‹ Histoire et monuments des émaux byzantinsChapitre 19 sur 43 · MONUMENTS D ÉMAILÏ. ERIE BYZANTINE · texte numérisé non relu

MONUMENTS D ÉMAILÏ. ERIE BYZANTINE

investigations de naturalistes) était en réalité brun cannelle; ce n’est que plus tard que des falsifications et diverses colorations artificielles en firent une couleur lilas ou rouge framboise etc. Il en résulte qu’à cette époque on connaissait sans doute à Byzance différentes sortes de pourpre dans les étoffes — bifi\ctTTea, TpifiXcurea etc.

Les claves, les bracelets en étoffe, les coussins du trône du Sauveur et les plumes des ailes sont en émail bleu turquoise ou encore plus souvent vert émeraude, naturellement translucide; nous pensons que l’émailleur a voulu indiquer- ainsi les reflets multicolores de bandes de soie cousues sur d’autres étoffes.

Le lilas des vêtements de la Vierge et du Christ, des chitons des archistratèges passe presque au noir; c’est peut-être là le pourpre byzantin de première qualité. Les cheveux sont presque partout noirs, d’un noir bleuâtre, ceux des vieillards sont d’un gris bleuâtre.11 Enfin il convient de faire remarquer que toutes les cloisons (à en juger par les quelques endroits détériorés) étaient soudées, et que les meilleurs émaux sont déposés sur de l’or pur.

ne seconde staurothèque de la Vraie Croix qui jouit, quoique à tort, d’une forte grande réputation, est celle du trésor de la cathédrale de Cran en Hongrie.2* Cette châsse qui est un travail du XII"18 siècle, a actuellement3* la forme d’une image; sa plaque de bois est garnie d’argent; au milieu elle est recouverte d’or et pourvue d’un renfoncement en forme d’une croix à quatre bras destiné à recevoir un morceau de la Vraie Croix. La petite

*) Dans l’ouvrage de aus’m Weerth les couleurs sont mal reproduites et décrites avec beaucoup d’inexactitude. L’auteur considère à tort les étoffes à deux nuances comme des nuances et des ombres d’une même étoffe (p. 10, 17). Du reste, à l’exception de Reiske (voyez son Commentaire), personne n’a encore constaté l’existence à Byzance de ces étoffes, bien que leur usage eût été communément répandu en Occident, au Moven-Age.

*) Voyez l’article de l’abbé Martynow : Le Trésor de Gran dans la Revue de l’Art chrétien , lime série, XIV, 1881, avec reproductions d’après des photographies de Danko à Gran. — Jos. Danko, Geschichtliches, Beschreibendes und Urkundliches aus dem Graner Domschatz, Gran, 1880, in-f°, p. Gl— 64. Publié également en héliogravure dans : Pulsky, Badines et Molinier, Les Chefs-d’œuvre d’orfèvrerie hongroise, tome II.

3) Cette staurothèque formait peut-être à l’origine un tableau pliable, comme celui de Limbourg ou comme, par exemple, la grande staurothèque, travail géorgio-arménien du Xlllme siècle, de la collection Basilewskv (conservée actuellement au Musée Impérial de l’Ermitage) avec figures ciselées et bustes en médaillons. Voyez Darcel, Catalogue, no 206. Quant au reliquaire de l’église de Jaucourt (Aube), cité par Labarte, Histoire des arts industriels (II, p. 100 — 101), il n’a rien de commun avec le Xme siècle, auquel cet archéologue semble l’attribuer, si l’on en juge par sa propre description.

Ijü staurothèque du trésor de la cathédrale de Gran.

plaque centrale en or renferme les figures suivantes : de chaque côté de la croix Constantin et Hélène, le Portement de la Croix, suivant le type du XIIme siècle, avec l'inscription éXKÔjaevoç èirl crraupoû, la Descente de la Croix (n ûmoKct0r|\ujcriç) et deux anges en pleurs. En général le dessin est mauvais; il est. lourd, schématique; les enroulements dans les contours des vêtements, principalement sur les genoux, sont particulièrement déplaisants par l’absence complet de goût : c’est un signe certain qui, comme dans les miniatures, caractérise la seconde moitié du XIIme et le XHIme siècle. A côté de ces émaux en somme très - communs , six plaques d’émail champlevé, quoique purement byzantin, offrent un certain intérêt historique. Il est vrai qu’ici la surface n’est pas creusée (car c’est une plaque d’argent et non de cuivre); elle est gravée au poinçon et puis remplie d’émail bleu foncé. C’est donc un spécimen de facture analogue à celui du reliquaire du trésor de S* Marc. Bien que ces émaux ne soient appliqués ici qu’à des motifs d’ornements, il ne peut subsister aucun doute sur leur parenté avec les émaux bien connus du Moyen-Age.1’ Notons que ces ornements forment une sorte de rose persane et d’arabesques qui rappellent les portes sculptées arabo-normandes de l’église Santa Maria del* Ammiraglio de Païenne. Du reste l’existence des émaux champlevés en Orient et même à Byzance ne saurait être mise en doute ; seulement ils ne répondaient probablement pas au goût de ces pays et de ce temps, et restèrent confinés dans de petits ouvrages décoratifs jusqu’à ce qu’ils se fussent développés au Moyen-Age au point de devenir un type historique. La gravure sur cuivre (nous l’avons déjà dit) est intimement liée durant la période la plus ancienne avec l’émaillerie et son origine orientale n’est pas douteuse.

Nous ne pouvons émettre aucune opinion décisive sur les autres staurothèques de la Vraie Croix existant en Europe et qui semblent être un travail byzantin,25 bien qu’elles aient été fort répandues à l’époque des Xme et XIme siècles.

*) M. Danko, l’auteur du travail allemand que nous venons de citer, appelle cet émail Grubenschmelz, ce qui est un nom inexact.

*) Suivant le Corpus in script ionum yrœcarum , Berlin, 1859, n° 8756, il y aurait à l’église Si Laurent de Gênes une croix d’argent renfermant un morceau de la Vraie Croix ornée de figures d’émail (nielles?) du Christ, de la Vierge, de St Jean etc.: d’après l’inscription, ce serait le cadeau d’un membre de l’illustre famille des Varda et il aurait été restauré par les soins d’Isaac, archevêque d’Ephèse, au temps de Michel Paléologue, au XHIme siècle. Une staurothèque semblable se trouve à Venise, dans le trésor du couvent Santa Maria délia Carità; il a la forme d’une image (tabula). C’était, paraît-il, un don du célèbre Bessarion qui l’avait reçu du patriarche Gregorius (f 1451). Les émaux ici (inferiores ?» vitro jtictce (icônes) Constantini Magni et Helenæ matris) sont pourvus de titres qui sont intéressants au point de vue iconographique: TTpobooia, èpxépevoç èirl oraupou, àvcifJaOiç èiri cmxupoû, ô èpTTOiY,uôç, V] (uaaxÎTUJOiç, j*) àTroKa0r)\iuaiç, ô êTriT<i<pioç.

Les monuments suivants, connus à ce jour, ne sont point décorés d’émaux : la staurothèque de la Vraie Croix à l’Arsenal de Moscou, apportée de Constantinople en 1354; une grande staurothèque pliable d’origine géorgienne, de 1a, collection Basilewsky, conservée actuellement à l’Ermitage Impérial de S‘-Pétersbourg ; un coffret à la Sainte-Chapelle de Paris et un autre dans la Chapelle de la Cour à Munich.1’

I n puissant intérêt s’attache à une petite staurothèque de la Petite sta, fkil • ■ ' \ 1 ^mie Croix que nous avons trouvée dans le trésor de l’église ‘ £

C^U Pa^a*s ^ans Résidence impériale de Livadia, sur la irradia, < côte sud de la Crimée.** Elle est de dimensions minuscules et d’une exécution étonnante. Elle n’a que 3 centimètres de haut sur 24 millimètres de large; il est donc probable que c’était une croix de cou, bien qu’on ne trouve aucun anneau ni rien qui ait servi à la suspendre.

Mais sa grande simplicité nous autorise à penser que ce petit objet se serrait autrefois dans une petite boîte et que le tout se portait sur la poitrine. Il a la forme d’une petite image pliante, tout aussi minuscule, mais appropriée à être portée au cou. Cette petite boîte forme un diptyque extrêmement simple, de sorte que l’une des plaques avec le morceau de la Vraie Croix, en forme d’une petite croix, s’adapte juste dans l’autre, comme dans un cadre. Les deux plaques sont ornées extérieurement d’émaux. Les dimensions minimes des émaux (leurs figures n’ont que 12 millimètres de hauteur) font de ce reliquaire un objet unique. Quiconque n’a pas vu l’original, se rendra difficilement compte comment sur un si petit espace de la face antérieure

*) On conserve au monastère Vatopédi (mont Athos) une grande croix ornée d’émaux et contenant des objets saints de la même nature que ceux de la staurothèque de Limbourg. Au monastère sont conservés deux fragments de la Vraie Croix, réunis en forme de deux croix, dans une monture d’argent, don du roi Jean Doulca Vatazès (f 1255). Au monastère de St Athanase (ibidem) se trouvent quatre croix, montées en argent, avec des parcelles de la Vraie Croix : l’une d’elles a été donnée par l’empereur Nicéphore Phocas (t 909) (il en sera parle plus bas), une autre par Michel Douka (f 1078), une troisième avec 16 médaillons émaillés, contenant la Déesis, des apôtres et des saints, avec le nom du moine David. Voyez : l’évêque Porphyre, Poutesheslvija v Afonsldje monastyri (Voyages aux couvents du mont Athos), Kiew, 1877, lre partie, p. 199—200; II, p. 12—13. Barsky, Stranstvovanija yo sviatym miestam Yostokp (Voyages aux lieux saints de l'Orient), publication de la Société de la Palestine. 1887, III, p. 25, 204, 239.

*) Sur le désir de feue l’impératrice Marie Alexandrowna, on conserve dans le même trésor d autres objets précieux à bien des égards : des images, des reliques des rois de Géorgie, pour la plupart dons du prince J. G. Grouzinskv, entre autres une Vierge Ibérique, merveilleuse peinture grecque avec un cadre d’émail du XVIme siècle etc. La date exacte de l’enchâssure de la Vraie Croix nous est inconnue, mais les circonstances mentionnées plus haut permettent de supposer avec certitude qu’elle vient de Géorgie.

If! ifi:

Deux

triptyques

à Hanau.

on a pu représenter la Crucifixion avec tous ses détails. Faisons remarquer surtout les détails suivants d’une exécution excellente : le soleil rouge et la lune d’un bleu clair aux côtés du Crucifié, le fond bleu foncé de la croix, les inscriptions blanches, le nimbe bleu turquoise, les jambes clouées avec deux clous d’un léger ton de cire, la ceinture pourpre des hanches, le Golgatha bleu de ciel avec le crâne blanc d’Adam. On reconnaît môme distinctement la chevelure brune du Christ et l’inscription bien connue iboû etc. De chaque côté du Crucifié se tiennent la Mère de Dieu et S* Jean. Au revers (bien que sur les staurothèques de la Vraie Croix cette partie se rattache d’habitude directement à la Croix), indépendamment du soleil et de la lune répétés encore une fois, des deux côtés d’une petite croix ciselée contenant l’objet saint, les bustes de Constantin et d’Hélène (inscriptions ( A) KONCTAT, H A EAENH ), vêtus de riches costumes avec lorones et couronnés de nimbes turquoise. Leurs couronnes reproduisent absolument les stemmata byzantins : la couronne de Constantin consiste en un cercle d’or, une petite calotte rouge à l’intérieur et une rangée de perles pendantes le long des tempes; celle de l’impératrice est un stemma rehaussé de trois pierres précieuses, orné de pendeloques et d’une partie supérieure formée de rayons. Constantin a la barbe noire; Hélène est représentée jeune avec des cheveux bouclés; tous deux étendent les mains vers la croix. La facture byzantine du Xme siècle est tellement parfaite ici qu’il semblerait impossible d’exécuter une copie de cette pièce.

1 a collection privée de M. Walz à Hanau possède deux triptyques, richement encadrés en leur qualité d’objets saints et religieusement conservés comme des monuments d’art de la plus grande beauté. Ils sont disposés sur le panneau central d’un grand triptyque, orné au XIVme siècle, à l’intérieur des volets latéraux, de six scènes émaillées de l’histoire de la Vraie Croix et de l’empereur Constantin, „ vainqueur en ce signe".

Les deux triptyques, d’origine byzantine, sont d’un beau travail de la seconde moitié du XIme ou du commencement du XH,lle siècle et, à en juger par leur facture et leur ornementation identique, ils doivent avoir été confectionnés dans le même atelier. Un de ces triptyques (0,6 m. de haut sur 0,11 m. de large avec les volets ouverts) présente l’aspect d’une image pectorale. A l’extérieur des volets on voit la représentation en émail de

1 Annonciation de la Sainte Vierge, accompagnée des inscriptions habituelles; sur le panneau central intérieur, la Crucifixion avec S' Jean et la Vierge Marie placés aux côtés; l’inscription contient les paroles du Christ à sa Mère et à son fils bien-aimé. Les deux volets latéraux, de même que les bordures des volets du second triptyque, sont remplis, à la surface intérieure, de filigrane et de bordures composées d’un assemblage de morceaux de verre colorié scié.

Ce second triptyque est un reliquaire ou un encadrement renfermant un morceau de la Vraie Croix enchâssée, en forme de croix à quatre branches, dans le panneau central du triptyque. Des deux côtés, en haut, les archanges S' Gabriel et S' Michel sont figurés en buste, en bas, S* Constantin et Ste Hélène. Sur les volets latéraux, à l’extérieur, on voit les bustes des quatre évangélistes sur des plaques carrées, où de petites plaquettes ornementales aux angles forment un cercle réservé pour ces figures. S1 Matthieu et S' Jean désignent du doigt l’évangile qu’ils tiennent dans leurs mains, S* Luc et S’ Marc, placés en bas, bénissent, le dernier à la manière grecque. Les types peuvent être nommés fort beaux, mais S’ Marc seul rappelle, par son regard plein d’énergie et la tête fièrement retournée, la. meilleure époque de l’iconographie byzantine, les autres personnages représentent un caractère immobile et engourdi. La tête un peu chauve de l’évangéliste S1 Luc, qui reproduit, évidemment, une tradition insignifiante, mais persistante, offre un intérêt spécial. A l’intérieur, chacun des volets latéraux contient deux figures en pied : ce sont S* Georges, S* Théodore, S‘ Procope et S1 Démétrius. L’émailleur, fidèle aux coutumes de son métier, s’attache partout aux types juvénils des trois saints, mais incapable de reproduire de belles draperies, de beaux vêtements et de belles proportions, il offre des figures disgracieuses et routinières, de grandes têtes sur de petits corps. On reconnaît au premier coup d’œil un travail d’ouvrier ou même de fabrique. En général, les émaux du triptyque se distinguent par une excellente exécution des têtes et une impuissance absolue dans le rendu de tout le reste ; les anciens peintres russes, imitateurs de ces ouvriers grecs, ne peignaient eux-mêmes dans leurs images que le visage et abandonnaient le reste à leurs élèves.

Dans la Laure du mont Athos existe une châsse qui se rapproche, par sa forme, de la staurothèque de Limbourg (0,445 m. de haut sur 0,285 m. de large); d’après la tradition, c’est un prétendu don de l’empereur Mcéphore Phocas (9G3 — 969) à S1 Athanase.11 L es volets oblongs du triptyque con-

tiennent sur leurs bordures, en haut, en bas et au milieu, des médaillons émaillés (d’un diamètre de 0,02 m.), en partie détruits et d’un travail passablement grossier. On y voit représentés : S* Thomas, S‘ André, S‘ Jean Clirysostome, S1 Paul, S* Nicolas, S‘ Jean le Miséricordieux (?), le prophète Elie, S1 Luc, S* Joachim, S' Matthieu, S' Simon, S‘ Grégoire le Théologue, S' Théodore Stratélatus. Le fragment de la Vraie Croix est placé à l’intérieur et renfermé dans un encadrement.

Staurothèque de la Vraie Croix au monastère de Khopi , en Min y rélie.

a petite staurotlièque d’or, mesurant 0,14 m. de haut sur 0,11 m. de large renferme depuis les temps les plus anciens la petite croix pectorale de la reine Tliamar, au monastère de Khopi, au Caucase; c’est une précieuse et sainte œuvre d’art de l’ancienne Géorgie (fig. 66). Cette staurothèque à la forme d’un diptyque. Le Christ Pantocrator peint apparaît sur la face extérieure au milieu d’un fond décoré de rinceaux ciselés et niellés, bénissant et l’évangile à la main; la bordure est ornée dans toute sa longueur de rubis, d’améthystes, de turquoises, d’aigues-marines et de saphirs; il y a là en tout près de vingt pierres. Sur le revers, également à l’extérieur, le champ orné de rinceaux byzantins niellés, renfermait jadis cinq médaillons émaillés. Avec le temps, ils ont été complètement détruits à la suite d’une conservation négligée, et sont aujourd’hui remplacés par une peinture grossière; il ne reste plus que quatre médaillons de dimensions minimes (0,02 m. de diamètre) d’une technique admirable. En haut, sur l’un des médaillons apparaît la S“ Vierge Protectrice, les bras levés, vêtue d’un manteau pourpre foncé; le travail d’exécution en est charmant; l’inscription MP 0T est en émail rouge. Sur un autre nous voyons S1 Nicolas le Miraculeux, S’ Georges Martyr et S‘ Démétrius de Salonique : le premier fait le geste de la bénédiction grecque, il est vêtu d’un manteau bleu foncé et d’un omophorion blanc semé de croix; le second — un adolescent, vêtu d’un manteau couleur émeraude avec tablion, et d’un chiton bleu clair, une croix couleur émeraude à la, main; le troisième, S’ Démétrius de Salonique, est vêtu d un manteau rouge et d’un chiton blanc, il a l’aspect d’un adolescent aux cheveux bouclés et à la face ronde. La bordure de l’encadrement fait voir à l'intérieur l’inscription géorgienne : „Arbre vrai, force divine, accorde-moi ton aide et ta protection . u Le reste des mots a ete efface à dessein.

Mais la même inscription a été répétée mot pour mot avec les mêmes caractères d’écriture sur le revers de la susdite croix pectorale (fig. 67), seulement sa terminaison est la suivante : „à moi, le roi et le dédopali Thamar.“ C’est là indubitablement la reine Thamar, célèbre dans l’histoire de la Géorgie (1184- — 1212).

De toutes les reines de Géorgie c’est à elle seule qu’on a attribué, dans tous les monuments littéraires géorgiens, le titre masculin de roi , et l’inscription de notre croix prouve que de son vivant encore elle portait le titre de roi et se le donnait elle-même. L’ornementation de cette croix est entièrement byzantine. Elle a 0,07 m. de haut sur 0,04 m. de large, et se compose de quatre émeraudes en bas-relief du type habituel des Xme et XIme siècles. Cinq rubis sont fixés sur les bords et au centre.

Quatre perles forme poire disposées en croix, et deux flanquant la charnière qui réunit la croix à une petite perle fausse à jour destinée à un cordon ou une chaîne, complètent la forme. Le fragment de la Vraie Croix avait été placé dans l’intérieur de la croix, et reposait dans une petite cavité ménagée dans le reliquaire orné de figures de la Vierge Marie, de Jean Baptiste et de deux archanges. Toutes ces figures, tournées vers la croix, étaient autrefois en émail, mais détériorées à la suite d’une conservation négligée, elles ont été remplacées plus tard par des figures peintes.

On connaît bien moins les petits reliquaires servant à la conservation des ossements sacrés, bien que leur ancienneté et leur forme soient parfaitement établies et déterminées par le reliquaire de la cathédrale de Monza (du VIIIme ou du IXnie, mais non du VImo siècle), par le reliquaire de S1 Etienne dans le trésor de la cathédrale de Vienne (du VIH"10 siècle?), et encore plus sûrement par le reliquaire de Herford, contenant une parcelle des ossements de 8l Jean

Fig. 66. Staurothèque de la Vraie Croix au monastère de Khopi, en Mingrélie.

Fig. 67. Petite Croix d’un encadrement du monastère de Khopi, en Mingrélie.

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Baptiste. Cli. de Linas1* a démontré assez clairement sinon que ce curieux monument était très-ancien, du moins qu'il avait tous les caractères du style des débuts du VIH"" siècle. Ce savant dit avec raison qu’on y remarque à la fois des incrustations de verre et de l’émail liquéfié. Comme dessin et comme couleur c’est le dernier mot de l’art décoratif du Moyen-Age (Linas spécifie un peu trop en l’appelant bourguignon), qui tire son origine des Gotlis, c’est-à-dire de l’Asie Centrale.

On cite, de plus, comme monument très-ancien de l’émaillerie cloisonnée deux petites images et un médaillon du reliquaire de la cathédrale de Si on, 2 probablement un don de l’évêque Altheus, oncle de Charlemagne (f 790). 3> Le caractère artistique et l’exécution grossière de ces émaux semblent indiquer qu’ils datent de la même époque que le rétable de San Ambrogio de Milan; quant à la caisse elle-même, ce n’est pas un travail, pas plus qu’un autre reliquaire analogue, qui appartient au trésor de la cathédrale de Halberstadt. La cathédrale de Maestricht4) possède un reliquaire du XII“ siècle. On y voit un buste de Madone orante, les regards fixés sur le Sauveur qui trône dans les nuages, ce qui est une particularité intéressante au point de vue iconographique.51

Nous n’avons plus trouvé d’émaux byzantins sur les reliquaires en forme d’église ronde à coupole, connus sous le nom de sion: c’est d’autant plus regrettable que leurs imitations faites au XIIn" et au XIIIme siècle en Occident (au trésor de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle, au Ixensington Muséum, Collection Soltykovv), témoignent d’un art médiéval remarquable et sont depuis longtemps appréciées à leur juste valeur. Jadis des personnes pieuses de haut rang avaient l’habitude de porter sur la poitrine ou de suspendre après les saintes images des temples minuscules renfermant des fragments d’ossements sacrés. Nous n’en connaissons, pour le moment, que deux spécimens admirables: l’un sur les bannes de Riazan, à l’Arsenal de Moscou;6* l’autre sur la parure de cou, découverte en 1887, dans le couvent Zlatowerkho- Micliaïlowsky de KiewJ*

>) Emaillérie, métallurgie etc. Les Expositions rétrospectives de Bruxelles etc. en 1880. Paris, 1881, p. 107—122, planche.

!) Département de la Loire Inférieure, en France.

3) Lasteyrie, Histoire de V orfèvrerie, Paris, 1S75, p. 91.

4) Labarte, Histoire des arts industriels, IT, p. 102.

°) Publié par Linas. L’Art et l’Industrie d'autrefois dans les régions de la Meuse, p. 100.

°) Publié dans les Antiquités de l'Empire russe, chap. III, planches 33 — 37.

7) N’a pas encore été publié; appartient à l’Ermitage Impérial.

MONUMENTS d’ÉMAILLERIE BYZANTINE.

ien que ce ne soit peut-être pas le lieu ici, mentionnons dans ce chapitre l’étui du béton de l’apôtre S* Pierre, qui selon la tradition, aurait été envoyé par lui de Rome, de ce côté des Alpes et qui, de même que la châsse de la Vraie Croix décrite plus haut, appartient aujourd’hui au trésor de la cathédrale de Limbourg. C’est l’archevêque Egbert, dit encore la tradition, qui aurait fait don de cet étui à cette cathédrale. Ses émaux (les emblèmes des Evangélistes) renferment, suivant Aus’m Weert.h, les mêmes couleurs que le reliquaire de Limbourg, savoir : le vert, le bleu clair, le rouge, le jaune, la couleur chair et le blanc, dont le vert, le bleu et le rouge sont translucide; quant à la couleur chair, elle est relativement trouble; le noir qui manque est remplacé, pour les cheveux, par le rouge etc. Telle est la description donnée par Aus’m Weertli et malheureusement Labarte dite comme lui, bien que la statistique des couleurs d’émail sans la distinction des nuances, ne soit pas une garantie suffisante pour apprécier une pièce, pas plus que pour déterminer la date et l'origine des émaux. Au contraire, il suffit de jeter un coup d'œil sur les émaux de l’étui pour y reconnaître un monument de l'époque primitive semblable par le style, par le dessin et par la facture aux émaux du rétable de Milan. Quant à nous . nous n’hésitons pas à penser que cette pièce a dû être apportée d’Italie à Limbourg au Xme siècle déjà. Le dessin sur un fond d’émail bleu foncé et vert est très-grossier, même puérile; le cercle d’émail turquoise qui est au milieu repris dans sa moitié par de l’émail translucide couleur d’écaille — ce sont les cheveux; quelques traits constituent le visage. Il en est de même du costume fait, également d’émaux émeraude et grenat; la tunique en émail bleu clair translucide produit sur ce fond11 l'effet d’une tâche qui choque. Les vestiges de l’émail sur le pommeau de ce bâton, semblables aux émaux de l’étui, ne laissent subsister aucun doute sur ce point que cette pièce a été exécutée au Xme siècle.

’) Faisons remarquer ici que de Linas, en s’appuyant précisément sur cette pièce, prétend que le fond grenat vineux est une particularité propre aux émaux allemands. (Voyez Emaillerie, métallurgie etc., p. 98). Il est inutile de répéter que c’est là précisément un type d’émail byzantin.

L’étui

du bâton de l’apôtre St Pierre, à Limbourg.

Calices et patènes.

”, ' y e grand nombre de monuments parvenus jusqu'à nous, comme

' les nombreux témoignages écrits, confirment ce fait (d’ail-

”j| yp leurs très-compréhensible) que la décoration d’émail était ' également usitée à Byzance pour les calices, les patènes et autres ustensiles d’église. Mais il ne reste absolument

aucun ustensile de cette sorte qui date de la période comprise entre le VT"0 et le IX”"’ siècle, c’est-à-dire de l’époque où des travaux de ce genre pouvaient être exécutés avec beaucoup de goût; car, en s’appropriant à ce moment des modèles orientaux, Byzance produisait une série d’objets d’art industriel; nous en avons la preuve dans bien des travaux même de trèsmince importance conservés jusqu'à ce jour.

L’aiguière d’or, garnie d’émaux cloisonnés, appartenant au Trésor de l'abbaye de S‘ Maurice d’Agaune (Valais)” porte évidemment des traces du caractère oriental de ce genre d’ustensiles. La légende d’après laquelle ce vase aurait été donné à Charlemagne par un khalife est visiblement factice et ne saurait, par suite, être prise en sérieuse considération. Pour nous, ce monument n’est pas un travail byzantin, mais bien une copie faite en Occident (en Sicile ou à Venise) d’après un original byzantin. Quant à sa date, on ne peut l’attribuer ni au VIIme ni au A I JI""' siècle, mais plutôt au XI,ne et même au XII'"' siècle. Cette date est indiquée par l’ornementation de la bordure, par le caractère des filigranes et par les couleurs d’émail qui, dans leur bigarrure, manquent absolument d’harmonie; mais ce qui est un critérium encore plus certain, c’est cette sécheresse exagérée et barbare dans le dessin des animaux et des plantes qui caractérise l’art de l’Europe à cette époque du Moyen-Age. Sur une large zone d’émail de la panse du vase on voit deux griffons debout des deux côtés d’une rosette héraldique. Le fond d’émail vert, le maniérisme dans les figures d'animaux, une copie maladroite de formes archaïques, une ornementation surchargée de petits cercles, de losanges, de feuilles de lierre, de nœuds etc. suffisent pour donner à cette pièce l’empreinte de l’imitation. La zone d’émail de l’autre côté avec ses deux lions également debout près d’une sorte de palmier (arbre symbolique; est encore plus caractéristique. L’arbre des ouvrages byzantins

i Ed. Aubert, Trésor de T Abbaye de St Maurice tV Agamie, Paris, 1872, planches XIX, XX— XXII. Voyez l'abbé Martin, Mélanges d arcliéologie, III, p. 126. Comparez Fr. Bocli, Mittheiluvgen der k. k. Central-Commission, VVien, 1864, IX, p. 9, fig. 4.

qui est réellement symbolique, parcequ’il est plein de style, est remplacé ici par un mélange fantaisiste de végétaux (acanthes, lys, palmes etc.); les lions qui ont perdu leur vrai caractère d’archaïsme, ne sont qu’une caricature de l’antique.

Quoiqu il en soit, cette aiguière nous donne une idée approximative, tout au moins, du luxe de ces ustensiles dont parle Constantin Porphyrogénète.

A la même époque appartiennent aussi tous les calices byzantins dont la décoration est conforme à un type établi depuis longtemps. Dans ce nombre citons les coupes hémisphériques montées sur un petit pied de forme conique (orné parfois d’un nœud on d’un listel). Ces coupes sont en onyx ou en jaspe; elles sont ornées de cercles d’or en forme de couronnes, de pierres précieuses, de médaillons et de plaques d’émail.1' Plus tard la croix qui traverse la panse du vase se couvre aussi de cercles d’or; on y a scellé ensuite le pied d’or qui, de même que les médaillons de la base, est orné d’émaux. Ainsi donc ces ouvrages restent dans les limites de la description tracée par Théophile. Les plaques d’émail ne jouent ici qu’un rôle purement décoratif, de même les pierres précieuses, et il ne faut chercher dans toute cette décoration ni un thème religieux ni une composition vraiment artistique.2' Le type primitif est plus simple et plus artistique.

Quant au calices de travail grec avec émaux, nous ne connaissons, pour les avoir vus de nos yeux, que ceux du trésor de S' Marc; la plupart datent des Xme — XIT"'’ siècles. Sur la couronne ou la bordure supérieure ils sont ornés de la figure du Sauveur, de S1 Jean Baptiste, de la Vierge et des apôtres; sur le pied figurent les quatre évangélistes et sur la base des bustes de saints évêques avec des variantes. Le trésor en question possède en tout 32 calices byzantins, dont huit seulement ont leur parure byzantine parfaitement conservée. Les plus anciens

>) Poculum, bocal, à proprement parler une coupe. Sans en chercher trop loin le typemodèle, signalons celui qu’on rencontre parmi les antiquités barbares de l’Europe orientale. Des coupes analogues avec ornements d’or sur la couronne, trouvées sur les bords du Wolga, dans le gouvernement de Stavropol, sont conservées actuellement au Musée de l’Ermitage à St-Pétersbourg. Elles datent des IV me — I Xme siècles.

2) La même observation s’applique aux calices du Moyen-Age qui se trouvent en Occident. Voyez Ducange, Glossarium latinitatis au mot Smaltum : calix aureus cum patena aurea esmaillata esmaldis

aureis, Inv. de 1363. Cupa de cristallo - in pede tria esmaltula viridevia rotimda , Inv. de 1165. Dans

d’autres inventaires il est fait mention de nodulus esmaillatus, lozengia esmaillata, verula esmaillata etc. Tout cela se composait, de plaques byzantines recueillies de différents côtés, fabriquées en gros dans les ateliers de Byzance et répandues sur ses marchés et ceux de l’Occident.

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ouvrages1’ sont ceux dont les émaux sont faits sur des plaques carrées ou rectangulaires et forment une sorte de couronne, comme les cercles des couronnes impériales ou votives ; les plus récents ont dans le haut des médaillons d’émail, semblables à des pierres serties et encadrées de perles; les cercles mêmes sont rehaussés de pierres précieuses de différentes couleurs.

Il y a cependant des exceptions à cette règle.2 3’ C’est ainsi que de beaux émaux qui par leur facture rappellent ceux du Xme siècle, ornent un grand calice de sardonyx (largeur 0,18) ;3) ils représentent quinze bustes, dont le Sauveur, S1 Jean Baptiste, la Vierge, S1 Pierre et S1 Paul, les évangélistes, quatre saints évêques etc. Ce calice, avec ses perles pendantes et ses images de saints, se distingue par une grande simplicité. D’après l’inscription (fidèlement reproduite par Pasini, p. 57) ce calice aurait été commandé par l’empereur Romain, et comme ces émaux se rapprochent plutôt du type du XIme que de celui du X,ne siècle, il s’agit peut-être de Romain Diogène qui monta sur le trône en 1068.

Le même trésor renferme un autre type de calice qui semble avoir prédominé dans la seconde moitié du XI",e et au XUme siècle.4’ Sa monture est assez compliquée, et sa décoration — bigarrée. Huit médaillons dans la couronne représentent le Sauveur entre deux archanges, S1 Pierre, Sf Paul et la Vierge du type des Blaquernes ; sur les cercles croisés, des plaques rondes avec les évangélistes, et sur le pied, l’apôtre S1 Thomas, le prophète Daniel, S1 Serge et S1 Nicolas le Miraculeux, sans aucun doute un assemblage de pur hasard. Des plaques en losange bordées de feuilles de lierre remplissent les intervalles entre les petites images.

En nous plaçant au point de vue iconographique, voici les deux calices qu’il faut examiner : l’un, orné d’une image du Sauveur Pantocrator (avec inscription) à l’intérieur, présente, aux points de croisement, les figures des SS. Démétrius, Procope, Théodore et Akindinus; sur la base quatre saints

*) Naturellement ces distinctions ne s’appliquent qu’à la monture et nullement aux vases d’onyx,

de sardonyx etc. qui remontent à une haute antiquité et qui ont pu être décorés d’émaux dans la suite. Inversement des vases neufs pouvaient être ornés d’émaux anciens qui avaient servi pour d’autres vases ou pour d’autres objets en général.

3) Les antiquités du trésor de St Marc sont exposées d’une manière très-incommode pour les visiteurs, si bien qu’il est fort difficile de les examiner de près. Comme elles ne sont même pas numérotées, nous sommes bien forcé de nous en rapporter aux planches de l’ouvrage d’Ongania : Tesoro di S. Marco. Les inscriptions, les dimensions, la matière dont les coupes sont faites sont indiquées avec beaucoup d’exactitude dans le texte de Pasini.

3) Tesoro di S. Marco , tav. L, fig. 118.

*) Ibid., tav. XXXVIII A, XXXVIII, 72.

évêques, et sur le couronnement l’inscription suivante en émail bleu clair : Triexe il aùxoû TràvTtç- toûtô hoû êffTi tô aî|jà etc.11 Le second calice offre sur la couronne une belle frise d’émail (peut-être du XIme siècle)21 et plusieurs bustes rangés deux par deux, notamment ceux du Christ, de la Vierge, des archanges, des apôtres, des saints évêques, des anachorètes etc. Sur la bordure de la base l'on voit S* Georges et S‘ Démétrius, S1 Eugène, S‘ Agathonicus, S* Christophore, S‘ Oreste etc. L’inscription paraît mentionner le même empereur Romain. Enfin sur certains calices il ne reste plus qu’un petit nombre de médaillons.31

Nous attachons peu d’importance à une patène41 plus récente en jaspe clair, ornée de l’image du Christ en émail, avec l’inscription Xc$ete etc. Nous n'attribuerons pas non plus une bien grande valeur à cette sorte de disque ou plat dit persan 61 qui, dit-on, serait fait d’une seule turquoise (17 centimètres de diamètre), mais qui en réalité se compose d’un simple verre bleu turquoise. Sa partie inférieure est garnie d’argent doré, et la supérieure — de filigranes, de quelques pierres précieuses et de plaques d’émail grossier de 1 Occident, du XI I""‘ ou du XIIIn'e siècle. Ce dernier fait, pour quiconque a constaté une facture analogue sur do nombreux ouvrages occidentaux de la même époque, est une réfutation de la version d’après laquelle ce plat serait un don d’un Khan persan, en l’année 1472; par conséquent il faut se mettre en garde contre les déclamations qui vantent la beauté, l’originalité et la richesse de cette pièce.

La Bibliothèque Nationale de Paris possède une coupe en beau sardonyx avec une garniture du Moyen-Age : elle est ornée de filigranes (XI1'"' et XII™ siècles) et de fort petites plaques d’émail. Le tout (si l’on en juge par les petites marguerites blanches sur fond bleu foncé ou vert) n’est plus un travail grec, mais occidental. Cette coupe avait appartenu jadis au trésor de l’abbé Suger et paraît être de son temps.

Quant au calice de S1 Remi de Reims, avec une inscription du XIII"’8 siècle, appartenant au trésor de la cathédrale de cette ville, Labarte le considère, à cause de ses ornements et de ses plaques d’émail, comme un

') Tesoro di S. Marco , tav. XXXV. 61.

2) Ibid., tav. XLI, 83.

3) Ibid., tav. XLY, 96, 98; XLIII, 90. D’autres pourvus seulement d’une inscription d’émail: XXXVII, 69; XLII, <34.

4) Ibid., tav. XLV1II, 106.

8) Ibid., tav. XLVIII, 105. Pour les détails en faveur de l’origine orientale de cette coupe voyez Pasini, loco citato, p. 94 — 98.

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travail sicilien clu XIme ou du XHrae siècle. Les émaux remplacent ici les pierres précieuses; toutefois ces feuillages, ces petites croix et ces rosettes ressemblent complètement à la décoration des coupes.

En terminant nous devons faire observer, pour notre justification, que, si nous avons examiné très-sommairement les objets qui précédent, c'est qu’ils n’ont de byzantin que leur décoration d’émail. Par conséquent, bien que ce soient des choses rares, précieuses, parfois même très-importantes au point de vue de l’histoire locale, elles n’ont pour nous qu’une importance relative.

es couronnes impériales, royales et ducales du Moyen-Age, ainsi que les couronnes votives, que les princes offraient aux églises après leur couronnement et qui constituaient une catégorie spéciale de mobilier décoratif des temples, offrent un grand intérêt au point de vue de l’histoire de l’émaillerie. Toutefois l'histoire peut en tirer bien plus de profit que l’art. Pour quiconque observe les choses superficiellement, il semble que leur destination même impose à ces couronnes et diadèmes un caractère éminemment artistique. Or c’est tout le contraire qui a lieu en réalité. Le hasard a fait souvent que là où l’on s’attendrait à voir des objets d art, il n y a que des objets industriels. Ce fait prouve une fois de plus que si l’art progresse, ce n’est pas grâce aux encouragements de la Cour et des ateliers impériaux. D’un autre côté l’intérêt historique des questions qui se rattachent à ces monuments se trouve diminué par l'obscurité qui s’est accumulée pendant des siècles et que les efforts des archéologues seuls 11e suffisent pas à dissiper. Quelquefois d’ailleurs l’obscurité avait été créée à dessein. On ne serait guère avancé si l’on s’en rapportait purement et simplement aux remarques nombreuses des chroniqueurs ou bien aux publications de luxe faites aux frais de l'Etat et qui nous donnent de belles reproductions de joyaux de la Couronne; il ne faudrait pas non plus s’appuyer sur ce que ces antiquités conservées dans les musees publics sont en parfait état de conseï vation. En Occident certains naïfs ont confondu trop souvent, quelquefois de bon gré, la tradition avec les données historiques; de plus tous les chroniqueurs du Moyen-Age ont tendance à parer d’une auréole légendaire les plus anciennes périodes de l’histoire; enfin les joyaux de Cour ont été soumis à de nombreuses restaurations parfois systématiques, appropriées au goût du temps

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