MONUMENTS D ’ ÉMAIL LERIE BYZANTINE
russes encore plus récents. Les trésors des couvents du mont Athos renferment quelques émaux anciens d’origine byzantine, qui y ont été apportés de la capitale grecque, à partir du règne de Basile le Macédonien.
Dans la laura de S* Atlianase on trouve l’encadrement éminemmentremarquable d'une icône en mosaïque de S1 Jean le Théologue (0,173 m. de haut sur 0,118 m. de large, avec l’encadrement 0,28 m. de haut sur 0,23 m. de large); il est orné de dix médaillons en émail (0,038 m. de diamètre).11 La tradition prétend que ce fut un don de Jean Zimiscès (9G9 — 976), mais il semblerait plutôt appartenir à une époque relativement plus récente. Au milieu de la bordure supérieure on y voit la „Hétoimasia “ , aux côtés de laquelle apparaissent S* Jean Chrysostome et S‘ Jean le Miséricordieux, plus bas S1 Jean ICalibyte, S1 Jean Damascène, S‘ Jean le Jeûneur, S* Jean Climaque, le prophète Zacharie, S* Jean Anargyre et Stf Elisabeth. Il est assez probable que ce dernier médaillon, fixé au coin de droite, donne le nom de la donatrice, qui aura consacré l’image à sept saints du nom de Jean, en mémoire de son époux défunt.
Au monastère Dokhiar on voit l’icone des SS. Pierre et Paul, au milieu d'un encadrement orné de médaillons en émail.
Dans la- bibliothèque du monastère Khilandari, un évangéliaire revêtu d’une reliure nouvelle (d’après le catalogue de Lambros n° 7, parc-h.), est orné de cinq plaquettes en émail, une au milieu, les autres quatre (dont une manque) aux coins. Une croix ornementale de très-petites dimensions est fixée dans le centre; elle est bordée d’une bande ornementale formée de cercles, de listels et de petits carrés remplis d’émail. Le tout ensemble produit un effet magnifique. Aux angles, les figures des archanges S‘ Michel et S1 Gabriel, et de S1 Jean Baptiste.
Le monastère Iviron possède un évangéliaire revêtu d’une reliure d’argent, aux quatre coins de laquelle sont clouées quatre plaquettes ornementales en émail.
On rencontre aussi quelques plaques de reliure remarquables dans des couvents de la Géorgie, comme, par exemple, dans ceux de Ghélat etc. Notons particulièrement la plaque en émail du monastère de Ghélat, clouée
’) Communiqué par M. J. Strzygowski, agrégé à l’université de Vienne. Voyez aussi : l’évêque Porphyrius, Pervoje pouteschestvïe v Afonskïe monastyri i skity v 1845 godoa (Premier voyage aux monastères tt ermitages du mont Athos en 1845), lie partie, section Ire, Kiew, 1877, p. 201.
sur l'i cône de la Ste Vierge (0,12 m. de hauteur sur 0,045 m. de large): elle a été donnée par le roi Alexandre XVII et contient la représentation de l’apôtre S* Pierre. La technique des plis réticuleux qui revêtent la figure de leurs sinuosités minuscules, reporte notre pensée au XIÜme siècle et au style des émaux de la Pala d’oro.
La cathédrale de rAnnonciation à Moscou possède une petite image avec une Descente du Saint-Esprit, d’un travail byzantin, et un Sauveur (si l’on en juge par l’inscription slave) d’un travail russe. A noter une Résurrection en émail avec cinq figures et l’inscription : xhwv lj x^ùç Xévnov êvbu|na Xôyou.
Dans la collection M. P. Bottine à S‘-Pétersbourg il y a deux petites images d’un travail exquis, empruntées évidemment à des reliures et représentant S* Nicolas le Miraculeux et Basile le Grand.
Le trésor de S1 Marc à Venise renferme
aussi une planchette en bois avec quatorze médaillons mesurant de 8 à 6 centimètres de diamètre et qui proviennent également de différentes reliures. Les sujets représentés sont : le Sauveur (deux fois),1' S1 Jean Baptiste, S1 Georges, S* Procope, S* Cosme, S1 Damien etc. Le médaillon de l’impératrice Zoé (nom de la donatrice sans doute) est particulièrement intéressant.
Le Musée de Pestli possède deux médaillons émaillés (les apôtres S1 Pierre et S* André), ayant 8 centimètres de diamètre (fig. 58 et 59) : c est un excellent travail du XIme siècle.2) Le costume (himation) est à deux couleurs; mais le chiton de S‘ Pierre est rouge, ce qui indique plutôt le XIInie ou la seconde moitié du XI"ie siècle.
Paris ne possède qu’une seule pièce d’émail cloisonné, incontestablement byzantine; c’est un médaillon fort petit, très-endommagé d’ailleurs et oxydé, qui est conservé à la Bibliothèque Nationale. Il représente le Sauveur Pantocrator. Ce médaillon a dû appartenir à une croix ou à une reliure.
Fig. 58. S‘ Pierre.
Fig. 59. St André.
i\ Les deux bénissent à la manière grecque; mais un seul forme avec ses doigts le monogramme sacré, l’autre bénit en qualité de Pantocrator.
2) Ils ont été trouvés au bourg de Nyitra Ivanka. Ils ont été probablement inhumés avec la couronne de Constantin Monomaque, avec laquelle on les a mis au jour. Mais ils n’ont jamais fait partie de cette couronne, comme d’aucuns le pensent. C'étaient plutôt des ornements votifs d’une croix ou, plus vraisemblablement, d’une reliure.
Les émaux byzantins des différentes collections particulières de Paris, qu’on a citées (collection Gréau, Gay, Stein etc.)1} n’ont pas été publiés, et nous sont inconnus.
■ n médaillon en or emaille avec la ligure du Sauveur, conserve
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à Kiew (fig. 60)2) nous montre à quel degré de perfection mU( - L) ,1 technique et d’expression religieuse pouvait atteindre l’émail-
lei'ie byzantine. Il ne mesure que 3 centimètres de diamètre ^ et il est pourvu d’une oreillette et de crochets servant à maintenir un cordon de perles qui l’entoure. Cette image semble avoir été une image portée au cou, ou (si l’on en juge par sa grande valeur artistique) c’était peutêtre d’abord une plaque qui ornait une croix ou une reliure. Le Sauveur est au milieu d’un cercle ou d’une auréole lilas entourée de deux bordures; l’une, couleur turquoise, avec ses pierres carrées, rappelle les anciens encadrements émeraude; l’autre, lilas, est parsemée do petites croix blanches. Ce mélange d’émaux blancs, lilas et turquoise reparaît dans le costume du Christ : son himation est lilas foncé, son chiton bleu turquoise. La gamme produite par ce mélange est très-harmonieuse do couleurs; d’un autre côté le type du Christ dépasse, par sa jeunesse et la finesse du travail tous les types connus de la première moitié du XI"1' siècle. Ce fait prouve bien que c’est vers le milieu du XI,lle siècle qu’éclate cette crise funeste qui dépouille 1 art byzantin de tous les éléments féconds de l’antique tradition grecque, renouée avec tant d’éclat au IX1"' siècle, après la période des iconoclastes. L’image sainte de Kiew rappelle effectivement beaucoup par son stvle les types bien connus de mosaïques (de la, cathédrale de S" Sophie de Kiew, de la chapelle Palatine, de Monreale, du couvent de Choros à Constantinople). C’est la même facture pleine et large des bustes et la même disposition des mains (voyez le buste du Christ sur les monnaies byzantines du XIme siècle : la main droite fait le geste de la bénédiction grecque avec le monogramme
Fig. 60. Image du Sauveur à Kiew.
•) Gonse, Exposition Universelle de 1878. Les beaux-arts et les arts décoratifs. II, L'art ancien , Paris, 1879, p. 243, 249. Voyez Gay, Glossaire archéologique , au mot émail.
*) Trouvé en 1878 dans la propriété de Korolew, de l’ Ancienne Ville, actuellement conservé au Cabinet des Médailles de l’université de Kiew, sous le n" 145. L’émail de la sainte image est fort désagrégé.
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sacré; la gauche tient l’évangile. Mais la physionomie dans la petite image n’a rien de l’expression sombre et dure des mosaïques. Les cheveux sont encore d’un ton marron foncé (et non couleur de lin ou rougeâtres, comme dans les mosaïques); le regard vif et la tête légèrement relevée du côté droit distinguent tout le visage du type des mosaïques. Il est évident que, pendant la bonne période de l’art, les procédés d’émaillerie, quelles qu’en fussent les difficultés, ne détruisaient point la vie et l’expression dans les sujets traités, pourvu que les émaux fussent exécutés par de véritables artistes. La mosaïque, au contraire, à cause de son caractère industriel, ne fit que hâter la décadence. Aussi tous les monuments d’émaillerie byzantine, si petits et fragmentaires qu’ils soient, ont forcément une grande importance pour nous.
Staurothèquesde la Vraie Croix.
es encadrements des morceaux de la Vraie Croix ressemblent aux couvertures d’évangéliaires et forment avec celles-ci * une catégorie à part. C’est à tort qu’on les appelle, en Occident, reliquaires de la Ste Croix: ces derniers, dont le véritable nom est area ou cista, ont une forme extérieure et un caractère artistique adaptés à leur usage. Les enchâssures dont nous voulons parler s’appelaient à Byzance crraupoefjKai et EuXoenxai; on les conservait sur les autels et, en temps de guerre, le chambellan, chargé de la garde des appartements particuliers de l’empereur les attachait sur sa poitrine et les portait devant les troupes. l)
Cette sorte d’ustensile sacré est représentée jusque dans ses moindres détails par la staurothèque du trésor de la cathédrale de Limbourg (fig. 61).2) Ce monument, d’une conservation admirable, est un vrai chef-d’œuvre de l’art byzantin pendant la meilleure période de sa seconde renaissance. 8) Cette châsse ou staurothèque appartient au trésor de la cathédrale de Limbourg, dans le duché de Nassau, depuis 1208, époque à laquelle le chevalier Henri Hochmar
«) Constantinus Porphyrogenitus, De cœrimoniis aulœ byzantines, p. 485.
s) Le premier éditeur de ce monument Aus’m Weerth l’a appelé très-improprement „Croix triomphale" des empereurs byzantins, ce qui donne une fausse idée de la forme même.
3l Aus’m ÏVeerth, Dus Siegeskreuz der byzantinischen Kaiser Constantinus VII Porphyrogenitus und Romanus IL und der Hirtenstab des Apostels Peints, avec 4 planches, Bonn, 1866, in-f°. Mauvaise lithographie d’un dessin négligé et fausse de couleur. Ce monument mériterait une meilleure reproduction, cela va de soi. Voyez sa description dans les Annales archéologiques, XVII, p. 337 et suiv., XVIII, p. 42, 124. Voyez aussi Labarte, Histoire des arts industriels, II, p. 83— 92.
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Fig. 61. Staurothèque dn trésor de la cathédrale de Limbourg.
HISTOIRE DES BMAI'X BYZANTINS
von Ulmen la rapporta d’une croisade pour l’offrir à ce trésor. La composition architectonique est d’une très-grande simplicité : c’est une cassette de bois avec couvercle ayant 48V2 centimètres de hauteur sur 2B centimètres de largeur; sur la plaque intérieure il y a un renfoncement en forme de croix pour un morceau de la Vraie Croix, qui a disparu sans laisser la moindre trace. Le tout est recouvert d’argent ciselé avec des ornements purement byzantins; le couvercle et les côtés de la croix sur la plaque du fond sont garnis d’émaux sur or. Ces émaux forment sur le couvercle une sorte d’iconostase. L’entablement est ornée de pierres précieuses; le renfoncement, en forme d une abside en arcade a, par conséquent, l'apparence d’un autel; c’est ce qui explique aussi le choix des diverses images pour former une clôture d’autel — les volets de la staurothèque. Suivant une inscription iambique sur l'enveloppe d’or de la croix, les empereurs Constantin et Romain II seraient les auteurs de la croix faite d’un morceau de la Vraie Croix et richement ornée de pierres précieuses et de perles — aùvGeffiç XÎBujv btauuùv Kai uap-fàpujv Ces deux monarques ayant régné de 920 à 944, nous avons ainsi la date exacte du monument. Une seconde inscription ciselée sur la bordure en argent de l’encadrement
nous apprend que Basile Proèdre, fils de Romain - oépwv «aUdimat triv
BriKiiv Ivl ou, avait ,, magnifiquement orné cet encadrement", sans oublier de dire dans l’inscription de la bordure supérieure, que son œuvre ne serait pas plus agréable à Dieu que celle de son père, car „le Crucifié n’avait pas un aspect
éclatant" où koUoç eîxev ô KptMaoetiç èv EùXw. Le renfoncement pour le morceau
de la Vraie Croix est sans parure aujourd’hui. Ses extrémités sont sans chapiteau, sauf celle d’en haut qui est ornée d’une topaze. Tout autour de la croix brillaient sans doute des rangs de perles attachées par des crochets spéciaux; il n’en existe plus une seule aujourd’hui. La rosette faite de jacinthe au milieu, d'améthystes et d’émeraudes tout autour, explique les mots cités de l’inscription; elle reproduit, d'autre part, la simple décoration composée de pierres sciées et de morceaux de verre, telle qu’on la faisait au milieu du Xn,e siècle, que les barbares avaient importée de l’Orient et que Byzance s'appropria dès le IVme siècle.
Toute la plaque du fond de la boîte est garnie de listels décoratifs et de bordures d’émail d’un dessin géométrique très-simple. La partie inconographique, c’est-à-dire les figures d’émail sont, au contraire, d’une richesse et d’un luxe magnifique. Les archanges (dont un manque) sont rangés sur neuf rangs verticaux (fig. 62, G3, 64, 65), et sur dix rangs horizontaux deux séries d’anges, les chérubins à ailes ocellées — àpxoc et les séraphins
MONUMENTS ü’ ÉMAIL LERIE BYZANTINE.
à six ailes, éEouoîai. Les archanges tiennent tous des sphères et des équerres, ils ont la tête couverte d’une coiffure en forme de lis. Vêtus de costumes divers et les yeux tournés vers la croix, ils ont une attitude calme et solennelle. Deux d’entre eux s’avancent vers la croix. Les inscriptions en émail bleu clair placées entre chaque couple de chérubins énumèrent les précieuses reliques qui étaient autrefois conservées sous les plaques :
1° Ta (JTrap'fcxva iQ uiou tou 00 — une partie de linceul du Christ.
2° To iropcpupov ipanov tou ÉwoboTOu iO xû — du manteau pourpre du Christ.
3° O axavGivoç cmcpavoç tou cpiXav (0pum) ou xû *ai ûû ipacuv — de la couronne d’épines du Christ.
4° To XevTiov tou TiXaciTOupYOu r)puuv xû tov ou (sic) — du drap du Christ.
5° H divbujv tou a0avaTOu xû xai 00 — du sindon du Christ.
6° Oç (sic) ttoyyoç tou paKpo0upou xû kcTi (Turrripi (sic) ripiuv — de l’éponge du Christ.
7° To pacpopiov Tr)ç urrepapiaç 0koû — du maphorion de la Vierge.
8° H 2wvr| Tf|ç aei irapGevou ex twv xa^xonpaTri — de la ceinture de la Vierge provenant de l’église de Chalkoprates.
9° H £wvn rr)ç aYiaç uap0 Kai 0koû aTto 0 emtTKCm £r|Xaç — de la ceinture de la S'0 Vierge.
IO" Ai Tijuibi Tpixeç tou aYiou tou Trpobpop' — des honorables cheveux du Précurseur.
Ces reliques sont importantes en raison des indications historiques qu’elles donnent sur les sanctuaires de Constantinople, et peuvent servir à la détermination des dates de différentes autres reliquaires d’Orient.
La composition en forme d’iconostase garnissant la plaque qui recouvre le renfoncement est encore plus belle. Elle offre l’aspect d’une petite image. Au haut de cette composition est un large entablement orné de plusieurs rinceaux et de bordures; la bordure supérieure se compose de petites croix en émail multicolore, au milieu court une large frise formée de petits écussons circulaires bordés de grenats sciés et de sept pierres claires groupées en trois cercles (la Trinité et les sept dons du Saint-Esprit peut-être), le tout parsemé d’émeraudes, de rubis et de perles. La zone inférieure est couverte d’un réseau métallique aussi fin qu’une toile d’araignée, avec une arabesque de neuf pierres précieuses. Sous cet entablement sont placés huit petites images carrées en émail (il en manque deux) avec les figures de S1 Jean Chrysostome, S1 Théodore, S1 Eustache, S1 Basile, S1 Grégoire (?), S* Nicolas, S1 Georges et S1 Démétrius (P).
Enfin, toujours en descendant, vient, séparée par un rang de petites croix, la Déésis, c’est-à-dire l’image du Sauveur avec S1 Jean et la Ste Vierge, les deux archistratèges et douze apôtres sur deux rangs, en tout dix-huit
sur neuf rangs. L’émailleur a évidemment donné tous ase, soit qu'il ait exécuté lui-même les émaux de cette t particulièrement surveillé l’exécution par ses élèves, tout cas il suffit de jeter un coup ,
.1 sur l'ensemble pour constater la /A fc-Jf / Sj&
Fig. 68. Archange sur le reliquaire de Limbourg.
Fig. 62. Archange sur le reliquaire de Limbourg.
niques, mais bien à ca gence peu artistique de rative.
Pour ce qui regard Limbourg, il serait difl la question de la supé:
de la partie technique t grande l’excellence de chacun d’elles.” Il faudrait d’ailleurs mal même tout ce que cette œuvre peut avoir de caracdans ses moindres détails (port des cheveux, mouvements, ■isage, etc, , tels que les choisit l’art élevé. Si la staurothèque
Fig. 65. Archange sur le reliquaire de Limbourg.
Fig. 64. Archange sur le reliquaire de Limbourg.
; la plaque intérieure, ornée d'archanges, c’est là un détail technique qui a une
») La plaque supérieure (le couvercle) est en or pur est, au contraire, faite d’un fort alliage d’or et d’argent : grande importance.
MONUMENTS d’ÉMATLLERIE BYZANTINE.
cle Limbourg avait été dignement éditée, l’on verrait que ce monument est le spécimen le plus parfait du style byzantin et l’on reconnaîtrait l’erreur grossière de ceux qui parlent de sa raideur et de sa pauvreté.11
Le visage du Sauveur attire avant tout l’attention par son ovale allongé, ce qui lui donne un air particulièrement sec, sévère et ascétique. Le Christ donne la bénédiction grecque, mais sans former le monogramme sacré, comme il convient au Sauveur Pantocrator dans la représentation de la Déésis. Sur la couverture de l’évangile qui est entre ses mains on voit une croix d’émail bleu turquoise. Le visage de la Mère de Dieu est naturellement plus vieux; sa stature un peu trop allongée rappelle le type de Marie dans l’évangéliaire du couvent de Sinaï, type qui est du Xme siècle.* 2 3* Le type de S* Jean Baptiste est ici plus caractéristique que celui de la collection Zwénigorodskoï : l’ovale en est plus large, mais aussi le caractère grossièrement ascétique plus accusé; les mains sont tendues en avant, mais non levées, ce qui est plus conforme à l’attitude sombre de l’ascète. Le corps est un peu courbé et amaigri, mais somme toute assez robuste. Par contre, les types de S* Pierre et de S* Paul sont relativement moins caractéristiques. S' Pierre montre le Sauveur de la main droite. La physionomie de l’apôtre S* Matthieu, par opposition à la physionomie pensive et inspirée de S‘ Jean l’Evangéliste, est pleine d’individualité et se distingue par un calme sérieux et grave, mais qui n’a rien de sombre.31 S‘ Barthélemy et S1 Jacques sont complètement identiques; S1 Thomas et S1 Philippe représentent, comme d’habitude, des jeunes gens imberbes. Notons comme curiosité les mèches de cheveux gris qui encadrent le visage de S1 André. La figure de S* Jacques est également intéressante; Didron l’avait déjà remarquée, mais la reproduction qu'il en a donnée est fausse et grossière. Les archistratèges ont l’aile naïvement pliée, en signe de paix; leur chiton est presque entièrement recouvert d’un loron d’or, parsemé de perles et de pierres précieuses. L’ange a une maniaque au col; ses sandales rouges portent des fleurs de lis.
Mais ce qui fait la perfection de ce travail et ce qui lui donne ce caractère de sûreté de main peu commune, c’est le coloris : il y a là une finesse de nuances, une netteté et un éclat extraordinaires. Avec cela pas
*) Nous examinons tous ces détails en raison de l'analogie de ces médaillons avec ceux de la collection A. W. Zwénigorodskoï.
2) Voyez mon Voyage au Sinaï en 1881 (texte russe), Odessa, 1882, p. 131.
3) Dans la collection Zwénigorodskoï le type de St Matthieu est identique à celui de St Jean l’Evangéliste, ce qui ne peut être que l’effet du hasard et nullement une règle dans l’iconographie byzantine.
la moindre trace d'oxydation, ce qui est le résultat d’un excellent polissage de toute la surface. La staurothèque de la cathédrale de Limbourg paraît encore aussi fraîche que si elle venait de sortir de l’atelier. Pour nous servir de l’expression de Théophile, en versant de l’eau sur une partie des émaux, on ne rend pas leurs couleurs plus éclatantes que celles des endroits secs.
Mais c’est une observation qui ne s’applique qu’à un très-petit nombre d’ouvrages, exclusivement à ceux du X"1' siècle, et notamment à ceux de la collection Zwénigorodskoï. L’étude du monument de Limbourg nous fournit des données exactes sur les couleurs, en sorte que même les tons qui ont changé avec le temps ne peuvent nous induire en erreur.
Voyons tout d’abord les carnations : les tons en sont tendres et chauds et merveilleusement nuancés dans les différentes figures. En général nous y retrouvons ce ton léger des meilleures fresques de Pompéi avec une teinte rose cannelle qui, sur le corps de gens d’un âge mûr, se change en rouge brique, un peu basané, chez les vieillards en un ton d’olive et de cire. Sur la plaque intérieure domine précisément ce ton de cire qui imprime ici à toute la coloration une teinte trouble brune et verdâtre. Sur le tableau extérieur, au contraire, le reflet des alvéoles d’or voisines produit dos ombres olivâtres aux extrémités et dans certains endroits de la figure, sur le front en dessous des cheveux, sur les paupières, sur le nez etc., comme si l'émailleur avait voulu produire ainsi le modelé. Autre détail caractéristique à noter : les extrémités de certaines petites figures sont remplies d’émail vitreux presque entièrement transparent, qui avec le fond d’or également transparent, produit une carnation très-delicate.
Le costume est intéressant à cause de la variété que lui donnent les étoffes à deux couleurs si goûtées au temps de Constantin Porphyrogénète. Non seulement les apôtres, mais encore S* Jean Baptiste et le Sauveur sont vêtus de la sorte. Généralement les couleurs suivantes sont combinées deux à deux : le bleu foncé (souvent le lilas) et le bleu turquoise ; le bleu clair et le bleu cendré; le bleu foncé et le bleu pâle: le bleu clair et le bleu turquoise, et enfin le grenat-cannelle et le bleu foncé.1’ Le grenat est remarquable par sa transparence et ses reflets de rouge framboise, brun cannelle et écaille. Cette variété de tons produit très-probablement l’antique et véritable pourpre qui (ainsi que le prouvent les anciennes miniatures, preuve confirmée par les
’) Cette dernière combinaison dans le costume du Précurseur, de St Pierre et de St Paul, au revers des lorones, sur les ailes, imite le chatoiement de la soie.