HISTOIRE D E
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Fig. 69. Bracelet de Kazan.
complètement détruite.1' Une solde d’entaille qui termine les traits de ciselure rappelle beaucoup cette facture barbare que l’on rencontre depuis le Vme jusqu’au VIIme siècle dans toute la Russie Méridionale, sur les bords du Danube, en Hongrie, comme aussi dans l’Italie du Nord. Les pierres fines sont serties dans de simples alvéoles ou chatons bien polis, tout entourés
de branches de palmier ciselées ou d’ornements pareils à ceux du reliquaire d’Herford. Dans les intervalles ou plutôt sur le fond entre les rosettes on voit (comme autant d’émaux de plique) de petites plaques aux bords saillants et repliés, toutes couvertes d’émail. Ces plaques sont fixées au cercle au moyen de crochets spéciaux.2* Le dessin de cet émail correspond aux rosettes qui ont des ramifications de perles (émail blanc) ou de lierre (émail bleu clair). Le fond est vert émeraude translucide. Les bandelettes très-épaisses représentent des feuilles, pousses et bourgeons, et se terminent par des points d’or, comme sur le Paliotto de Milan. Toute la facture, le type général et l’extrême simplicité de ces émaux indiquent qu'ils sont du IXme ou bien du commencement. du X"'e siècle. L’émail blanc sur fond émeraude se distingue par un ton assez criard. Il n’y a. d’émail bleu cendré que sur les baies; partout ailleurs on ne voit que l’émail brun pourpre ou écaille, toujours transparent. La Couronne de fer lombarde n’a rien de commun avec les couronnes impériales, royales ou ducales; les petits trous percés de distance en distance au bord du bandeau prouvent d’ailleurs d’une manière irréfutable que nous sommes en présence d’une couronne, votive qui fut ornée d’émaux au IXme siècle, à l’occasion de quelque sainte relique contenue dans son intérieur. Il n’y a du reste aucune raison pour mettre en doute cette croyance très-ancienne que le cercle de
O Voyez : Charles Diehl, Ravenne, Paris, 1886, p. 79. Voyez ibidem les rosettes sur le siège de l’évêque Maximien, du Vlme siècle (p. 15).
II y avait peut-être en dessous des dessins ciselés et ces petites plaques appartiennent peutêtre au IXme siècle, tandis que le cercle lui-même, beaucoup plus ancien, n’avait primitivement aucune décoration d’émail.
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Fig. 70. Bracelet de Kazan.
MONUMENTS p’ÊMAILLEBIE BYZANTINE.
fer intérieur avait un sens sacré; cependant il est hors de doute que dans le principe ce cercle avait été uniquement destiné à consolider et à maintenir les plaques mobiles du bandeau d’or.
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'a, couronne hongroise, dite de S' Etienne (fig. 71 1 est, au contraire, réellement une couronne, et d’origine purement byzantine, mais, comme nous allons le montrer plus loin, c’est une couronne de patricien, c’est-à-dire, ducale et non pas une couronne royale. Comme forme elle ne correspond qu’à la première charge de la cour de Byzance; elle n’a donc pas fait partie de grands joyaux proprement dits; en d’autres termes, ce n’est point un stemma, mais bien un stéphanos ou une couronne de césar. Voici les faits qui confirment cette opinion.
D’abord le bandeau frontal de la couronne (0,02 m. de hauteur) se compose de huit plaques émaillées et ornées de saphirs; il porte en outre en haut douze petits écussons frontaux, entre lesquels de petits arcs alternent avec des triangles; ce sont là les traits caractéristiques d’une corona radiât a; or (R.eiske l’a démontré) on ne décorait de rayons, à Byzance, que les couronnes du type de stéphanos.2*
En second lieu, les deux arcs croisés qui surmontent le bandeau, xapâpai ou arcus, n’appartenaient point, comme le suppose Bock, à cette couronne, mais ont été ajoutés plus tard, au hasard. De plus, à l’entrecroisement des deux arcs est fixée négligemment la croix latine qui vient aboutir précisément au milieu de l’image émaillée du Sauveur. Ce dernier se trouve donc transpercé et 1 émail de 1a. partie supérieure est presque entièrement détruit. Bock fait observer (et il rend très-exactement ce détail dans sa reproduction) que la croix ainsi consolidée ne tient pas et tombe de côté ; cette circonstance a
■) Il en existe une excellente copie dans l'ouvrage cité plus haut de Bock (planche XVI, fig. 23, p. 79). Dans ces derniers années (en 1881) il en a été fait, sur l’initiative du (Reichstag de Hongrie, une reproduction chromolithographique qui n’est pas très-réussie. Depuis on ne peut voir cette couronne sans une autorisation spéciale du Parlement.
2) La raison en est sans doute que le stéphanos a une très-grande analogie avec les anciens diadèmes métalliques proprement dits. Les petits écussons de la couronne de St Etienne sont remplis d émail vert évidemment pour figurer les feuilles d’une guirlande, comme les ravons de lis sur les couronnes ultérieures. An contraire le cercle du stemma imite toujours un bandeau rehaussé de perles, de pierres fines ou de plaques d’émail.
Couronne
hongroise.
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l) Labarte, Histoire tien arts industriels, II, p. 95.
1 ! Nous empruntons toutes ces observations techniques à l’ouvrage de Bock, qui est une source excellente au point de vue de l’exactitude habituelle de l’auteur.
a) Bock reconnaît la technique latine dans la coloration rougeâtre de l’or, mais il serait plus juste de distinguer le degré d’alliage de l’or dans les émaux d'après les époques : nous avons déjà signalé l’apparition de l’or blanc dès la deuxième moitié du XIme siècle et sa prédominance aux époques ultérieures.
et Damien. Les portraits offrent un intérêt particulier. L’empereur Michel Ducas est vêtu d'un manteau et d’une tunique loronée; son co-régent Constantin n’a qu’une tunique à grandes épaulières de sébastocrator ; le roi de Hongrie (ttiOtôç KpàXriç ToüpKiç) a un himation et une tunique lonorée, c est-4-dire un costume ducal, comme S1 2 George et S‘ Démétrius (Boris et Gleb russes). La couronne dont est ceint Michel Ducas a la forme d’un stemma à calotte rouge; celle de son fils a une calotte verte; le roi (kral) porte un stéphanos sans calotte; la première seule a des pendeloques impériales (KcmxoeiOTa).11
Des traits plus récents sont faciles 4 distinguer dans les figures du Christ et des apôtres sur les plaques émaillées des arceaux : la chevelure du Christ est d’un marron clair, comme dans les mosaïques de la Sicile et de l’Italie Méridionale en général. Le Christ est vêtu d’un himation vert; l’apôtre S1 Jacques a les cheveux rouges, ceux de S1 André sont brun marron (dans le type byzantin ils sont gris). Les émaux le plus employés sont le blanc et le chrome; partout une certaine bigarrure et des inscriptions latines en lettres blanches. A notre avis, la partie supérieure de cette couronne a pu servir à l’origine d’étoile d’autel qu’on mettait sur les patènes; on no l'ajouta que plus tard à la couronne défigurée avec intention.
En terminant nous ne pouvons nous empêcher d’exprimer le désir de voir ce monument intéressant mis 4 la portée de ceux qui voudraient l’étudier, comme toutes les autres couronnes; car indépendamment de l’intérêt historique qui s’y attache, il est précieux pour les archéologues et pour les artistes, en raison de ses petits écussons d’émail où l’on devine un vert d’émeraude translucide. Ceci est un second exemple de l’application de cette belle couleur d’espérance à la décoration des couronnes du Moyen-Age.
Couronne de Constantin Monomaque.
1) Nous suivons dans toute notre description la chromolithographie de Didot (édition officielle de 1881).
2i Cette couronne a été trouvée, en 1861, en Hongrie, dans la localité dite Nyitra-Ivanka. Elle se compose de six plaques disjointes et d’un médaillon d’émail. On l’a payée 300 florins. On a trouvé
Musée national cle Pesth possède un monument remarquable de l’émaillerie byzantine : c’est la couronne dite de Constantin Monomaque, 2) qui n’est évidemment que le fragment d’une couronne ; en effet, les six rangs d’arceaux fixés à. présent au bandeau métallique au moyen de charnières
MONUMENTS ü’ÉMAILLERIE BYZANTINE.
ne constituent point une couronne entière : il manque tout au moins encore deux plaques. Elle n’a pu appartenir à Constantin Monomaque pour cette simple raison qu’elle porte le portrait de cet empereur. Il est beaucoup plus probable que ce souverain l’avait donnée à l’un de ses hauts fonctionnaires, à un sébastocrator ou bien à un césar; il se peut aussi qu’elle n’ait été qu’une couronne votive.1’ Cette dernière hypothèse est confirmée par la nature des sujets représentés. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons en aucun cas considérer cette couronne comme un stemma impérial, pas plus que la couronne dite de Charlemagne. La différence essentielle entre ces deux couronnes, c’est que celle de Constantin Monomaque n’est pas partout de la même hauteur : la partie où est le portrait de l’empereur a 17 centimètres, celle des deux impératrices 12, celle des danseuses 10, et enfin celle des „Vertus“ 8Va. Elle est donc très-haute sur le front et plus basse sur les côtés. Pour une toute autre circonstance, cette disposition ne serait pas à sa place, et c’est ce qui donne à cette pièce l’apparence d’une véritable couronne. Suivant Fr. Bock, ce serait un stemma impérial; il croit que le portrait d’émail de l’apôtre S‘ André (voyez fig. 59), qui provient d’une croix quelconque et qui ne s’est trouvé dans le trésor que par hasard, n’est qu’une pendeloque (monilia, pendilla, les Kaiaaciarü ou TipcTievboùXia grecs). Il en tire cette conclusion que cette couronne avait été fabriquée à Byzance pour le roi de Hongrie André Ier. Mais c’est là une hypothèse tout à fait invraisemblable ; il est en effet inutile de démontrer que les couronnes ne pouvaient jamais avoir de pendeloques semblables en forme de médaillon.
Mais, cette considération mise de côté, la couronne qui nous occupe est forte intéressante tant au point de vue technique qu’artistique : on ne peut d’ailleurs s’en rendre compte qu’en examinant l’original, car les reproductions qu’on en a faites sont peu satisfaisantes. Les alvéoles avec
dans le même endroit, en 1871, une petite image sainte et lu chaton d’or d’une pierre fine, ce qui permet de supposer qu’on y avait enfoui un trésor. Ces deux derniers objets ont été payés 200 florins. L’espoir que d’autres objets précieux seraient mis au jour ne s’est pas réalisé jusqu’à présent. Cette couronne a été publiée successivement : par l’Académie des sciences de Pesth, en 1861, dans le Kepatlasz az archœologiai Kdzleményelc, II, p. 67 — 78, pl. I, II, chromolith. ; puis par Fr. Bock dans les Mittheilungen der k. Je. Central-Commission, XII, 1867, p. 85 — 86, et dans son œuvre : Kleinodien des heiligen Rdmischen Jleiches Deutscher Nation. De Linas en a donné aussi une description dans son Histoire du travail h V Exposition Universelle de 1867, Paris, 1868, p. 121 — 126.
J) Nous ne serions pas éloigné de croire que ces différentes portions n’étaient pas primitivement destinées à une couronne, mais bien à un ornement d’épaules (maniaque, barmes).
la couche d’émail n’ont pas plus d’un millimètre d’épaisseur, I} la surface est, comme dans les meilleurs émaux, légèrement bombée à dessein. Dans l’or de la surface il y a un peu d’argent; il est d’un ton mat excellent; quant aux couleurs, le séjour sous terre, en les brunissant, leur a donné une fort belle patine. Il est à remarquer d’ailleurs que l’artiste s’est efforcé de mettre ces couleurs en harmonie avec le fond bleu de ciel et or : de là le ton bleuâtre des blancs et le ton pâle du jaune, chrome.
Les sujets, les types et les accessoires des tableaux d’émail de cette couronne méritent une description détaillée. L’empereur (fig. 72) est debout sur un coussin comme on en mettait sous les pieds de l’autocrate byzantin dans les circonstances solennelles. Il tient de la main droite un labarum, de la main gauche un rouleau et maintient un loron orné de pierres fines qui, selon l’usage, descend sur cette main. La tête est entourée d’un nimbe vert émeraude bordé d’un cercle rouge; la couronne se compose de plaques et de colonnettes qui, terminées par des perles, servent de charnières. Les plaques sont rehaussées de jacinthes et d’émeraudes; le jaune de chrome imite l’or de la couronne. Le visage, qui est évidemment un portrait, est d’un type purement arménien. Dans la chevelure d’un brun marron on distingue un cordon de perles retombant de la couronne sur les tempes. La poitrine est ornée d’une riche épaulière en or martelé, garnie d'une doublure rouge framboise. Le chiton bleu de ciel est parsemé de feuilles de lierre et broché d’or (hederatum). L’empereur est chaussé de petites bottes rouges également parsemées de feuilles de lierre bleu clair; le coussin est en soie verte. Le labarum, avec un sceptre rouge, est rehaussé d’émeraudes. L’inscription enfin est bleu de ciel. La figure se présente sur un fond bleu de ciel parsemé de divers rinceaux et feuillages (pampres) volubiles etc. Ces volutes s’étagent des deux côtés de la figure en deux colonnes : à l’intérieur ce sont des fleurettes couleur turquoise, çà et là l’on aperçoit de petits oiseaux aux nuances les plus variées; ils ont le corps turquoise, les ailes d’un bleu clair,
Fig. 72. Couronne de Constantin Monoraaque.
L’empereur.
l) Au fond des alvéoles on peut reconnaître, mais en partie seulement, les contours des figures ils sont faits au pointillé et s’écartent souvent des dessins d’émail.
MONUMENTS ü’ ÉMAIL LERIE BYZANTINE.
Fig.