s’est conservé la seule image de l’évangéliste S’ Luc tenant le livre d évangiles; la grossièreté de la figure et du dessin témoignent suffisamment d’un travail géorgien. Enfin, la bordure inférieure contient un médaillon émaillé, figurant un buste d’un saint inconnu, évidemment de travail byzantin. La différence entre l’émail géorgien et grec saute aux yeux: dans l’un apparaissent des couleurs éclatantes et saturées, le rouge , le vert et le bleu clair dominent ; dans l’autre nous trouvons des demi-tons, un nimbe azuré, des cheveux marron clair, un teint olive jaunâtre, le pourpre du chiton de teinte bleuâtre ou couleur de fumée et un himation couleur émeraude. Le dessin de la tête et de la figure est d’une finesse artistique.

Aux deux côtés de ce médaillon s’étale une inscription géorgienne niellée, déchiffrée par D. Z. Bakradzé et nommant le fondateur de l’image qui est Svimon Tschkhondidéli, évêque géorgien du temps du roi Démétrius

(1125 1154); suivant l’indication du même savant, il est fait mention de ce

personnage dans des documents manuscrits vers 1141. A part le médaillon byzantin qui pourrait être d’une époque plus ancienne, les émaux se rapportent à la moitié du XIIme siècle et le nom d’Assan de Tschkhondidi (actuellement Martvili), indiqué dans l’inscription comme l’auteur do l’image, prouve l’origine géorgienne de ces émaux.

ni

armi les antiquités du monastère de Shémokhmédi se conserve un précieux monument de l’émaillerie byzantine (fig. 43). C’est une petite image, enchâssée dans un triptyque d argent, de dimensions modestes (0,29 m. de haut sur 0,14 m. de large). Ce dernier, d’origine assez récente, est recouvert d’ornements grossiers, de pierres précieuses et de médaillons d’or avec des turquoises et des hyacinthes.

Nous avons là devant les yeux un volet d un ancien triptyque byzantin, peut-être même est-ce la plaque du milieu, figurant un petit iconostase, enchâssé dans un cadre; sa face postérieure est recouverte dune feuille d’argent dorée, où surgit, au milieu d’une bordure ornementale ciselée

du XI"1' ou du XIIme siècle une croix „flemie“, avec des pattes d’acanthe en bas et la légende IC XC NI KA. Cette plaque est évidemment d’une origine plus récente, car les tenons qui unissent les deux faces sont fixés dans plusieurs endroits, .comme on le voit sur le dessin, au beau milieu des inscriptions etc. Il n’en est pas de même pour l’image elle-même, qui est évidemment d’une composition primitive. Cela nous est démontré d’abord par la bordure de deux centimètres de large, semée de pierres précieuses et de perles, et couverte

Fig. 43. Petite image au couvent de Shémokhmédi, en Gourie.

du plus fin émail; ensuite, par la bordure composée de bandes d’émail cloisonné en festons carrés qui forment de petites croix sur des fonds polychromes en mosaïque; enfin, et le plus particulièrement, par le choix des sujets.

Au milieu sont représentées : dans le premier tableau, la descente aux Enfers ou la Résurrection (n àvàGiaaiç d’après la légende habituelle). Le Christ apparaît faisant sortir Adam et Eve des enfers; sur les côtés, David et Salomon debout dans leurs tombes; dans l’autre tableau — l’Annonciation (n xepeTictyuDç) : ici la Ste Vierge, qui a quitté son siège, tient à la main gauche

I hi V"

des outils de tisserand et presse la main droite sur son sein, avec une expression d’étonnement ; l’archange fait le geste de la bénédiction et s’approche rapidement, une mesure dans la main gauche. Les deux scènes de F Annonciation sont liées l’une à l’autre par le parallélisme d'Eve et de la S,e Vierge, Au-dessus de ces images sont disposées trois plaques contenant les bustes du Christ, placé au milieu des apôtres S‘ Pierre et S“ Paul ; en bas trois images du grand-martyr S' Pantéléïmon, entre S' Cosme et S1 Damien. Ainsi, nous avons ici en miniature une icône de ^Supplication" ou un genre de bétimç, le petit iconostase offrant la forme de ce qu’on appelait dans l’ancienne Russie des -iconostases en buste".

Toutes ces figures émaillées appartiennent à la meilleure époque, qui ne dépasse pas la fin du X1"' siècle. Le dessin, par la pureté et la simplicité des types, par l’absence de détails embrouillés et fantastiques et par la, largeur du style, paraît même correspondre à la première moitié du Xme siècle; c’est particulièrement apparent dans les têtes de S‘ Pierre et de S* Paul, tant elles contiennent de simplicité et de caractère antique. Il importe de relever ici que les saints Cosme et Damien ont la chevelure noire et portent tous les deux une petite barbe; S* Damien tient dans les mains un mortier de médecin avec sa molette, recouvert d’une cloche de verre, S‘ Pantéléïmon — des tablettes et une lancette.

Les vêtements des personnages représentés sur ces émaux sont de deux couleurs, le pins ordinairement bleu foncé turquoise, quelquefois avec des raies de couleur grenade; une chasuble également de couleur grenade revêt Eve.

La pureté frappante des tons, la précision des détails, une exécution pleine d’assurance, l’harmonie générale des tons chauds et profonds, tout, en un mot, offre une coïncidence complète, comme technique, de ces émaux avec ceux qui ornent le reliquaire de Limbourg.

Encadre¬

ment

de l’icone du monastère de Kozkhéri , en

Mingrêlie.

'■ qlun monument fort curieux de l’émaillerie byzantine se trouve au milieu des montagnes sauvages du nord de la Mingrêlie, dans le pauvre village de Kozkhéri, situé à neuf verstes de distance de la ville de Zougdidi. C’est, un tout petit cadre en or émaillé d’une ancienne image de la Slc Vierge, de 0 20 m. de haut sur 0,16 m. de large (l’image elle-même a, à l’intérieur 0,10 m. de haut sur 0,7 m. de large). L’inscription nous apprend que cette image

fut, en 1640, fixée par le roi Dadiani Lévan sur une plaque contenant la figure peinte du Sauveur (bien qu’il s’y trouve aussi quelques petites plaques rondes avec le nom MP ©V). L’inscription, assez longue, nous apprend en outre que le roi, conjointement avec son épouse et aux frais de cette dernière, avait orné d’or et d’émail la face du Sauveur11 et que, après le

Fig. 44. Image du monastère Kozkhérie, en Mingrélie.

décès de la reine, il avait placé l'image dans un grand reliquaire d'un travail qui paraît fort laid, même au milieu des images géorgiennes de l’époque postérieure. Ce reliquaire contient les figures des Prophètes et les emblèmes symboliques de la Vierge.

L image de la S,e Vierge possède un fond émaillé bleu foncé légèrement relevé, sur lequel montent en sens vertical des rinceaux blancs de la vigne, avec des feuilles de palmier au milieu, et des boutons rouges non encore

’) L’émail est désigné ici par le terme persan „minakari“ ; voyez l'Introduction.

complètement ouverts aux côtés. Le nimbe, également pourvu d’un faible relief, est orné de méandres bleu foncé et rouges avec de petits cercles qui s’alternent et laissent voir dans leur intérieur des palmettes rouges sur champ couleur turquoise. La bordure est remplie d’un dessin en forme de festons carrés ou de cases d’échiquier.

La bordure du reliquaire en or offre un intérêt bien plus grand. Contrairement au système habituel de l' ornementation consistant en médaillons émaillés, fabriqués exprès et soudés ou même cloués dans différents endroits, cette bordure est elle-même toute couverte d’émaux. Il résulte de là que la bordure présente une rangée de plaques émaillées, exécutées et cuites toutes à la fois, et non pièce par pièce. Nous devons bien appliquer la supposition d’un travail de ce genre à un grand nombre d’émaux, mais le seul et unique exemple réel où nous pouvons étudier la sûreté de la main de l’émailleur byzantin nous est offert par la pièce en question.

L’encadrement affecte la forme d’une feuille ornée de miniatures aux marges. En haut, au milieu, apparaît l’Assomption de la Vierge, à droite et à gauche deux scènes apocryphiques : un ange emporte l’apôtre S1 Jean d’Edesse à Jérusalem, vers la couche funèbre de la Vierge, un autre ange porte un autre apôtre vers Jérusalem. Les deux scènes sont entourées de nuages et les figures ne sont visibles que jusqu’aux genoux. Les images émaillées n’ont ni bordures ni divisions architecturales, comme les miniatures entourant le texte des manuscrits du IXme et du XIme siècles. Les champs latéraux contiennent les scènes de l’Annonciation et de la rencontre de Joachim avec Anne (la figure de Joachim est la seule qui se soit conservée); en bas et en haut on aperçoit des chérubins et des séraphins à six ailes, deux par deux. Le champ inférieur reproduit la scène de la Nativité du Christ ; sur les côtés auraient dû se trouve]-, à en juger par l’inscription, les images de Stc Catherine et de Ste Barbe, martyres, mais la première est remplacée par S* Théodore le Tiron, et la seconde manque complètement. A droite auront dû également figurer les Saintes Femmes, mais ici un fragment de la feuille a été emporté.

Les sujets iconographiques étant reproduits d’après un type strictement déterminé, les seules scènes apocryphiques offrent un certain intérêt. Dans l’icone de l’Assomption, la Vierge est étendue sur sa couche funéraire, recouverte d’une draperie verte; le Christ reçoit dans ses bras étendus l’âme de la Mère; deux anges descendent en versant des larmes; les apôtres se pressent en deux groupes près du chevet et des pieds; S‘ Pierre agite l’en-

MONUMENTS d’ÉMAILLERIE BYZANTINE.

censoir et S1 Paul est en prières. Dans la scène de l’Annonciation, un rayon lumineux tombe du haut de l’hémisphère sur la Vierge qui se tient debout sur un tapis vert, sa quenouille à la main; derrière elle on aperçoit un riche siège et des édifices. S1 Joachim — une belle figure d’homme à la fleur de l’âge — tient un rouleau et fait le geste de la bénédiction. La Nativité est figurée avec l’ablution de l’Enfant Jésus exécutée par deux femmes de service.

Malgré l’extrême petitesse des figures, le dessin a peu souffert, et les couleurs encore moins; cependant, à en juger par la profusion de l’émail rouge et par la prédominance des teintes bleu cendré et turquoise, le travail 11e saurait être antérieur à la seconde moitié du XIme siècle.

c‘e 068 émaux byzantins il faut ranger deux petites Petites * ■ images saintes de la collection J. P. Balaschow à S'-Péters- imases de'a

collection

bourg. Nous devons à l’obligeance de leur possesseur Saia- ’ J -i ■ , , . , schow.

de pouvoir orner le titre du présent ouvrage d une

reproduction réduite de ces deux monuments. Leurs dimensions et leurs procédés d exécution nous permettent de supposer qu’ils ne sont qu’une partie d’une œuvre byzantine monumentale. Mais, transportées au Caucase, elles ont servi à. orner une reliure d’évangiliaire confectionnée dans le courant du XVITI'ne siècle. Les deux monuments semblent avoir appartenu à une grande plaque métallique sur laquelle ils étaient fixés au moyen de rivets.

La figure de S‘ Démétrius y avait été fixée avec sa plaque d’or, où est ménagée l’alvéole pour l’émail, comme le prouvent les dix-huit petits trous de la bordure. L image de la Vierge a dû également être ainsi fixée sur la plaque, mais seulement après avoir été enlevée de sa place primitive : ce qui le démontre, c’est l’existence de petits trous sur les bords de l’alvéole, dont quelques-uns se trouvent juste à l’endroit de l’ornement qui manque maintenant. Cette circonstance nous met à même de distinguer le procédé technique des deux époques. Cette pièce avec son épaisse couche d’émail (un pouce) a souffert plus que les autres.

L’étude des procédés techniques de ces deux monuments est d’un grand intérêt. Au revers de la petite plaque de S’ Démétrius apparaissent les contours généraux faits au poinçon; les traits de visage ne sont pas du tout tracés, tandis que les lettres ont été profondément imprimées; le peu d’épais-

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seni- de la couche d’émail annonce un émailleur très-habile du Xme ou de la première moitié du XIme siècle. Le fond est vert translucide; vu la difficulté d’obtenir un ton émeraude pur, ce fond est très-restreint, et la figure occupe presque toute la place disponible. Le coloris de l’émail est, au milieu des autres couleurs, extrêmement harmonieux; mentionnons, par exemple, le petit cercle rouge du nimbe parsemé de points blancs qui imitent des perles sur le bandeau rouge. Aussi le champ du nimbe, d’un bleu turquoise, conformément aux conditions iconographiques, a-t-il des reflets vert foncé au lieu du bleu de ciel ordinaire; les cheveux presque noirs du martyr sont devenus, par suite de la décomposition de l’émail, brun foncé. Les carnations sont d’un rose chaud et profond. La juxtaposition de l’ himation vert et du chiton bleu clair produit un effet très-heureux. Le premier (jrpàciivoç) est orné de feuilles rouges de lierre ; les bracelets et le tablion jaune chrome sont rehaussés d’émeraudes, d’améthystes et de perles. A noter les haut de chausses (bracci) blancs avec une pierre verte près de la plante des pieds. Le sol ondé bleu de ciel, vert et bleu turquoise est traité à la manière des mosaïques. Dans la composition il convient de remarquer le regard du saint de gauche dirigé vers le Sauveur et les mains tendues dans l’attitude de la prière.

Signalons encore une autre Vierge avec des archanges, également de la collection de J. P. Balaschow, et qui semble appartenir à une époque plus récente, à la fin du XIIme sinon au commencement du XIIIme siècle. Cependant, en raison de son originalité, c’est encore un monument trèsremarquable. Le sujet (si l’on en juge par la Ste Vierge de Ghélat décrite plus haut) se range dans la catégorie des plaques d’ornement dont on avait coutume de parer des images miraculeuses et qui en expliquaient en même temps le sens. La Vierge est assise sur un trône somptueux, dans l’attitude d’une Orante; elle lève les mains, comme pour aspirer à la béatitude céleste, de même que la femme mystérieuse de l’Apocalypse; deux archanges se tiennent derrière elle. C'est un thème qui date de l’ancienne époque grecque et que l’art byzantin a développé dans tout un cycle de compositions. Le fond vert cuivre et les lettres blanches marquent le XHT"e siècle. Le trône, représentant un beau travail de sculpture sur bois et d’incrustation, de pierres précieuses et de perles, est rouge, bleu clair, bleu turquoise, cendré et blanc. La Vierge est vêtue d’un chiton bleu de ciel et d’un maphorium cendré; le nimbe se compose de pousses d’acanthe rouges et jaunes. L’expression exagérée que lui donne la dilatation de la prunelle des yeux fait pendant à la finesse exagérée des mains, extraordinairement petites.

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