‹ Histoire et monuments des émaux byzantinsChapitre 17 sur 43 · MONUMENTS II ÏHAIUEHIÏ BYZANTINE · texte numérisé non relu

MONUMENTS II ÏHAIUEHIÏ BYZANTINE

en forme d’une ancienne croix pectorale à quatre bras. Sur une plaque d’or polie sont disposés quatre petits bustes en émail, et le croisement est orné d'une pierre fine. Le pectoral est entouré de huit cercles formant une croix avec des pierres précieuses fixées dans des chatons sur un fond d’émail. Par conséquent, l’émail remplace ici un fond coloré. La face était des plus simples, ne laissant voir qu’une petite croix émaillée ornée d’une pierre précieuse au centre du croisement et huit pierres fines dans une monture émaillée; il ne s’est conservé que trois cercles avec ce fond, mais sans les pierres. Au revers on trouve une plaque centrale en forme de croix (0,06 m. de haut et 0,048 m. de large) avec une pierre fine au milieu. Aux bras de la croix apparaissent les figures en buste émaillées de la Ste Vierge, du martyr S‘ Démétrius et de S‘ Nicolas le Miraculeux dans le haut et, en bas, la figure en pied de S‘ Jean Chrysostome, avec des inscriptions en émail rouge. Le dessin des figures est un peu lourd et grossier, quoiqu’il soit encore bien éloigné du caractère des époques postérieures; les figures sont comtes, avec des têtes massives; les cheveux et les traits du visage conservent encore la manière antique et les couleurs, malgré l’exiguité des figures (la figure de S' Jean Chrysostome ne dépasse pas 0,025 m. de hauteur), offrent une beauté de tons que l’on rencontre rarement dans les émaux appartenant aux premiers époques. Outre l’émail bleu azuré pour les fonds, 1 artiste s’est servi ici encore d’émail émeraude d’un ton très-profond et sur ce fond apparaissent en divers endroits des points d’or, comme sur l’autel de l’église de S1 Ambroise; mais, comparée au goût lourd et disgracieux de ces derniers émaux, la technique atteint ici un rare degré d’élégance. Non moins curieuses sont aussi les autres couleurs : ainsi, les vêtements de dessus de la Vierge et de S' Démétrius sont bleu foncé; le chiton du saint est de couleur turquoise. Tout au contraire les émailleurs du XIme siècle donnent de préférence au bleu foncé une teinte lilas ou même pourpre foncé.

) ans le district de Rateha de l’Imérétie montagneuse se trouve une ancienne église du XI"" siècle, sous l’invocation de S' Nicolas le Miraculeux, connue de nos jours sous le nom de Nikortzminda (au lieu de Nikolostzminda, ce qui veut dire „Saint-Nicolas“). Parmi les antiquités peu nombreuses qui s y sont conservées dans un état de demi-destruction, cette église possède

une croix remarquable par ses émaux (fig. 47 habituel des croix géorgiennes de procession, le pièce est garni d’argent et se termine par un ciselé avec les figures de S1 Georges et de S1 évêques, de deux saints guerriers et de l'Annonciation. L’inscription du globe (déchiffrée par D. Z.

Bakradzé) avec le nom des donateurs , appartenant à la famille des princes Zouloukidzé du district de Ratcha, rapporte la con-

.1} Conformément au type bâton assez long de cette globe supportant un si on Démétrius, de deux saints struction de la croix au XVIIme ou même au XVIII,ne

siècle. Mais aux extrémités des branches de la croix sont fixés trois médaillons émaillés des évangélistes, d’un magnifique travail byzantin du XI,ne siècle, bien que leur dessin soit plus

grossier que les médaillons de la collection A. W. de Zwénigorodskoï. S1 Luc et S1 Marc ont exactement les mêmes traits du visage et ne se distinguent que par la forme de la barbe ; S1 Luc est en outre un peu chauve (voyez chapitre III, sur le médaillon figurant cet

Fig. 47. Croix de l’église de Nikortzminda.

évangéliste). Si S1 Matthieu n’avait pas eu des cheveux blancs, il n’y aurait eu aucune différence entre lui et les deux autres évangélistes. Tout cela est une preuve d’un travail d’artisan, mais ne donne nullement la caractéristique de l’art byzantin de n’importe

quelle époque. Le plus grand intérêt reste, par conséquent, réservé aux couleurs des émaux. La première place appartient, parmi elles, à l’émail émeraude transparent, qui constitue le fond des nimbes et apparaît sur les chitons de deux apôtres. Ensuite vient l’émail bleu cendré, turquoise pour

l; La croix a été découverte, en 1888, au cours d’une expédition archéologique en Géorgie, par la comtesse P. S. Ouvarow qui a bien voulu nous prêter ses belles photographies pour la présente publication.

les cheveux blancs, bleu vif et chrome pour les objets d’or, par exemple pour les couvertures d’évangiles. Les endroits restés vides par la destruction de l’émail donnent à l’observateur la faculté de s’assurer que la couleur marron foncé, presque noire, pour les cheveux, n’est au fond qu’une couleur d’émail grenat foncé, semblable au vin rouge épais. La couleur rosée des chairs résulte de la combinaison des reflets de l’or à travers l’émail demitransparent avec la couleur jaunâtre des chairs. Les parties détruites du nimbe vert émeraude laissent constater que pour fixer l’émail, le fond des alvéoles avait reçu une série de cercles, remplis plus tard d’émail. Enfin, on constate ici que les différentes altérations des tons de l’émail dépendent évidemment de l’épaisseur de la couche; c’est ainsi qu’une couche très-mince produit des nuances olive sur les bords et un ton rose vif au milieu.

La Souanétie libre est, dit-on, fort riche en émaux précieux. Au village de Dovber, dans le monastère de S* Cyrique et S1' Julitte se trouve une image émaillée, d’une rare beauté, de la Crucifixion, datant du XII1"' siècle, avec la S,e Vierge, S‘ Jean et deux anges planant; l’inscription auprès de ces figures reproduit le texte habituel : ïbe ô uioç crou, itou p upïnp trou. On lit sur la garniture d’or le distique iambique : Aaimpo nepiaxiùv qjûiç IXctplwv îiXç, ôbtiïov eiç pé'i-Krcov ële i cpôjç robt, c’est-à-dire : „Hilarion qui a entouré la lumière d’une matière éclatante, y trouvera un guide à la plus immense lumière. “ V:

1) après nos informations, il se trouve dans la Souanétie princière, dans l'église du village d’Ouschkoul, une icône ornée de quatre médaillons grecs émaillés; dans l’église du village de Lapskhali, une croix avec de grands médaillons; à Latali, également une croix avec les médaillons de la Crucifixion et de S’ Jean et de la Vierge Marie en buste, représentés hors de toute connexion avec la croix, enfin les médaillons des quatre évangélistes.

Suivant une information de D. Z. Bakradzé, l’église arméno-grégorienne de la ville d’Artvine, district de Batoum, possède un évangile géorgien avec des images en émail de la Crucifixion, dans un bel encadrement égalementémaillé; en bas est appendue une petite croix avec une inscription géorgienne qui nomme une certaine Anne, propriétaire de l’évangile. L’évangile avait appartenu jadis à l’ancienne cathédrale géorgienne qui avait existé en Arménie.

*) J- Pomialovsky, Zbornik gretcheskikh i latinskikh nadpisseï Kawkasâ (Recueil d’inscriptions grecques et latines du Caucase), St-Pétersbourg, 1881. no 67, p. 42—48.— Bernoville, La Souanétie libre , Paris, 1875, p. 111 — 113, planche. — G. D. Fiiimonoff, Bulletin de la Société de l’art russe ancien, Moscou, 1876, section I, p. 86 (texte russe), rapporte cet émail au XIme siècle.

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Croix de l'archevêque Antoine.

jfy'W a petite croix en émail, à huit branches qui avait appartenu à Antoine, archevêque de Novgorod, pèlerin et historien des monuments sacrés de Constantinople et qui remonte ^ aux premières années du XIIImP siècle, est actuellement incrustée dans une grande croix d’autel, en bois,

a six

branches. Les émaux de la petite croix sont byzantins, ils représentent la Crucifixion avec la Vierge et S1 Jean aux côtés.15 L’inscription de la grande croix est la suivante : „Seigneur Dieu, viens en aide à ton serviteur Antoine, archevêque de Novgorod, qui a donné cette croix à l’église de S,e Sophie. “

Nous n’avons pour le moment sous les yeux aucun modèle de croix byzantine avec émaux; mais en revanche nous possédons nombre de petites images en émail, représentant la Crucifixion et ayant appartenu jadis à des croix monumentales ou à des reliquaires et autres objets de mobilier ecclésiastique. Depuis la période des iconoclastes et jusqu’à la fin de l’époque des émaux la Crucifixion fut un thème favori des émailleurs byzantins. Ce thème, développé suivant un certain schéma iconographique, tire naturellement son origine des croix pectorales.25

Le dessin 48, représentant une monnaie de Théodat, roi des Cfoths (534 — 536), offre un exemple d’une pareille croix pectorale.35

Labarte cite trois des plus anciennes Crucifixions émaillées : la croix de la collection Beresford Hope, la croix de Dagmar et la croix de l'Eglise collégiale d’Essen qui, selon lui, appartiennent au commencement du IXme siècle; il en voit la preuve dans le colobium (tunique sans manches) du Christ. Ce point d'iconographie offre, il est vrai, un intérêt fort essentiel, mais les arguments de Labarte et sa description des monuments renferment quelques inexactitudes. Le colobium dont le Christ est vêtu appartient effectivement à l’ancien art byzantin, à peu près avant la seconde moitié du Xine siècle;

. 4S. Monnaie de Théodate.

M Une reproduction en a été donnée dans Les Antiquités de l’Empire de Russie, éditées par ordre de l’empereur Nicolas 1er, Moscou, 1849, Atlas, planche 25; Texte russe, p. 47 — 48. Voyez aussi Description archéologique des antiquités des églises de Novgorod (texte russe), par l’archevêque Makari, Moscou, 1860, II, p. 172 — 173.

2i II y a de nombreuses relations entre l’iconographie et les produits artistiques, depuis l’époque (la deuxième moitié du IXme siècle) où l’art byzantin prend un caractère décoratif. C’est là un sujet d’étude très-important, mais qui est loin d’avoir être approfondi.

3) Sabatier, Description générale des monnaies byzantines, Paris, 1862, planche XVIII, no 29.

mais ne saurait servir à déterminer une époque d'une manière absolue. Nous trouvons le colobium sur la miniature bien connue du manuscrit parisien de Grégoire le Théologue qui a été exécutée entre 880 et 885 11 pour l'empereur Basile le Macédonien. Quant au manuscrit parisien de l’Evangile (n° 54), où le colobium est remplacé par une draperie, il n’appartient pas au XT'"\ mais à la seconde moitié du XI11"" siècle. Seules la croix de Beresford Hope et celle du couvent de Ghélat, mentionnée plus haut, appartiennent à l’ancien type; toutes les autres sont d’une époque plus récente.

' a croix de la collection Beresford Hope (dessins 49 et 50 ■ est ouvrante; elle était destinée à être portée sur la

poitrine; mais, pourvue de charnières, elle pouvait aussi WJIy ^ «e suspendre il une couronne d’église.2' Elle est en argent,

V mais les alvéoles et les lamelles de séparation sont en or mêlé d’argent. Sur la face antérieure est figuré le Christ crucifié vêtu du colobium; sous la croix on voit la tête d’Adam: sur les bras de la croix la Mère

Croix de la collection Hope.

de Dieu et S’ Jean, signalés dans l’inscription par les paroles connues du Fils.

Sur le revers, au milieu la Vierge Orante ; en haut S* Jean Baptiste, au-dessous l’apôtre S* Paul, sur les côtés S’ Pierre et S1 André.

Toutes ces figures sont exécutées avec les couleurs suivantes sur un fond vert émeraude transparent : le nimbe

Fig. 49. Croix du Musée Ivensington. Revers.

Fig. 50. Croix du Musée Kensington.

Face.

l) Voyez notre Histoire de l’art byzantin (texte russe), p. 168; Bordier, Description des peintures dans les manuscrits grecs de la Bibliothèque Nationale, Paris, 1883, p. 68.

s) Autrefois dans la collection Dumesnil, elle appartient actuellement au Kensington Muséum qui l'a acquise pour 315 liv. st., en 1886 (n° 265). Elle mesure 3 pouces 3U de haut, sur 2lu de large. Didron l’a décrite dans les Annales archéologiques, vol. VIII, et Labarte, loco citato, III, p. 421.

est bleu turquoise, la bordure rouge brique; les autres couleurs sont : le bleu clair cendré, le bleu foncé, le rouge écaille transparent, le rose et le jaune pâle (nuance des chairs); les cheveux sont noirs. Le choix des couleurs prouve que cette croix ne date pas d’avant le Xme siècle. Les alvéoles sont très-grandes, le dessin est grossier, les extrémités des ligures énormes, les yeux d’un volume démesuré, les inscriptions enfin sont indiquées au moyen de simples petites bandelettes en or sur le fond : autant de signes qui caractérisent la première moitié du Xme ou même du IX'"e siècle. Comme sujet, comme technique et comme originalité, cette croix nous semble inférieure à celle du couvent de Grhélat.

Quatre médaillons émaillés avec emblèmes des évangélistes sur la croix, ayant fait partie autrefois de la collection Soltykow (aujourd’hui au Kensington Muséum, n° 7943, acquis en 1862;

2 Va centimètres de diamètre), remontent à une époque très-ancienne, peut-être au Xme siècle. Il ne s’en suit pas qu’ils soient d’origine byzantine. La croix même, la figure du Sauveur en ivoire et le filigrane sont de travail occidental. 1}

Le dessin très-grossier des figures rappelle le bâton de la cathédrale de Lim-

Fig.51. Croix de la reine bourg. Ce ne peut être un travail byzan- Flg-52- Croix de la reine Dagmar. Face. Dagraar. Revers,

tin. Les émaux bleu fonce, bleu turquoise, blanc éclatant et rouge clair sur fond émeraude rapprochent ces médaillons du Paliotto de Milan.

La croix de l’église collégiale d’Essen en Westphalie appartient à la même époque et à la même catégorie d’émaux. Elle représente également la Crucifixion avec S1 Jean et Marie sur tond émeraude; le haut est orné d’une tête de la femme mystérieuse de l’Apocalypse.

Toutes les autres croix pectorales et celles qui servaient de reliquaires appartiennent déjà au XIme ou au XII"ie siècle et même à une époque postérieure. Les traits de style et la technique d’émail indiquent à n’en pas douter une époque relativement récente.

t) Dans notre Histoire de l’art byzantin nous avons eu plusieurs fois l’occasion de faire remarquer que l’iconographie byzantine ne connaît point les emblèmes des évangélistes depuis le 'VInie jusqu au XIImc siècle.

MONUMENTS d’ÉMAILLERTE BYZANTINE.

./vi r -/)a- croix de la reine Dagmar (f 1212) (dessins 51 et 52), ■'l. --1 déposée jadis sur son tombeau au couvent de Ringsted, 11 actuellement au Musée de Copenhague (Département du Moyen-Age, n" 1 97a) est un des meilleurs émaux du XIme siècle. Malgré les dimensions excessivement petites des figures, elle offre un dessin remarquable, où toutes les formes typiques et tous les détails se sont fort bien conservés. Sur la face, la Crucifixion. Sur le revers, le Seigneur, dans un cercle blanc, joint les trois doigts en sa qualité de Pantocrator (mais non pas de manière à former le monogramme sacré). C’est bien le type des mosaïques siciliennes, et c’est sans contredit un travail du XIme siècle. Nous voyons là. le même ovale du visage, le nimbe bleu, 1 himation bleu foncé (ni lilas ni pourpre), la même chevelure abondante partagée par une raie (d’un brun marron)** et une carnation d’un rose jaunâtre. Au-dessus du Christ Basile le Grand tient des deux mains un livre; son omophorion, son type et l’inscription en lettres minuscules le désignent comme évêque. Sur les deux côtés, la Vierge et S* Jean Baptiste; en bas, S1 Jean Clirysostome ; tous, à l’exception du Sauveur, apparaissent dans un cercle bleu clair auréolés d’un nimbe bleu turquoise. Le fond est rouge et parsemé de petites croix d’un bleu clair et bleu turquoise. Malgré une exécution très-soignée, il y a défaut d’harmonie dans les tons et manque de goût artistique.

A la même catégorie d’émaux décoratifs du XI"" siècle appartiennent les ornements de deux croix de l’église collégiale d’Essen. Sur l’une il y a quatre plaques représentant des oiseaux, des paons, etc. ; sur l’autre la bordure même en émail présente des oiseaux, des lions, des griffons ailés, des faces de lions: les rinceaux et les tresses partant des ces derniers forment, un treillis de fils tordus, dont il a déjà été souvent question à. propos d’ouvrages byzantins et occidentaux des XI"" et XII”" siècles. *> Ces deux croix sont un travail occidental, composé de pièces de différentes époques, et où l’émail-

l) Cette petite croix a été reproduite, mais d’une manière très-défectueuse, dans le grand ouvrage de Worsæ, Nordische AUerthümer des Kôniglichen Muséums zu Copenhagen, planche 132, fig. 512 a, b. On en trouvera, au contraire, une excellente reproduction dans Stephens, Queen Dagmar' s Cross, facsimile, London, 1863, in-8°.

*) Dans les émaux byzantins les cheveux restent toujours noirs, malgré le développement du type. Voyez plus bas sur les représentations du Christ dans les médaillons de W. A. de Zwénigorodskoï.

3) Labarte, Histoire des arts industriels, II, p. 110, 196—200; III, p. 430.

Croix de la reine Dagmar.

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Croix de la collection du comte Ouvaroiv.

leur, suivant à la lettre la recette de Théophile, employait des plaques d’émail toutes prêtes.

La croix rapportée du mont Athos par l’illustre voyageur P. J. Sévastianow et représentant le Crucifié , date du XI"" ou du XII™ siècle. Elle appartient actuellement à la collection de M. P. Botkine à S’-Pétersbourg. Elle est extrêmement petite (la figure du Sauveur mesure à peine S centimètres de hauteur), mais exécutée avec le plus grand soin. A en juger d'après le type iconographique et la technique, cette croix semble appartenir plutôt au XII™ siècle. Sur fond bleu avec rinceaux d’or, apparaît une croix pourpre avec la figure du Crucifié et l’inscription grecque: „ Jésus-Christ, Roi de Gloire. “ Sous la croix repose la tête d’Adam, au milieu de la Golgatha verte. Le nimbe du Christ est de couleur émeraude translucide; son corps est d’une belle carnation couleur rosée, mais sa face, avec des veux à demi-fermés, offre déjà une teinte de cire.])

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ne petite croix byzantine 1 9 centimètres de haut), de fin travail byzantin et appartenant au XI™ siècle, a été trouvée ou, du moins, acquise à Kiew, et fait partie aujourd’hui du musée du comte Ouvarow, gouvernement de Moscou, village de Poretschïé. Sur la face postérieure de cette croix se trouve une cavité destinée à recevoir une parcelle de la Vraie Croix; deux charnières, une à chaque extrémité, indiquent que ce n’était pas une croix à porter au cou, mais qu’elle avait figuré au milieu d’une couronne, d’un encensoir ou de tout autre ustensile sacré précieux : voilà pourquoi elle paraît avoir été jadis richement ornée de perles et de pierres fines. Des ornements d’émail couvrent toute sa surface. Le fond bleu foncé est divisé par de fines lamelles d’or; on y distingue des rinceaux blancs (marque caractéristique du XLI™ siècle), des feuilles, des zigzags terminés par des fleurettes rouges, le tout d’un dessin très-délicat. Le médaillon central avec la figure du Sauveur manque; les quatre médaillons d'angle renferment les évangélistes avec des inscriptions; ces figures de très-petites dimensions, sont d’un dessin

n Labarte, loco cit., III, p. 424. TJn dessin peu satisfaisant se trouve dans Lacroix, Les arts au Moyen-Aye, VIme éd., Paris, 1877, p. 183, fig. 89. Les représentations de la Crucifixion avec l’inscription ci-dessus prédominent entre le Xllme et le XlVme siècle, et sur les croix pectorales — aux XIV— XVIme siècles.

MONUMENTS ü’ÉMAILLERIE BYZANTINE.

très-fin. Les nimbes sur fond vert transparent sont bordés de bleu foncé; le ton légèrement rosé de la carnation passe au pourpre intense sur les mains. Toute la croix et les chatons des aigues-marines et des émeraudes sont entourés d’un réseau fin de fils d’or.

Une petite plaque cruciforme (ayant appartenu non pas à une croix, mais à un cadre) de la même collection, mesurant 3V2 centimètres de diamètre, représente le Sauveur bénissant, avec un nimbe vert transparent. Elle renferme d’excellents émaux du XI"18 siècle. Plus tard elle a été ajouté à une petite croix de jaspe.

petite image sainte, en forme de médaillon, trouvée dans les ruines de la Chersonèse Taurique,1) mérite ici une attention toute spéciale. D’une exécution parfaite, cette pièce est malheureusement très-endommagée. La Vierge et S‘ Jean se tiennent près de la croix; à côté d’eux l’inscription verticale : iboû etc. La croix du Sauveur est d’un bleu foncé, la poutre transversale pourpre, le drap blanc est bordé de rouge et le chiton de l’apôtre est serré par une ceinture rouge. L’exécution est excellente, mais les carnations ont le ton de la cire et le drap blanc est bleuâtre, ce qui nous autorise à penser que ce monument appartient déjà au XInl" siècle. Cependant la couche d’émail est encore très-mince : des lamelles ont été soudées avant que la pâte d’émail 11e fût versée.

Médaillon de la

Chersonèse

Taurique.

ne petite image de la Crucifixion avec la Vierge et S* Jean Petite image

aux côtés (fig. 53), appartenant à une personne particulière app£

en Géorgie, se rapporte au XII”' siècle et rappelle par personne

particulière,

son caractère la petite image de la Reiclie Capelle de en Géorgie. Munich.

*) On ne sait au juste dans quel endroit elle a été trouvée; la tradition dit que c'est sur l’emplacement d’une ancienne basilique. Ce médaillon fait aujourd’hui partie d’une mitre conservée dans le couvent de la localité.

Image

appartenant à M. P. Botkine.

a miniature de la Crucifixion sur une petite image ayant jadis orné une crosse archiépiscopale du monastère de Chémokmédi, en Géorgie, et faisant partie actuellement de la collection M. P. Botkine, membre de l’Académie des Beaux-Arts à S’-Pétersbourg (planche 13), est d’un travail et d'un style admirable de la seconde moitié du XIme siècle. La croix se dresse sur une élévation à marches représentant le Calvaire; au-dessous de la croix apparaît la tête d’Adam rendue par les entrailles de la terre. Le Crucifié est figuré les yeux fermés; l’inscription en grands caractères grecs

portant les paroles adressées par lui à sa Mère et au Fils (S* Jean) n’a été reproduite que conformément à la tradition, car elle n'a pas de raison d’être dans une scène où la Vierge Marie et S1 Jean sont séparés l’un de l’autre par la figure de Marie Madeleine. Au contraire, le moment rendu par toute la composition indique que le Christ a terminé sa carrière terrestre et, d'après les paroles de l'Evangile selon S‘ Jean (XIX, 80), „la tête penchée rendit l’âme“. La peinture religieuse byzantine, pour ses représentations de la Crucifixion, n’a jamais abordé ce moment de la scène avant la seconde moitié du XI”“ siècle. La composition, on ne peut le nier, offre à l’artiste des motifs fort beaux et pleins d'expression. Il est assez probable que précisément grâce à sa faculté d’être expressive, elle fut adoptée, depuis le XIIme siècle, d’abord à Byzance et plus tard en Occident.

D'après la légende, Marie Madeleine seule recueille le sang du Christ dans une coupe ; les autres personnages rangés autour du Christ n’ont plus les regards dirigés en haut, vers le Christ, mais saisis de douleur, ils baissent la tête. L’autre Marie, la mère de Jacob et de Josie, Marie Cléopas qui se tenait près de la croix avec Marie, la mère du Christ, et Marie Madeleine (Evangile selon S* Matthieu, XXVII, 55 et XXVIII, 1; selon S‘ Marc, XV, 40; selon S‘ Jean, XIX, 25), en pleurs, se détournait de la croix, car tout lui semblait fini.

Cette disposition originale des figures, qui fait ressortir avec une vigueur remarquable l’affection des trois personnages que la mort elle-même

Fig. 53. Petite image, appartenant à une personne particulière, en Géorgie.

n’a pu éteindre, a fait supposer dans ce sujet le prototype purement occidental de la Crucifixion allégorique apparaissant entre l’Eglise triomphante et la Synagogue vaincue. Il serait inutile de chercher à prouver pourquoi une pareille allégorie ne saurait exister dans cette composition byzantine. Qu’il nous suffise d’observer que si le maître émailleur aurait même voulu représenter un sujet occidental, rien ne le prouve ici, tandis que les passages cités de l’Evangile expliquent suffisamment le sens de la scène et n’admettent pas d’interprétation arbitraire. En traitant les divers thèmes de la Crucifixion, l’art byzantin du Xme siècle ne cherchait qu’à se rapprocher de la réalité autant que possible; en passant en Occident ce thème byzantin conserva son caractère intact.

Quant à la technique de cette charmante image, nous devrons, pour la définir, répéter encore une fois ce que nous avons énoncé plus haut en donnant la caractéristique des émaux du reliquaire de Limbourg, sauf une seule modification : l’image en question nous offre des tons profonds et purs, rendus par l’émail d’une manière brillante, mais le dessin est d’une exécution fort négligée. Parmi les couleurs, nous pouvons mentionner les beaux vêtements grenat, ainsi que la croix vert émeraude translucide, sur laquelle sont tracées les initiales du Christ en lignes d’or. Ces lettres reproduisent le type paléographique que nous connaissons dans les inscriptions des émaux géorgiens, byzantins et rhénans, lorsqu’ils sont de la même couleur émeraude et laissent voir la même technique. L’inscription géorgienne aux deux côtés de la scène (non reproduite sur notre planche) dit : „0 Christ, glorifie le césar, roi d’Abkhazie. “ Le roi abkhazo-géorgien Georges II, qui portait ce titre, régna de 1072 à 1089.1)

sont par endroits remplacées par des lamelles d’argent qui, à cause d’une forte oxydation à la surface, sont détruites ou fort difficiles à reconnaître. Partout où le dessin le permettait, l’émail se compose de différentes petites plaques de smalt à froid, parfondues ensemble : c’est un procédé assez grossier que nous avons étudié dans les plus anciens émaux. Il a peut-être été toujours considéré comme le plus simple et usité comme tel; en tout cas, il est en grande faveur à l’époque de la décadence de l’émaillerie, c’est-à-dire au XIIIme siècle, en Occident comme en Orient. 15 Par suite d’une mauvaise fusion, la surface de cette petite croix est devenue poreuse et a changé de couleur. Le bleu turquoise s’est désagrégé, les autres couleurs sont devenues troubles. La face antérieure nous montre sur un fond bleu foncé la Crucifixion faite avec des émaux de même couleur, bordée de bleu turquoise. Les hanches du Christ, dont les yeux sont ouverts, sont ceintes d’un drap blanc maintenu au moyen d’une attache rouge; les pieds sont cloués séparément; entre les pieds repose la tête d’Adam. Tout le corps a un aspect extrêmement misérable; le type du Christ a l’empreinte vulgaire des modèles slaves du sud. Les cheveux longs sont d’un brun marron, la barbe est courte et arrondie; le nimbe bleu turquoise est parsemé de petites croix blanches. Au revers on ne voit qu’une croix pourpre à bord blancs et quelques médaillons avec de petites croix.

J) es émaux, très-employés dans les industries d’art, surtout pour les ustensiles d'église, ont été pris d'une manière fort typique à contribution pour les couvertures d’évangéliaires. Celles-ci firent leur apparition dès l’aurore des temps chrétiens, en même temps que les diptyques et les somptueuses reliures d’ivoire. Mais elles ne deviennent uns véritable parure d’église à Byzance qu’au IX",e et au X‘™ siècle. Le moine Georges, dans sa biographie de Léon l’Arménien icap. 21, p. 776, Corp. script, hist. byzant., ed. Bonnæ) parle des couvertures d’évangéliaires comme des monuments les plus anciens de Part chrétien : koù aurai ai inuxiai nùv crfîuiv Eùa'f'f£Mwv roùç iepoùç tûttouç è'EwQev cpepouffai ùttô Trâvxiuv ttkjtûjv aeTraùç TrpodKuvoupévouç. Ces couvertures reçurent une destination

i) Voyez le reliquaire de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle, travail rhénan de 1237; Labarte. Histoire des arts industriels , III, p. 4.34—435.

MONUMENTS ü’ÉM AILLEEIE BYZANTINE.

spéciale dans le service divin et jouèrent un rôle important dans les processions, surtout pendant les fêtes de Pâques; elles furent à la longue un accessoire indispensable dans toute cérémonie religieuse; aussi furent-elles ornées d’iconostases, d’emblèmes et de pierres précieuses. Constantin Porphyrogénète nous apprend qu’au palais même les Trruxia tûjv ’EuayreXiaiv étaient exposés surtout lors de la réception des ambassadeurs étrangers." Au temps de cet empereur, les reliures de livres (nous en avons la preuve dans de nombreuses pièces byzantines), souvent ornées d’émaux, étaient prisées autant d'après la valeur intrinsèque de la matière que d’après l’exécution artistique. Nous connaissons quatorze reliures émaillées d’un travail grec; presque la moitié ont un caractère artistique.

Il était dans les us et coutumes de l’ancienne Russie de donner une place importante aux reliures d’évangéliaires dans l’office divin. Suivant la Chronique,21 Wladimir Wassilkovitsch Wolynski envoya à l’évêclié de la ville de Tcliernigow, en 1288 — 1289, un „évangéliaire aprakos écrit en or, tout garni d’argent et de perles, avec le Sauveur en émail au milieu ; “ une autre fois, il donna un „ aprakos garni d’or, de perles et de pierres précieuses, avec l’image de la Déésis faite au repoussé en or, le tout merveilleusement orné d’émaux; “ enfin „un autre aprakos encore orné d’or, avec les images en émail des martyrs S‘ Gleb et S' Boris. “

Dès le X",e siècle le goût pour les évangéliaires ornés d’émaux se répandit même en Occident, surtout en Italie et en Allemagne, où l’on ne faisait usage que d’articles de travail byzantin. Au XI™ siècle ces reliures ont déjà un aspect architectonique, et joignent à une parure de pierres précieuses des encadrements ciselés ou remplis de peintures, ce qui leur donne un certain caractère original. Mais ce n’est qu’au XII™ siècle qu’on trouve sur les reliures un émail essentiellement occidental. Toutefois les reliures byzantines, grâce à leur développement indépendant de toute influence, offrent seules une série de thèmes bien déterminés; là seulement le sujet apparaît clair et net dans la réunion voulue des figures. Les ouvrages d’Occident sont, au contraire, pauvres à ce point de vue et n’ont qu’un caractère purement décoratif.

‘) De cœrimoniis aulce byzantines, p. 592, Corpus scriptorum historiée byzantines, ed. Bonnæ; dans ses Commentarii , p. 668 — 678, Reiske fait dériver sans raison Trruxia de rùruxta = vexilta, étendard. TTtuxict signifie les plats de la couverture du livre, nxuxiujv küotioi TioXuTekeîç — ornement artistique des reliures.

*) Collection complète des Chroniques russes, St-Pétersbourg, 1843, II, p. 222 et suiv.

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Reliures de livres de la sacristie de St Marc de Venise.

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ne grande simplicité de l’ensemble décoratif et une trèsancienne ornementation, telles sont les qualités de la plus célèbre de toutes les couvertures d’évangéliaires, qui enveloppait autrefois un évangile, et aujourd’hui le manuscrit latin du XIVme siècle des Lettres des apôtres. Nous voiüons parler de la couverture inscrite sous le il0 56 à la Bibliothèque de S1 Marc de Venise11 (fig. 54). Cette reliure (0,26 de long sur 0,18 de large), en argent doré, a un dos fait de plaques minces martelées. Elle a beaucoup souffert; toutefois l’émail sur la face antérieure s’est fort bien conservé. La large bordure qui encadre les émaux se compose de fils de perles avec un cordon de perles au milieu, comme sur les objets des VIme — VUIme siècles (voyez, par exemple, les antiquités du trésor de la cathédrale de Monza); elle est encadrée d’une large bande en mosaïque, formant une espèce de réseau de losanges et de croix. Le fond d’argent de cette mosaïque est fait de rubans fixés sur champ. Dans les cellules d’un dessin géométrique régulier sont posés des cubes de verre de différentes couleurs, soudés au fond et aux lamelles au moyen de la pâte de verre fondu. Si le procédé est ancien, les couleurs dénotent aussi une haute ancienneté : les croix dans l’intérieur des losanges sont d’un vert transparent, les losanges bleu foncé; le médaillon intérieur sur la croix est d’un grenat sombre ou couleur écaille. L’ensemble rappelle donc les tons des mosaïques de Ravemie, des églises de Salonique et des plus anciennes miniatures, jusqu’au milieu du IXme siècle. La partie centrale, sur plaque d’or (16 centimètres de haut sur 8 centimètres de large) porte, de même que les diptyques, une Crucifixion et dix médaillons.

Par leur exécution, par l’éclat et la profondeur des tons, les émaux de cette pièce ne peuvent être comparés qu’à ceux du reliquaire de Limbourg, que nous plaçons au-dessus de tous les autres émaux byzantins. Elle s’est d’ailleurs conservée dans toute son originalité, et pour cette raison toute son ornementation, ainsi que toutes les compositions qui y apparaissent, sont fort caractéristiques et en même temps simples, comparées aux émaux éclatants. Nous ne connaissons pas de couvertures d’une époque plus ancienne ou plus

>) Tesoro di San Marco in Venezia, planche 6; Labarte, loco cit., IV, p. 419—423, cite cette couverture après les plus anciennes Crucifixions, tout en l’attribuant à une époque antérieure au retour à l’adoration des images, sous Michel II (842). — La description et la reproduction de cette pièce dans l’ouvrage connu de Valentinelli laissent à désirer. L’auteur du texte du Tesoro , Pasini (p. 115), attribue cette couverture, sans aucun motif, au XIIme siècle.

récente qui soit d’un goût aussi sévère; elle est une preuve évidente de ce fait que le style s’est jusqu’à un certain point épuré à Byzance avant de devenir complètement décoratif que les historiens de l’art font prédominer on ne sait pourquoi, sans faire aucune distinction, depuis le X,ne jusqu’au XVme siècle. Les plats de cette couverture sont en argent repoussé; toute la décoration consiste en feuilles d’acanthe sur la bordure et quelques pierres serties dans des cellules entourées de cordons de perles. Voici les principaux traits caractéristiques du Xme siècle qu’on y remarque : 1° les alvéoles sont en or pur; 2° toutes les lamelles sont soudées au fond des alvéoles;15 3° il y a deux sortes de couleurs, les translucides et les opaques : le vert émeraude (les nimbes), et le lilas (les vêtements) et le pourpre passant au rubis (vêtements de deux couleurs, les claves) sont translucides; le blanc, le bleu cendré, le jaune, le rouge et la couleur des chairs sont opaques. Dans les carnations surtout, les tons des chairs des races méridionales sont rendus avec une perfection qui n’a jamais été surpassée dans la peinture byzantine. Le rouge cannelle, le vert olive et le rose pâle sont fondus ici en un ton général pur et trèsnaturel. Le fond de la plupart des alvéoles est légèrement bombé, afin d'augmenter l’éclat de la transparence. Les sujets traités ont un caractère de cérémonie : sur la face, au milieu, le Sauveur apparaît bénissant à la manière grecque et tenant un évangile ouvert où l’on peut lire les mots : „Je suis la lumière du monde;" 25 des deux côtés les apôtres SS. Pierre, André, Paul, Matthieu, Luc, Jacob, Jean et Barthélemy, ainsi que S1 * 3 Procope et S1 Théodore. Tous les apôtres font le geste de la bénédiction grecque et sont vêtus d’un himation rayé de deux couleurs, bleu foncé et bleu clair;35 les figures sont pleines d’expression, mais d’un type uniforme.45 Sur le revers : la Vierge, les bras levés, d’un type charmant; tout autour d’elle S1 Eugène (le jeune), le vénérable Mardarius, S1 Oreste et S1 Auxentius, distingués seulement par la couleur de leurs vêtements, les apôtres S1 Marc et S1 Simon. Ce thème est typique pour les couvertures d’évangéliaires au XIme siècle.

1 ) Ces lamelles, fines comme des fils de toile d'araignée, étaient, au Xme siècle, un sujet d’orgueil des émailleurs. Le dessin y perd peu à peu beaucoup en naturel.

î) Voyez un spécimen analogue dans la collection A. W. de Zwénigorodskoi. Pasini propose de lire: „Vous êtes la lumière”. Nous ne comprenons pas pourquoi, puisque l’original porte clairement les mots : èfib eljai tô (pû>ç.

3) Sur les vêtements byzantins à deux couleurs voyez le chapitre III du présent ouvrage.

•», Les seuls caractères iconographiques bien tranchés sont : la tête de l’apôtre St André, les cheveux noirs de St Paul et le type expressif de St Théodore. Toutes les têtes ont ici en général la forme d’un ovale étroit.

Mais nous possédons deux autres couvertures appartenant à la mémo époque florissante de l’art, d’une composition toute autre et peut-être plus intéressante encore. A en juger par la distribution du sujet, ici l’archange S’ Michel symbolyse la Sophia, c’est-à-dire l’Omniscience divine qui est, selon les plus anciennes représentations de cette image, la base de l’hégémonie de l’Eglise gréco-orientale. Depuis la peinture, aujourd’hui disparue, des catacombes d’Alexandrie et la mosaïque colossale de S“ Sophie de Constantinople jusqu’aux miniatures des X™ et XI™ siècles, répétées dans les psautiers 11 plus récents, l’iconographie byzantine représentait toujours la Sophia sous les traits d’un archange. Nous avons déjà eu l’occasion de faire remarquer combien les comparaisons, les paraboles et les métaphores théologiques deviennent compliquées dans l’art et dans la littérature des X™ et XI™ siècles. Sur l’image en mosaïque de S" Sophie de Constantinople on lit également dans l’évangile ouvert : „Je suis la lumière du monde, “ tout comme dans les images émaillées du Sauveur sur les reliures de manuscrits. La lumière y est toujours jointe à l’archange, lequel d’ailleurs est figuré plus tard sous des traits de flamme. On comprend donc aisément que le Sauveur soit symbolisé par le signe de la toute-puissance 2) et l’Eglise toute entière personnifiée par l'archange.

Les deux couvertures du trésor de S1 Marc semblent appartenir au X"11 siècle; mais alors que l’une s’est conservée dans son état primitif, 1 autre a dû subir une restauration qui n’est certainement pas antérieure au XV™ siècle. Nous commencerons donc par l’examen de la première, bien que ses émaux soient, au point de vue artistique, inférieurs à ceux de la seconde. Dans la première on voit la figure entière de l’archange, dans la seconde son buste seulement, quoique de dimensions plus grandes; les deux figures sont des bas-reliefs (voyez l’arcliange du maître-autel de S' Marc).

La plaque centrale de la première reliure (fig. 55) est toute couverte d’émail bleu et renferme une représentation du Paradis ou de la porte du

’) N. Kondakoff, Les églises byzantines et les monuments de Constantinople I texte russe) p. 115, 116, 124 etc.

!> Les textes qui s’y rapportent sont nombreux dans la littérature ecclésiastique des XI™ et XII"’° siècles. La fameuse Legenda aurea appelle l’archange Michel princeps synagogœ et ecc lester. Le Sermon du Chartopbylax , le diacre Pantéléïmon de Constantinople (Libl. Conc., t. VI, p. 229; Migne, l'atrologiœ gratcœ cursus complétât, t. 98, p. 1259): ignea et manu non constructa eolumna Ecclesiœ; assessor mysticœ Trinitatis, initiator et üluminator supernœ hiérarchies et Veteris Testamenti et Lovai no*trce electœ Christi hœreditatis, etc., le tout dans le sens de la représentation de l’Eglise chrétienne elle-même. Voyez aussi les Irmos (chants) dans les Mena pour le 8 novembre.

Paradis.11 En haut, au-dessus de la porte, l’on voit une superbe grille à jour; en bas, un espace ouvert rendu en émail où grimpent des pousses de plantes d’or avec un feuillage de vert émeraude et des fleurettes rouges; plus bas

Fig. 55. Reliure du trésor de la cathédrale de St Marc.

encore, cinq arcades avec des arbres paradisiaques, symboles de l’Arbre de la Vie alternent avec des fontaines et des fleurs. L’archange, debout sur

*) 0,46 m. de long sur 0,80 m. de large. La reproduction qu’on en a donnée dans le Tesoro (tav. II) est très-superficielle : le dessin en est mutilé et les couleurs changées.

une demi-sphère, tient de la main gauche un globe, un glaive levé de la droite; il appartient, par conséquent, à un type très-ancien, provenant du yne ou qu ypne siècle. Ses cheveux bouclés et frisés d’une couleur brun marron (émail brun pourpre) reproduisent un modèle antique. La cuirasse est en émail blanc parsemée de petites croix rouges et en émail bleu de ciel avec, des rosettes vert émeraude dans chaque écaille. Le tableau central est entouré d’une large bordure de croix tressées, avec des rubis et des saphirs à l’intérieur. Sur les six médaillons que renfermait cette bordure, trois seulement sont restés intacts, ceux avec l’image du Sauveur, de l’apôtre S‘ Pierre et de S1' Mina. Sur les quatre plaques latérales on voit, deux par deux : S' Théodore Stratélatus et S‘ Théodore Tiron,” S* Procope et S* George, S‘ Démétrius et S* Nestor, S' Eustache et S“ Mercure. Cette pièce dont la face antérieure seule est parvenue jusqu’à nous, s’est déjà éloignée du type fondamental : elle a pu être à l’origine une petite image ou un reliquaire. En effet, l’archange est escorté de guerriers sacrés, comme un archistratège. Une particularité technique à signaler ici, c’est le relief du visage et du cou (qui sont en smalt ); ces parties, d’une nuance rose qui tire sur le lilas (ton de vin rouge faible), sont exécutées en haut-relief avec une habileté merveilleuse.

La seconde reliure (peut-être encore originairement une image) est supérieure au point de vue technique et. artistique; mais seule la figure du milieu, représentant l’archange S‘ Michel, y est intacte;2' tout le reste est composé de morceaux de différentes époques, depuis les beaux émaux du Xme siècle jusqu à ceux du N V""', le tout disposé pêle-mêle et sans aucune intelligence de la composition byzantine. Les quatorze médaillons ronds de la plaque renferment les bustes du Sauveur, de la Déésis, des apôtres et des saints. Il serait inutile d’étudier la répartition de ces images. Qu'il nous suffise de dire que plusieurs de ces médaillons se distinguent par un travail merveilleux, et plus encore par cette superbe couleur des chairs dont nous avons dû souvent parler à propos d’émaux existants du Xme siècle, enfin par le ton vert émeraude des nimbes. Quant à la figure de l’archange, que nous considérons comme une pièce de la plus haute importance dans l’histoire de 1 émaillerie byzantine, c’est une oeuvre d’un relief fort mince et offrant un buste richement et artistement décoré. Le fond est rempli d’un très-fin

') Voyez les types dans les émaux de la collection A. W. Zwénigorodskoï.

*) Teftoro di San Marco in Venezia (tav. IV). La chromolithographie que nous donnons à la planche 27, est empruntée à cette publication. Nous croyons que l’archauge demanderait à être reproduit avec encore plus d’exactitude. Dimensions: 0,48 sur 0,86 m.

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réseau métallique, analogue, quant à la technique, à celui que nous voyons dans une paire de boucles d’oreilles de la collection J. P. Balaschow à St-Pétersbourg.1) Chaque plume des ailes de l’archange est composée d’émaux suivants : bleu foncé, pourpre, émeraude transparent et bleu cendré opaque. L’archange est vêtu d’un costume patricien avec des 1 or on es et de riches épaulières qui, bien que brodées, sont garnies de perles, de pierres précieuses et d’écussons en or; c’est ce qui constitue précisément les bannes. Les pierres les plus nombreuses sont : les émeraudes, les rubis et les grenats; les premières sont rangées en guise de demi-listels. Les rubis, très-légèrement bombés, comme autant de graines disposées sur une ligne, sont sertis à la manière de l’Asie Centrale, usitée encore de nos jours dans les ouvrages indiens; quant aux grenats, ils sont posés comme les plus anciennes verroteries cloisonnées barbares de l’Asie Centrale.

Passons maintenant à une période plus récente, celle du XIme et du XIIn,e siècle. La technique et le style conservent encore ici leur pureté, mais la composition n’ offre plus aucun intérêt d’originalité; elle est stéréotypée et inutilement compliquée dans les détails. L’émailleur, sans se préoccuper du type de ses figures, ne s’attache plus qu’à obtenir des tons de couleur harmonieux. Les monuments se multiplient et plusieurs d’entre eux se sont bien conservés. L'époque des Comnènes jusqu’à l’Empire Latin offre en toutes choses un grand caractère et beaucoup d’activité; l’étude de ses monuments est donc d’un très-grand intérêt pour l’archéologie descriptive. Il n’en est pas de même pour l’histoire de l’art : l’historien, en effet, appelé à comparer les monuments et à constater la marche incessante du développement artistique, est forcé à apprécier la valeur de ces monuments dans leurs rapports mutuels. Les répétitions ne peuvent l’intéresser ; il n’est curieux que de tous les symptômes qui indiquent une originalité quelconque, une transformation, ou qui annoncent même la décadence.

La bibliothèque de S1 Marc de Venise, dite la Marciana, et le Trésor de cette église possèdent quatre reliures appartenant à l’époque qui nous occupe en ce moment. Celle qui est inscrite sous le n° 55 2) et qui sert actuellement

’) Ces boucles d’oreilles, que nous publions plus bas (chap. IV), sont, quant à présent, uniques dans leur genre.

*) Tesoro, tav. X, XI, fig. 13. — Labarte, Histoire clés arts industriels, pl. CIII. Il faut dire à l'honneur de l’édition française que sa reproduction est de beaucoup supérieure à celle de l’édition italienne. Dans les deux, les noms des dessinateurs sont différents; cependant il nous semble que la planche italienne n’est qu’un grossier décalque.

d’enveloppe à un évangéliaire latin, est sans contredit la plus typique. Au centre apparaît le Sauveur en pied sur un piédestal bleu turquoise; il tient un évangile et bénit à la manière grecque, à ses côtés les apôtres S‘ André et S1 Paul, S* Luc et S‘ Jacob, S* Thomas et S* Philippe (tous deux jeunes et imberbes), S* Matthieu et S’ Simon, l’archange Gabriel et le prophète Elie. Toutes ces figures sont conformes aux types établis, mais elles n’offrent rien de particulier; on n’y trouve en effet que les traits généraux des modèles et aucun individualisme, aucune expression propre. Il y a un peu plus de vie et d’animation dans les figures représentées au revers de la couverture : la Vierge, les mains levées et à ses côtés S* Jean Baptiste, S' Jean Chrysostome, les apôtres S1 Barthélemy et S1 Pierre, S* Grégoire le Théologue et S1 Nicolas, 8“ Anne et S'8 Elisabeth, Basile le Grand et Joachim. Cette animation tient à la variété de figures d’hommes et de femmes et peut-être aussi au costume. La robe de S18 Anne est rouge, celle de Ste Elisabeth d’un brun écaille.11 En général, le côté industriel sec, un certain travail mécanique sautent aux yeux. On sent que l’objet n’a été fait que pour le commerce : partout des plis égaux et réguliers, partout les mêmes ombres noires formant invariablement les mêmes ovales; ajoutez à cela des couleurs banales, un or pâle et des pierres très-ordinaires serties par une main d’ouvrier peu habile. Les draperies sont d’une monotonie mécanique que ne rachète pas même 1a. double couleur des costumes. Pour se convaincre combien tout cela est stéréotypé, il suffit de comparer quelques figures de l'édition de Labarte.

La seconde reliure de la Marciana est également intéressante au point de vue religieux et technique.21 Sur la face antérieure, au milieu, est représentée au ciselé la Crucifixion, entourée de tableaux en argent repoussé (1 Annonciation, la Nativité, le Baptême, la Purification, la Transfiguration et la Résurrection de Lazare), le tout dans le beau style des miniatures et d’une excellente exécution technique. Ce fait nous est une preuve indubitable que l’art byzantin des Xme et XIme siècles a servi d’original à certains ouvrages d’orfèvrerie et à des ivoires qui jusqu’à présent avaient été, on ne sait pourquoi, regardés comme des ouvrages italiens. Les reliures de la Mar-

*) Un détail incompréhensible, ce sont les rouleaux rouges aux mains des apôtres; peut-être a-t-on voulu simplement obtenir ainsi une certaine variété de couleurs.

*) Cl. I, cod. ffrcec., n° 63, in-4°, 31 centimètres de haut sur 25 centimètres de large. — Tesoro, tav. XIII : 30 et 22 centimètres.

ciana renferment chacune six médaillons émaillés. Sur la face antérieure à droite et à gauche de l’archange S1 Michel (ce médaillon se trouve dans la clef de l’arcade), sont figurés : S( Basile et S1 Jean Chrysostome, Daniel et S1 Nicolas, et plus bas, Moïse. Au revers l’archange est remplacé par l'Hétoimasia; sur les côtés, Salomon et David, S* Grégoire le Théologue, S1 George et S1 Démétrius. Le type des saints, les particularités de l’Hétoimasia, la couleur trouble des émaux, le ton de cire des carnations annoncent le XIIme siècle.1) Les médaillons reposent sur des plaques d’or ciselé d’une exécution remarquable et parsemées d’ornements follifonnes en émail vert et rouge. Le dessin, de même que la manière dont les émaux sont posés et la nature des couleurs, nous confirment dans cette conviction que nous sommes ici en présence de cette même ornementation en émaux sur or, que nous avons étudiée sur les ciboriums, mais en miniature. L’unique différence entre cette petite image et les œuvres monumentales, reproduites par les miniatures des manuscrits consiste en ce que, dans ces dernières, le dessin avait été, sans doute, exécuté au moyen d’alvéoles soudées, tandis que dans la première la plaque est simplement évidée au poiçon pour recevoir l’émail. L’analogie étroite avec la sculptures sur bois et avec les sculptures mauresques en particulier et les arabesques multicolores constitue un des traits caractéristiques de l’art des XIme et XII,ne siècles.

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cette catégorie de reliures appartient une plaque de la Chapelle de la Cour de Munich;2’ elle a dû faire partie jadis d’une couverture d’évangéliaire, d’un reliquaire, ou d’une image de la Crucifixion. Le style et la technique annoncent un travail purement byzantin du XI"" ou du XIIme siècle; la composition dénote en effet une époque relativement récente et le procédé d’exécution en émail est parfait. Le corps du Christ crucifié est misérable,

i , { Jn nouveau signe caractéristique de l’époque, c’est l’addition d'une forte partie d argent à 1 or des alvéoles. La figure de David est presque entièrement détruite; on voit le fond de l’alvéole qui est tout argenté.

2) La meilleure reproduction de cette pièce se trouve dans l’ouvrage de Zettler, Stockbauer etc., Ausgewahlte Kunstwerke der Eeichen Capelle zu München , Munich, 1876, planche 28; voyez aussi Hefner- Alteneck, Trachten , Kunstwerke und Gerlithschaften rom frühen Mitteialter bis Ende des XVIII. Jahrhunderts, 2. Auflage, Frankfurt am Main, 1879, I, planche 15. Ici, le dessin n est suffisant que comparativement parlant.

MONUMENTS d’ÉMAILLERIE BYZANTINE.

allongé à dessin, comme on le voit dans les ouvrages byzantins depuis le XII™ siècle et en Italie au XIII™ siècle. Ce corps, tordu par la douleur, est vêtu d'un drap blanc; les yeux sont mi-clos (mais non complètement fermés, comme sur la reproduction; dans ce cas l’inscription : ïbe 6 uioç oou serait incompréhensible). Au-dessus du Crucifié l’on voit le soleil, la lune et quatre bustes d’anges en pleurs qui émergent des nuages. Aux pieds de la croix la Vierge et S* Jean, Marie Madeleine et le centurion Longin, exprimant leur douleur par des gestes exagérés. En bas trois guerriers, dont un âgé, au milieu, et deux plus jeunes déchirent et se partagent la robe du Christ, mais ne la jouent pas aux dés, comme dans les miniatures anciennes. Près de ce groupe des lances fichées dans le sol, contre lesquelles sont appuyés des boucliers couverts de monstres fantastiques et d’ornements de différentes couleurs. L’origine comparativement postérieure de cette plaque est apparente dans la composition, dans les types (le drap sur les hanches du Crucifié, le calice où s’épanche son sang) et dans les couleurs : ici le premier rôle appartient à la combinaison bariolée et criarde du vert, du bleu turquoise et du rouge. Toute la composition se distingue par un coloris éclatant, des costumes somptueux à deux nuances, et par la quantité de détails naturalistes, tout enfin vise à l’effet.

Le même trésor de S* Marc possède deux ouvrages émaillés d’un travail composite. L’un est une reliure1' avec la Crucifixion, peut-être du XIIT"e siècle, si l’on en juge par le ton de cire olivâtre du corps, le fond bleu cendré de la croix avec des ornements d’or, les types schématiques de 8* Jean et de la Vierge [le costume est bicolore, rouge et bleu clair) et deux anges en pleurs. Mais nous trouvons là aussi deux archanges d’un travail exquis, du Xm° siècle probablement. Le second ouvrage2' est du XI™ ou du XIIme siècle, mais il a été remanié dans la suite; nous y voyons, de chaque côté de la Crucifixion, des émaux représentant S' Cosmas, les deux Matthieu et quatre petites plaques décoratives avec des figures de saints et d’évangélistes, excellents émaux des XI™ et XII"le siècles.

En parlant d’ouvrages composites nous n’entendons point diminuer par là l’importance des images qui, semblables à la reliure de l’empereur

*) Tesoro di San Marco in Venezia , tav. III. Cette copie est excessivement négligée et grossière. L’inscription d’en haut citée par Pasini (loco cit., p. 731 : oxaupè Kpaxaiôv Kcrrà bepôvwv Kparoç • 0r|Kr|v icaGô Etupç aè Kal Geîov EüXov permet de supposer que cette pièce a bien pu servir de staurothèque — reliquaire de la Vraie Croix.

2) Ibid., tav. VII, 7 ; VIII. Cette phototypie n’est pas mauvaise.

Henri ou à la couverture de l’évangéliaire de Mstislaw, appellent l’attention sérieuse de l’historien. Mais le lien entre les différentes parties décoratives de ces ouvrages est déjà rompu et il faut une analyse critique très-serrée pour en déterminer la signification véritable.

Parmi ces monuments la première place revient naturellement à ceux dont la date est certaine. Mais c’est précisément en s’appuyant sur ceux-là que certains archéologues ont pu émettre les idées les plus fausses sur les émaux et le style byzantins ainsi que sur l’ iconographie de l’art byzantin; c’est ainsi qu’on a vu s’accréditer dans la science ces opinions singulières où l’on ne tient aucun compte du développement historique de l’émaillerie, où l’on n’a même pas songé à classer les monuments par époques.

Tel est le cas de la reliure dite de l'empereur Henri II, qui renferme un manuscrit de 1014, orné de miniatures (conservée à la Bibliothèque royale de Munich n° 57i.1} Labarte parle de cette pièce deux fois: dans son chapitre consacré aux monuments de l’émaillerie byzantine, et dans celui des émaux allemands. Il y exprime cette opinion que l’ivoire du milieu (face antérieure) est d’origine byzantine et plus ancien que la reliure même. Cependant il suffit de comparer attentivement le sujet avec la manière dont il est traité, pour reconnaître que cet ivoire est un travail d’Occident et qu’il est contemporain de la reliure. Ce fait résulte d’ailleurs de la comparaison avec d’autres monuments du XIme siècle. Ce bas-relief représente la Crucifixion, la Résurrection des morts et l’Ascension. 2) Il est encadré dans cette inscription assez énigmatique : „Grammata qui sophie quaerit cognoscere vere, Hoc mathesis plene quadratum gau de t habere. En qui veraces sophie fulsere sequaces. “ Le sens de l’inscription est le suivant: „ Celui qui cherche la véritable intelligence des paroles de la

i) Labarte, Histoire des arts industriels , planche XL, texte, vol. III. p. 428 et 596. Voyez aussi vol. I, p. 76.

*1 II y a dans ces scènes des détails apocryphes curieux : des deux côtés du Crucifié on voit Longin qui le transperce avec une lance et un guerrier qui lui tend une éponge. Une femme voilée, en pleurs, un drapeau à la main, tient un calice où coule le sang du Christ. Elle pose l’autre main sur un bouclier que tient, à droite, une autre femme assise ceinte d’une couronne (la Synagogue). Cette femme est assise sur le seuil d’une Basilique. La croix est plantée au-dessus d’un dragon expirant. Au-dessous de la Résurrection du Christ et d’un mausolée à trois étages est la Résurrection des morts, puis on voit la figure couchée de l’Océan, de la Terre (voyez les manuscrits illustrés de l’Exultet) et de sa fille avec la corne d’abondance. Voyez aussi les miniatures carlovingiennes et les hypothèses trèssagaces du professeur Springer dans ses Genesisbilder in der Kunst des friilieren Mittelalters, mit besonderer Riicksicht auf den Ashburnliam-Pentateuch. Abhandlungen der ph it ol ogisch - h istorischen Klasse der Konigl. Siichsischen Geseüschaft der Wissenschaften, IX, n- 6, Leipzig, 1884, sur le type occidental des illustrations appartenant à la catégorie des chroniques imagées.

MONUMENTS d’ÉMAILLERIE BYZANTINE.

sagesse, se réjouit de posséder ce livre, plein de savoir. Voici les véritables disciples de la sagesse qui ont brillé. “ 11 Les émaux datent bien de l’époque de l’empereur Henri H; mais il est probable (et cette hypothèse s’appuie sur les petits écussons d’en haut arrondis en demi-ovale — comparez ceux de l’évangéliaire de Mstislaw) qu’ils n’avaient pas été faits primitivement pour cette reliure, mais qu’ils ont été empruntés à quelque couronne votive d’église. Cette reliure, comme beaucoup d'autres, prouve que les décorations d’émail y étaient distribuées souvent un peu au hasard. Aussi faut-il soumettre chacune de leurs parties à l’analyse critique très-sévère avant d’assigner une date à la composition.

a reliure de l’évangéliaire, écrit en 1125 pour le prince Mstislaw Wladirnirowitsch et qui se trouve dans le trésor de la cathédrale de l’archange Michel à Moscou, a été analysée avec la plus grande précision par G. I ). Filimonow.1 2) Elle diffère, comme forme, de toutes les autres reliures d’évangéliaires connues qui nous sont parvenues dans leur état primitif. Elle n’offre point de figure centrale entourée d’une large bordure à figures de moindre valeur; elle se compose tout simplement d’une plaque unie d'argent doré qui est toute couverte de fins ornements réticulés faits au repoussé.31 De petites plaques d’or ou d'argent, achetées à Byzance ou fabriquées en Russie, y ont été appliquées à différentes époques, au XIlme et au XIVme siècle. Le médaillon central en forme de croix et d’un caractère décoratif n’est que du XVP"e siècle.

L’auteur de l'analyse que nous venons de mentionner croit que cette reliure ne contient que deux émaux provenant de l’ancienne reliure du Xme siècle, en forme de rectangles allongés avec les figures de deux apôtres debout; le fond de la pièce, c’est-à-dire la plupart des émaux qu’elle renferme auraient appartenu à une seconde reliure datant du XIII"'e, et que la pièce

1) Labarte avoue (texte explicatif de la planche XLi que ces vers ne sont pas très-compréhensibles; il propose toutefois de traduire comme suit le dernier vers: „Le roi Henri fait honneur par sa noblesse à la véritable doctrine.41

2) Arkhéologuit scheskya izslédovanya po pamictinikam. Oklctd Msüslavova Evanguélya (Etude archéologique de monuments. La reliure de l'évangéliaire de Mstislaw. Analyse des plus anciens émaux en Bussie). Moscou, 1861. Tirage à part des Mémoires de la Société Impériale d’Histoire et d 'Antiquités.

*) Elle a été publiée dans Les Antiquités de l’Empire russe , section I, planche 77; voyez aussi l’Atlas de V Histoire russe de Pogodine, Moscou, 1871, planche CXXXIII.

% reliure l’évangéliaire Mstislaw.

n’aurait été complètement mise en état telle qu’elle est aujourd’hui qu'au XYIme siècle. Filimonow prétend, en outre, que deux plaques émaillées seulement sont d’un travail byzantin; quant aux autres, elles peuvent avoir été faites en Russie. Six d’entre elles ont la forme de petits médaillons à cinq pans avec les figures du Sauveur et de cinq martyrs (SS. Georges, Démétrius, Théodore, Boris et Gleb); ils servaient, dit l’auteur, d’ornements (zapony) aux bannes des grands ducs. Cinq émaux carrés avec l'Hétoimasia, S1 Pierre, S* Paul, la Vierge et S( Jean Baptiste (parties d’une Déésis pour laquelle cependant la figure du Sauveur a été empruntée aux bannes), sont évidemment des émaux provenant de la Crucifixion. C’est à Filimonow également que revient le mérite d’avoir débrouillé le sens de l’épilogue où un certain Naslaw dit qu’il avait „porté le manuscrit à Constantinople, qu’il y avait arrangé les émaux (chimipète)w et qu’il avait acheté, à Byzance, les plaques toutes prêtes, n’ayant plus eu qu'à les poser sur la reliure.

Il y aurait peu de chose à ajouter à cette analyse : ce seraient seulement quelques remarques au sujet du style de ces émaux. Il est, par exemple, tout naturel que certains de ces émaux (tsaty), différents par leur style et leur exécution, se soient trouvés en même temps dans le commerce et qu’ils aient pu être acquis d’un seul coup, les uns à cause des sujets représentés, les autres en raison de leur joerfection technique. „Wladimir de Volhynie, lisons-nous dans la Chronique russe, orna telle reliure de l’image émaillée du Sauveur le seul émail dont il disposât à cette époque. La forme et les sujets des cinq émaux mentionnés plus haut conviennent mieux à une couverture de manuscrit qu’à une Crucifixion. Quant à la supposition de Filimonow que les six petites plaques en forme de médaillons avaient été primitivement cousues sur les bannes (il y avait toujours six ou huit de ces plaques sur les bannes), cette li}’pothèse est assez vraisemblable; mais ces médaillons rentrent déjà dans le domaine de l’histoire de l’émaillerie russe. Nous recommandons à quiconque s’intéresse aux monuments de l’émaillerie byzantine d’examiner toute cette reliure au point de vue technique, à cause des émaux de différentes époques qui y sont concentrés. Tous ont été enlevés à une ancienne reliure et grossièrement fixés, au XVI"10 siècle, avec des clous, à une seule jolaque. Ils sont pour la plupart d’un travail byzantin trèsordinaire du XIIme siècle. Le dessin est déjà non seulement conventionnel, mais lourd ; les rubans des alvéoles sont gros; c’est l’œuvre d’un vulgaire ouvrier. Au lieu de traits ronds et ondulés, les cheveux sont faits avec des traits brisés; le geste de la bénédiction grecque n’est pas clair et ressemble

MONUMENTS d’ÊMAILLERIE BYZANTINE.

à la bénédiction à deux doigts. En outre, les couleurs byzantines ne sont plus fines : le bleu turquoise tourne au vert-de-gris, l’émeraude est couperosé; les chairs sont d’un rose jaunâtre, vertes ou presque couleur de cire sur les contours. La chevelure de S* Jean Baptiste a un reflet bleu foncé, comme celle de l’apôtre S* Paul: le chiton du Christ est vert, etc.

Mais en dehors de ces ouvrages d’un caractère banal que Naslaw a trouvés dans le commerce, la couverture de l’évangéliaire de Mstislaw contient deux petites plaques avec les figures des apôtres S* Jacques et S* Barthélemy et qui remontent incontestablement au siècle. Ce sont des travaux admirablement exécutés par un maître de premier ordre et qui peuvent hardiment rivaliser avec les meilleurs émaux, par exemple avec ceux du reliquaire de Limbourg. Les chairs des figures nous mettent en présence de ce naturalisme élevé qui commence à paraître dans l’art byzantin des IXme et Xn,e siècles et ne dure que peu de temps pour faire place au genre décoratif habituel. Dans ces carnations il y a une légère teinte olivâtre et le ton chaud de l’antique. Le dessin est particulièrement remarquable : l’émailleur s’y complaît et en joue visiblement, non seulement dans la pose de ses figures, mais encore dans une certaine bizarrerie de gestes qui, malgré les toutes petites dimensions des personnages, restent très-expressifs et imposants; à ce point de vue le reliquaire de Limbourg même est inférieur. Six petites images d’un travail russe forment un contraste fâcheux avec ces merveilleux émaux. Elles datent tout au plus du XIIImc siècle et sont d’une technique très-maladroite : les minces rubans sont remplacés par de gros fils métalliques; l’émail est partout poreux et craquelé; le vert est trouble et impur, les chairs sont d’une nuance de cire verdâtre, grossièrement plaquée de tâches rose sur les joues; le dessin semble avoir été tracé par une main d’enfant.

Ï ' ' /i'a reliure de l’évangéliaire de la Bibliothèque publique de

Sienne est aussi un monument composite. Elle consiste en ° 1 ~ ' . * '1~ . . . 1 toutes couvertes d’un

.{P deux plaques d’ argent dorées qui sont t . ? décor réticulé et de quarante-huit ér

quarante-huit émaux sur fond cl’or.

Le revers était autrefois orné d’une série de médaillons avec diverses figures et ornements dont il ne reste plus qu’un petit nombre. Le manuscrit grec du Xlrae siècle, qui est orné, en outre de cette reliure, de

Reliure de Vêvangèliaire de Sienne.

quatre miniatures d'évangélistes, fut acheté, en 1359, à Constantinople. Suivant Labarte, cette reliure serait du X™ siècle. Mais en réalité elle se compose de parties de valeur artistique et d'époques fort différentes. Nous n’y trouvons pas un seul émail du Xme, mais il y en a plusieurs du XI™, du XII™ et peut-être même du XIII™ siècle. Il semble que cette couverture ait été faite de pièces et morceaux de plusieurs reliures, Crucifixions, couronnes et autres objets d'église, réunis en un seul tout dans le système de l’évangéliaire de Mstislaw.

Afin qu'on puisse apprécier ce monument à sa juste valeur, nous en donnons ci-après la description.

Au centre de la composition formant la Déésis, un médaillon rond avec le Christ Pantocrator, en buste et bénissant.1' Une petite plaque avec l'image de la Vierge est fixée au-dessous. Quant à la Déésis, pour la constituer, on a pris deux autres plaques rectangulaires avec les figures de Marie et de S1 Jean. A la même série appartiennent S' Pierre et S1 Paul, S* Jean et S1 Matthieu; S1 Marc et S* Luc manquent. Trois médaillons ronds avec les figures du Sauveur, de S1 Jean Chrvsostome et de S‘ Basile ont été empruntés à un autre monument. Quatre plaques émaillées avec des archanges proviennent de différentes reliures. L'archange Michel y est représenté trois fois et une quatrième fois sur une plaque cruciforme qui est au milieu, tout comme sur les reliures du trésor de S' Marc. Cette répétition sur une même couverture ne peut avoir été préméditée. A cette série d'archanges appartiennent encore S1 Théodore et S1 Démétrius et deux plaques rondes avec des séraphins. Deux autres plaques quadrangulaires S1 Denis et S' Jean le Miséricordieux) sont d’une autre origine et diffèrent entièrement des médaillons ronds de S‘ Jean Chrvsostome et de Basile le Grand. Enfin, au centre de la reliure est la Résurrection du Christ, représentée sous la forme de la Descente aux Enfers, conformément au type du XII"" siècle. Ainsi donc, les 23 plaques en émail de ce côté de la reliure constituent, comme facture, cinq séries différentes.

L'ensemble du revers est encore plus hétérogène. Au centre une plaque carrée avec l’Ascension qui correspond bien à la plaque décorative centrale de la face. Puis viennent trois petites plaques (dont la manière et les types sont dissemblables) avec la figure du Sauveur, et cinq médaillons avec la

') Labarte. Histoire des arts industriels, planche CI.

Vierge, probablement dans le t}Tpe de Blachernes, de Chalkopratis et d’Odogétria. La Déésis est formée d’une intéressante image du Christ, avec la Vierge et S* Jean Baptiste à ses côtés; S' Pierre et S* Paul sur plaques quadrangulaires; au milieu d’ornements végétaux qui remplacent ici les anciennes palmes chrétiennes, S‘ Grégoire reliure, mais très-proie Théologue et S* Jean . . bablement d’un ustensile

Chrysostome , sur des 9 d’église quelconque. Dans

plaques ovales, ne pro- ■ g un médaillon rond encore

viennent pas d’une autre ÆfJHlHÉOfiflHjlt une fois S1 Grégoire le

Théologue et sur des plaques quadrangulaires S* Mercurius, S' Nestor, S’ Grégoire, S' Théodore, S' Jean le Miséricordieux et S* Basile. Plus bas est placée une plaque triangulaire, la pointe en bas; elle a dû former jadis la clef de voûte d’une arcade décorative et représenter l’Archange (la Sopliia). Comme preuve de bigarrure citons deux

Fig. 56. Crucifixion de la reliure du trésor do la cathédrale de Milan.

petites plaques entaillées de l’extrémité supérieure; ce sont les restes d’une grande composition. L'une représente la Vierge et S1 Jean au pied de la Croix; l’autre le Christ, les mains liées et allant humblement au supplice ié\KÔjaevoç èm crraupoCn.

La plupart de ces émaux rapportés de différents côtés datent de l’époque de la décadence

de l’art byzantin et en particulier de l’émaillerie ; nous n'en voulons pour preuve que les couleurs employées et qui ont été bien fidèlement reproduites dans l’ouvrage de Labarte. L'himation le vêtement de dessus) est bleu foncé, mais non lilas ni pourpre; le chiton est cendré ou turquoise. Ce dernier vêtement est même parfois jaune (chrome) sur le Sauveur, ce qui semble

une violation grossière des traditions iconographiques de Byzance. Le rouge clair est ici d’un bel effet et le pourpre a un ton de framboise. Les draperies sont partout privées de sens : formées de traits parallèles rompus sans méthode, elles constituent ce schéma informe de la décadence que les archéologues de T Occident considéraient naguère comme un canon du dessin byzantin. La reliure de l’évangéliaire de Sienne nous paraît donc être quelque chose comme une contrefaçon grecque. Il est probable que les délégués de Jean Cantacuzène, après avoir formé cette pièce de fragments divers, l'auront vendu à un marchand italien pour la somme énorme de 3000 florins d’or.

Et cependant la reliure de Sienne est un spécimen collectif trèsprécieux d'émaux byzantins. Plusieurs d’entre eux ont en effet gardé cette originalité et ce goût artistique qui distinguent une œuvre d’art d’une pièce de simple ouvrier. Ces émaux t particulièrement les archanges, le Sauveur, la Vierge et bien des saints i méritent une analyse plus détaillée que celle à laquelle nous pouvons les soumettre dans le présent ouvrage. Qu’il nous suffise de signaler quelques détails iconographiques intéressants, 1} les variations caractéristiques de types, certaines particularités des costumes de la cour de Byzance, etc.

Toutes les autres reliures que nous n’avons point mentionnées dans cette revue générale des reliures à émaux byzantins cloisonnés, sont, à notre avis, d'origine occidentale ou tout au plus seulement rehaussées de quelques émaux byzantins. Ainsi, par exemple, la reliure de l’évangéliaire de la bibliothèque du château des ducs de Gotha, avec sa Crucifixion en bas-relief, sa composition pareille à celle de la reliure de l’empereur Henri II, et ses portraits émaillés d’Othon, de Théophano, de S* Benoît et des symboles des évangélistes, est un travail allemand; cependant quelques-unes de ses petites plaques décoratives pourraient bien être d’origine byzantine. Il est du moins très-difficile de distinguer dans ces dernières un travail allemand, tant les imitations allemandes du XIme siècle ressemblent, comme facture, aux originaux grecs. L'hypothèse de Labarte d’après laquelle une main d’artiste grec y aurait travaillé, comme dans beaucoup de cas analogues,

1 ) Sur les deux plaques de la face le Seigneur bénit à la manière grecque, comme Pantocrator, sans former avec ses doigts le monogramme sacré (voyez la description du Sauveur de la collection A. W. Zwénigorodskoï). St Jean le Miséricordieux et S1 Denis apparaissent avec le même geste de bénédiction sur la reliure de Sienne.

nous mènerait à cette conclusion que cette main s’était étendue sur toute 1 Europe, ce qu il est bien difficile d’admettre.

A cette catégorie d’émaux mixtes appartiennent : la reliure d’un évangéliaire de la bibliothèque de S'-Gall, le dessus de reliure d’un manuscrit carlovmgien avec six petits émaux, au trésor de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle; la reliure d’un évangéliaire de la Bibliothèque Nationale de Paris i n° 9383) et la reliure, récemment publiée,11 de la collection du marquis de Ganay, ornée de filigranes plus récents et d’émaux d’un travail occidental du XII™ siècle. Les principaux traits caractéristiques qui indiquent ici des émaux d’Occident sont : un goût un peu lourd dans la décoration et un dessin conventionnel et maniéré; nous ne voyons d’ailleurs guère d’autre différence. Il est évident que, par leur composition, leurs filigranes, leurs pierres précieuses et par l’habileté dont les métaux y sont travaillés, ces reliures sont d’origine allemande; ils sont semblables à tous les autres ouvrages allemands et français des XI™ et XII™ siècles. Et ce ne sont pas les petites plaques byzantines, très-usitées et répandues alors dans le commerce, qui peuvent donner à ces reliures une empreinte grecque. C’est d’ailleurs là un cas que nous rencontrerons encore plus d’une fois.

j oui élucider cette question très-obscure des émaux cloisonnés

particularités de l’ évangéliaire qui appartient au trésor de la cathédrale de Milan (fig. 56 et 57). Commandée au XI™ siècle par l’évêque Aribert, cette pièce a été très-richement décorée. La Crucifixion comprend en outre du Crucifié : S' Jean et Marie, un soldat et le centurion, chacun sur une plaque spéciale; puis les Femmes au tombeau (il n’y en a qu’une ici), le Portement de la Croix, l’ Ascension, en trois séries, la Descente aux Enfers, des emblèmes, puis deux prophètes, enfin S1 Ambroise et S' Satyre. Toutes ces figures sont tiaitées dans le style un peu déformé du XII™ siècle avec quelque prétention à un certain naturalisme qui s’étale sous de vives couleurs dans les costumes

D ■ ,2 C°"ection SPilZer’ tome 1 Orfèvrerie, planche I. - Gonse, Exposition universelle de ,878,

Taris, 18 <9, II, p. 222.

chargés de plaquettes. Les émaux principalement employés sont : le bleu de ciel, le vert et le blanc éclatant. Par opposition aux émaux byzantins on voit ici le vert foncé, et le jaune chrome est remplacé par l’or. Outre le pourpre translucide (avec les nuances d’écaille) on remarque le rouge cannelle opaque. Le vert émeraude non seulement constitue le fond, mais encore remplace des pierres précieuses et, dans ce cas, les plaques ont la forme d'alvéoles où sont directement sertis des verres de couleur. Dans toute la décoration on rencontre ce mélange désagréable de bleu clair et de

vert sans tons intermédiaires. Les émaux vert émeraude sont encore plus mal employés pour le costume; le bleu turquoise n’est jamais à sa vraie place etc. Les filigranes sont une imitation lourde et maladroite de modèles byzantins. Dans tout l’ensemble on sent l’embarras, T ignorance et la gaucherie d’un novice qui cependant fait des tentatives et des efforts pour trouver une forme réaliste ou tout au moins un détail naturel.

Tout le monde peut facilement faire la différence entre le dessin lourd, parfois informe de cet ouvrage et celui fin et élégant des émaux réellement byzantins, mais si l’on ne prend pour guide que la facture avec ses couleurs troubles et impures, on aura de la peine à suivre la phase du développement de l’émaillerie byzantine en Occident et à distinguer ces émaux de leurs formes anciennes. Voilà pourquoi on a souvent fondu les différentes sortes d’émaux cloisonnés occidentaux en un seul type que Ion a cru devoir attribuer à une époque relativement très-recente.

Enfin nombre de petites images saintes, de médaillons et de plaques de différentes formes, provenant d’anciennes reliures et de divers ustensiles d’église, sont disséminés partout en Europe et en Orient. Mais fort peu sont déjà connus, et, comme nous n’en possédons aucune reproduction fidèle, leur sens est très-problématique, d’autant plus que, de nos jours encore, on donne pour byzantins quantité d’émaux occidentaux du Moyen-Age et des émaux

Fig. 57. Reliure du trésor de la cathédrale de Milan.

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