INTRODUCTION TECHNIQUE A L’HISTOIRE DES ÉMAUX CLOISONNÉS
Li Egypte, l’Assyrie et la Phénicie. — Les Grecs. — L’émail chez les Occidentaux à l’époque romaine. — Les émaux gaulois, rhénans et anglo-saxons. — Emaux trouvés en Suède et en Russie. — L’émail dans les antiquités hongroises. — Les émaux du Caucase. — Origine persane et asiatique des émaux européens du Moyen-Age. — Premiers émaux byzantins ; prédominance des émaux translucides. — Procédés techniques en usage à Byzance.
ius le nom d’émail11 on est convenu de désigner presque exclusivement une matière vitreuse fondue sur métal; aussi, dans une histoire de l’émaillerie, ne faut-il envisager que les ouvrages sur métal. Mais ce nom, pris dans cette acception plus étroite, n’est devenu usuel qu’au Moyen-Age, en Occident; on prétend qu’il apparaît pour la première fois dans les manuscrits du IX1"* siècle environ. Par conséquent la distinction des émaux sur lame métallique ne peut être juste au point de vue historique qu’à partir de cette époque et il n’est pas absolument nécessaire de rechercher si cette branche d’art existait aux époques antérieures.
*) Smaltum (IXme siècle), esmalctum (inventaires et chroniques du XlVme siècle), émail d’où esmaillus, esmaldus (dans les inventaires du XlVme siècle) et les dérivés: opus smaltitum, esinaillatus, esmaltulum qui ne proviennent pas de l’hébrèu haschvial ( V électron grec), mais de smelzan (haut-allemand ancien). Smaltum indique et l’émail lui-même, comme le prouvent les expressions: tabula de smalto , canthara cum smalto, et la feuille métallique émaillée (médaillon), en général les objets qui se vendaient séparément et servaient de parures en Occident, dès le IXme siècle, au même titre que les pierres précieuses. C’est un fait confirmé par diverses expressions, comme par exemple: super altare autem S. Benedicti argenteum ciborium statuit illudque auro simul et smaliis exornans ..., crucem etiam pulcherrimam cum gemmis et smaltis ad procedendum . . . fecit, tabulant in altaris fade cum gemmis et smaltis speciosis parari mandavit etc. Léo Ostiensis, Chronicon sacri monasterii Cassinensis, Lutetiæ Parisiorum, 1668, III, cap. 33. Du Cange, Glossarium ad scriptores mediœ et infimes latinitatis, Paris 1678, an mot Smaltum.
D’après la définition de Labarte,1* les émaux incrustés constituent une catégorie spéciale parmi les produits émaillés sur métal. Le métal y représente les contours du dessin, parfois le dessin tout entier, tandis que l’émail ne fait qu’ajouter quelques tons particuliers au dessin ou bien en forme simplement le fond. Dans cette définition se trouvent notés les traits caractéristiques les plus importants des émaux anciens; mais la généralisation même de ces traits entraîne une manière nouvelle de comprendre l’incrustation. Or les ouvrages les plus typiques de ce genre, tels que, par exemple, l'image byzantine émaillée et la fibule gauloise rappellent à peine ce dernier procédé: dans l’une le rôle du métal est réduit à des cordons flexibles, dans l'autre on ne voit souvent que la bordure métallique extérieure, pendant que tout l'intérieur est couvert d’un émail polychrome.
La conception technique de l’incrustation fut empruntée à cette couverte spéciale grossièrement coloriée et fixée sur métal qui était usitée dans l’ancienne Egypte, en Assyrie et chez les barbares. Mais cette conception ne s’accorde guère avec l’émail qui ne perd jamais son caractère de „pâte continue44; elle se répandit ensuite dans toute l'antiquité, ainsi qu’au Moyen-Age jusqu'au XTTT,ne siècle inclusivement. L'expression conventionelle „ d’émaux incrustés44 une fois adoptée, on en arriva à cette fausse conclusion que les émaux n’avaient fait que remplacer les incrustations de pierreries. Grâce à cette confusion arbitraire, l’émail n’était plus qu'une imitation ou plutôt une contrefaçon de pierres précieuses, obtenue au moyen du verre. L’examen même des monuments anciens ne put dissiper une erreur si bien enracinée et ne fit que multiplier les malentendus.
Les émaux incrustés furent par conséquent divisés en deux catégories principales: les émaux cloisonnés et les émaux champlevés.2) Cette division générale qui ne tient compte que du procédé, qui prédomine pendant une certaine période, est la seule qui ait subsisté jusqu’à présent dans l'histoire de l’émaillerie. Elle distingue dans tout le domaine de l’émaillerie deux types absolument différents l’un de l’autre en théorie et qui n’existent point dans la réalité; car les émaux cloisonnés présentent toute une série de faits et chacun d’eux, à son tour, comprend diverses phases de l’histoire de l’émaillerie.
*) Labarte, Recherches sur la peinture en émail dans l’antiquité et au Moyen-Age , Paris, 1856, p. 1 — 3. Du même: Histoire des arts industriels au Moyen-Age et il l’époque de la Renaissance, Paris, 1804—1865, III, p. 377-380.
■-) L’expression française émaux cloisonnés est plus juste que le Zéllenemail ou le Zéllenschmelz allemand, qui sont des termes conventionnels. Le nom d’émaux champlevés, remplaçant celui d’émaux en taille d'épargne du Moyen-Age, s’applique plutôt aux émaux barbares de l’époque romaine.
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