L:Humilité, ibidem
'7. La Justice, ibidem.
ment des rubans destinés à maintenir les longues robes quand elles étaient retroussées. r)
Le fond tout autour des figures est garni de rinceaux et de feuillages avec des petits oiseaux sur les branches. La figure de l'une des danseuses est placée dans l’intérieur d’un arceau que forme un lierre grimpant. Ce petit détail, tellement fréquent dans les miniatures qu’on n’y attache plus aucune importance, a, suivant nous, une signification réelle et peut servir de guide quand on cherche le sens de ce sujet solennel. Des sujets de ce genre auraient dû se distinguer à Byzance avant tout par un certain réalisme, mais les artistes, confinés dans les limites de iirocluction industrielle, n’étaient pas à même de représenter une scène véritablement réaliste. C'est ce qui explique la fusion du réalisme avec la convention, fusion qui ne permet pas souvent de distinguer les traits essentiels et historiques. Au point de vue du byzantinisme il est important que pas un des historiens n'a cherché à savoir quel sens pourraient bien avoir des danseuses touillant en cercle avec des écharpes multicolores, au milieu de la cour impériale. Pour élucider cette question il 11e suffît pas de se reporter aux chambres funéraires de l’antiquité, dans lesquelles les danseuses personnifiaient la joie des banquets terrestres qui étaient transportés dans l’autre monde; il ne suffit pas non plus de leur assigner un sens allégorique : ce sont des matériaux qu’il est difficile d’utiliser pour l’histoire de l’art du XIme siècle en général et pour notre couronne en particulier. 2)
Constantin nous apprend, dans son ouvrage que, pendant les cérémonies du jour de naissance, du jour de mariage et du jour de couronnement de l’empereur la cour de Byzance organisait des processions solennelles, où toute la ville se paraît de tapis, de brocarts, d’arcs de triomphe etc. Les rues, couvertes de nattes, étaient jonchées de fleurs odoriférantes; des lierres et des rhododendrons grimpaient après les arcs de triomphe. Le soir avait
>) Il faut noter ici un point important au point de vue technique. A l'extérieur de l’alvéole on voit (outre les contours pointillés ordinaires qui correspondent au dessin d’émail et qui le guident peutêtre), de petites entailles sur le hord et dans quelques autres endroits. Ces entailles avaient sans doute pour objet de mieux consolider la mince couche d’émail.
3) De Linas, Origines de l’Orfèvrerie cloisonnée , II. p. 302, note. Voyez plutôt les deux danseuses (ôpxqtfiç, d’après l’inscription) dans la miniature du manuscrit de Cosmas Indikopleustès au Vatican, représentant le chœur de danse du roi David (Labarte, Histoire des arts industriels , pl. 79). Comparez le type oriental de ces danseuses sur la coupe d’argent de la collection du comte Stroganow (Kôhler, Gesammelte Schriften, herausgegeben von L. Stephani, St Petersburg, VI, 1853, p. 47—49, pl. 7). L’une des deux figures tient une écharpe semblable au-dessus de la tête; les deux sont Mûrement d’un type indien. Comparez aussi les miniatures des psautiers, illustration du psaume 108: „louez le Seigneur11.
lieu, au palais, un banquet et un bal de cour exceptionnel (adEipov), auquel assistaient le sénat et tous les hauts fonctionnaires de la cour, sans leurs femmes, selon l’usage oriental.1* C’est précisément ce moment que représente la couronne de Constantin, où la réalité est si bien unie à la convention, conformément aux habitudes de l’art byzantin.2* Envisagée à ce point de vue, cette couronne doit forcément dater de l’avènement au trône de l’empereur, c’est-à-dire de l’année 1042.
tradition seule, on le sait, nous apprend que tous les joyaux de Charlemagne proviennent de son tombeau qui est dans la crypte de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle et qu ils n ont été mis au jour que lorsque Frédéric Barberousse se fut emparé de tous les trésors de cette crypte.3* Une seule chose est certaine, c’est que la couronne dite de Charlemagne faisait partie des joyaux réunis au XVIIme siècle à Nuremberg pour, de là, être transportée dans le trésor des empereurs romains de la maison des Habsbourg. Labarte croit qu’elle est du Xme ou du commencement du XIme siècle. Fr. Bock l’attribue à la fin du XI"10 ou du commencement du XHme siècle, et il est dans le vrai : pour lui cette couronne est l’œuvre d’artistes arabes-byzantins établis en Sicile, qui exécutaient des insignes et des joyaux de ce genre, sur commande, pour des rois d’Occident.4 ** L’opinion de l’érudit allemand concorde parfaitement avec tous les détails de style et de technique de la couronne
>) Constantin décrit le adtipov de la fête annuelle du couronnement dans le livre I, chapitre 65 et le livre II, chapitre 35 de son ouvrage : De cœrimoniis aulœ byzantines. Il consistait en danses et en rondes auxquelles prenaient part les domestikoi de la cour, les dimarques et en général les principaux fonctionnaires. La ronde se déroulait autour de la table impériale (p. 294) en deux cercles, celui des Yénètes et celui des Prasines, auxquels venaient se joindre les deux dèmes, le Rouge et le Blanc. L hiver avait lieu un bal plus petit auquel n’assistait que le personnel des appartements privés de l’empereur (I, chapitre 66, p. 301). Ces danses étaient des pyrrhiques, c’est-à-dire qu’elles avaient un caractère guerrier; nous en avons la preuve dans ce fait que même le conducteur de chars vainqueur parcourt le cirque en dansant dans une ronde adooei narà tôv tùttov rj-roi X°P6Ùei (I, chapitre 69, p. 329).
2) Sur le cérémonial du couronnement, sur la salutation du sénat, de la cour, des dèmes etc. voyez Constantin Porphyrogénète, De cœrimoniis aulœ byzantinœ, livre I, chapitre 38—41; sur les couronnements historiques, ibid., chapitre 91 — 97.
3) Le trésor d’Aix-la-Chapelle, dans son état actuel, n’est pas comparable à celui de Monza. Nous sommes donc ici en présence d’une tradition qui ne s’est pas formée dans le cours des siècles, mais qu’on a créée artificiellement et propagée à un moment donné.
4) Voyez l’article de Fr. Bock dans les Mitlheilungen der k. k. Central-Commission, 1857, II, p. 89,
et dans son ouvrage : Die Kleinodien des heiligen romischen Reiehes deutscher Nation, p. 12, planche I.
Couronne de Charlemagne.
de Charlemagne; elle est conforme au caractère général des joyaux se rattachant au nom de cet empereur. Nous ne pouvons donc nous empêcher de l’adopter, sauf certaines réserves très-légères et de la corroborer par une analyse plus complète encore.
Fr. Bock distingue dans cette couronne deux parties différentes au point de vue de la facture et appartenant, par suite, à des époques différentes. La partie la plus ancienne est le cercle ou le bandeau formé de huit petits écussons arrondis à la partie supérieure, en guise d’arceaux; la partie la plus récente est l’arc (arcus cornua) surmontant le cercle : il part du front et se dirige vers la nuque; par suite, il maintient le cercle. Sur cet arc on aperçoit une inscription aussi ancienne que le cercle lui-même; elle nous apprend que cette couronne a été exécutée par ordre de l'empereur Conrad IV (f 1254). Elle est une imitation de l’arc croisé, en forme d’étoile, qui à Byzance était orné d’une croix. Mais, sensiblement modifiée dans ses détails, cette imitation d’un original ancien a perdu ici tout sens : l’arceau était exclusivement destiné à porter la croix, mais ici la croix a été fixée au-dessus de lune des plaques; mais celle-ci a été choisie malheureusement parmi les plaques intermédiaires ornées uniquement de pierres fines, en sorte que l’image d’émail du Sauveur s’est trouvée placée sur le côté. Les plaques d’émail dans la couronne de Charlemagne ne sont qu’au nombre de quatre; toutes les autres sont ornées de pierres fines et de perles, et datent sans aucun doute de la seconde moitié du XI"10 ou du commencement du XIIme siècle. En dehors du réseau métallique qui produit des dessins byzantins fort simples et recouvre le fond des plaques, il y a encore là des motifs décoratifs, des rinceaux, exécutés en filigrane : ce sont des fils formés de grains d’or et encadrant la sertissure arquée des pierres fines, comme ceux que nous avons constatés sur la croix de Lotliaire et sur les bannes de Biazan. Il y a là même de grosses perles serties de la même façon, comme nous l’avons trouvé sur la reliure de Henri II. Ces ouvertures pratiquées sous les pierres fines, afin de permettre à la lumière de pénétrer par en dessous à travers les saphirs, les émeraudes, les améthystes et les rubis sont de fort mauvais goût; il nous est donc impossible d’y voir un travail byzantin : c’est certainement un ouvrage occidental du XIm0 ou du XII",e siècle.
La technique des émaux dénote également une imitation lourde de travaux d’Orient, exécutée peut-être par des maîtres grecs de la Sicile. L’émail est de mauvaise qualité, foncé et trouble, il s’est déjà, désagrégé à la surface, bien que cette couronne n’ait jamais séjourné sous terre; les
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émaux byzantins. 11 n y a pas cl autres tons communs à ces émaux; aussi ne pouvons-nous nous résoudre à considérer cette couronne comme un travail grec. Il est vrai que l'imitation des originaux byzantins est ici aussi fidèle que dans les émaux russo-byzantins; mais une particularité qui frappe ici du premier abord, c’est le fond bleu foncé qui remplace le fond émeraude translucide.
Le dessin des émaux n’est pas byzantin non plus, ni quant aux types ni quant à rajustement et la composition ne sont plus grecques, mais riptions, en langue latine, révèlent un caractère occidental. Le Christ, assis sur un trône à gradins (fig. 78), bénit à la manière latine. Il n’y a point de phrase grecque correspondant à l’inscription per me reges régnant. De chaque côté du Sauveur se tiennent deux séraphins. Le chiton bleu de ciel du Christ a une bordure blanche, l’himation en a une jaune. L’emploi excessif d’émail blanc et rouge brique et surtout les bordures qui rappellent les clavi byzantins donnent à cette figure un air, peu harmonieux d’arlequin. Cet effet disgracieux est encore augmenté par l’épaisseur des bandelettes d’or qui ne se fondent pas bien ni avec le dessin ni avec les couleurs du costume. Le style du XIImc siècle est naissable à la couleur rougeâtre des cheveux du Sauveur, que nous connaissons d’anrès les mosaïques du XII"10 siècle de la Sicile et de l’Italie Méridionale.
le prophète Isaïe devant le roi où l’on peut lire ces paroles
Le Christ sur la couronne de Charlemagne.
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Fig. 79. Le prophète Isaïe, ibidem.
recon-
vovons
Fig. 80. Le roi David sur la couronne de Charlemagne.
prophétiques : „Ecce adjiciam11 etc. Les deux autres plaques (fîg. 80 et 81) représentent les rois David et Salomon avec des rubans bleu foncé en guise de rouleaux (détail qui n’a non plus rien de byzantin). Leur costume est d’une coupe moyenâge fantastique; ils sont coiffés d’une calotte bleu clair. Le dessin absolument puéril qui ne porte aucune trace byzantine, un coloris primitif, l'absence complète de modelé, le costume, de même que bien d’autres fantaisies des miniatures, enfin les rouleaux que nous venons de mentionner, tout dénote un travail occidental du Moyen-Age. Aussi est-il surprenant que Labarte” ait reconnu des usages byzantins précisément dans le costume et qu il en ait conclu que cette couronne est un travail grec. Mais cette hypothèse s’accorde avec l’opinion générale de ce savant, d’après laquelle les émaux auraient été chose inconnue en Occident jusqu’à la fin du XI"" siècle.
La meilleure preuve de la provenance occidentale et relativement récente de cette couronne nous est fournie par les autres joyaux de l'empire romain conservés dans le Trésor de Vienne (vitrine 29). Avant do passer à l’examen de ces pièces mentionnons la couronne d’or du trésor de 8* Marc à Venise.
Elle a la forme d’un cercle orné de quatorze médaillons d’émail avec des images de saints et le portrait de l’empereur Léon. Voilà pourquoi elle passe, depuis Labarte, pour la couronne de Léon le Philosophe et ordinairement pour un travail du commencement du X’ne siècle (l’empereur Léon mourut en 91 1).2> Nous n’avons aucune donnée précise qui nous permette d’élucider la singulière question de savoir pourquoi un empereur Léon, qui d’ailleurs est inconnu,
Fig. 81. Le roi Salomon, ibidem.
*) Histoire des arts industriels, II, p. 154.
2) Ibid., III, p. 89G; II, p. 79 — 80. Il Tesoro di S. Marco, tav. L, fig. 111. Molinier, Le trésor de ta Basilique de St Marc , Venise, 1888, p. 95, note 190.
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se trouve mêlé parmi les saints sans être, en quoi que ce soit, distingué d’eux; en tout cas ce portrait n’est pas un argument suffisant pour donner à la couronne le nom de Léon le Philosophe, car elle manque de tous les éléments essentiels qui distinguent le style du commencement du Xn,e siècle.
Cette pièce est une couronne votive dont le cerle d’or avait fait probablement partie d’un calice, puis il fut transformé en couronne destinée à, être appendue et à cet effet garnie d’émaux. Le cercle est orné de médaillons d’émail entourés de perles, à fond vert émeraude. Ils sont d’une exécution grossière et bigarrée ; le style de leurs figures dénote un travail du XIme ou du XIIme siècle.
Emaux sur diverses pièces des costu mes solennels.
AMiâ'es joyaux de l’empire romain, sauf de rares exceptions, font partie du groupe du grand costume impérial. La présence d’émaux sur ces pièces offre un intérêt tout particulier et la rareté de ces antiquités en augmente l’importance. Dans le nombre il y a même quelques spécimens uniques, comme l’épée dite du Couronnement et l’épée de S* Maurice. Cette dernière est un travail du XIÜme siècle, mais il est orné de médaillons émaillés grecs du XIImB (sa monture date de l’empereur Richard, en 1257 — époque à laquelle tous les joyaux furent reconstitués, après leur destruction dans l’incendie de 1252). Les émaux sont de mauvaise composition et mal exécutés. Un vert sombre, un gris remplaçant le blanc, un rouge trouble, une polissure insuffisante, enfin une vague ressemblance avec l’ornementation du manteau impérial laissent supposer un travail local. L’épée que nous avons mentionnée en premier lieu est d’un travail encore plus grossier : ses émaux sont sertis dans des cercles épais; le dessin est fait de pièces et de morceaux. Cependant cet objet a conservé son type primitif bien caractéristique, tel qu’il est sorti des ateliers de la Sicile.
La pièce la plus remarquable de tous les joyaux romains est le manteau impérial (de même royal) qui a été fait en 1133, à Païenne, sous le règne de Roger II. Sur ses plaques d’émail qui sont très-artistement combinées, nous trouvons, outre les petites croix blanches sur fond vert et divers
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i) On pourrait encore moins la rattacher au nom de Léon le Grand, comme le croit Pasim qui se montre archéologue médiocre dans son édition du Tesoro di S. Marco, p. 68—69.
autres motifs, tels que zigzags etc., des étoiles héraldiques, des lis, comme dans les mosaïques de la Chapelle Palatine et de la cathédrale de Monréal. Comme l’on constate ici certains tons sombres et troubles, ainsi que l’absence complète de polissage qui caractérise la facture provinciale, nous pouvons en conclure que ces ornements n’ont pas été achetés au dehors, mais fabriqués sur place.
Nous trouvons des émaux semblables sur la dalmatique (en vraie pourpre violet-noir, à manches rouges) : de petites croix roses, des rosettes sur fond émeraude, des losanges, des imitations de pierres serties etc., de même sur les sandales et les gants (chirothèques) de l’époque précitée. Tous ces objets appartiennent à l'époque désignée plus haut.
a Russie possède des monuments de ce genre qui ne sont nullement moins précieux. Tels, par exemple, les médaillons d’émail avec la Vierge, l’archange Michel et T Oiseau-Sirène qui ornent les habits sacerdotaux du métropolite Alexis au couvent Tschoudow de Moscou;1’ tels surtout les superbes poroutscliia) du métropolite Pliotius dans le trésor synodal de la même ville. Ces objets en eux-mêmes, correspondant bien au rite orthodoxe, sont, par suite, intimement liés aux antiquités byzantines et nous permettent de nous faire une idée de ce qu’ils furent à l’époque comprise entre le Xme et le X I [ - siècle; mais ils sont, en outre, précieux en raison de leur ornementation dont les émaux sont d’un travail purement grec. C’est un fait confirmé d’une manière irréfutable et par leur grand nombre et par la simplicité du dessin, enfin par l’excellence de la facture qui est restée intacte en dépit du peu de soin pris par leurs anciens possesseurs pour leur conservation. Mais, à part les finesses techniques, ces émaux ressemblent complètement à ceux de la Sicile. Nous n’avons donc pas le droit de mettre en doute l’existence, aux XIme et XIT™ siècles, d’une seule école d’émailleurs pour l’Orient et l’Occident, école certainement grecque. Or les maîtres et leurs élèves, en exécutant dans toute l’Europe des émaux semblables,
Médaillons sur les vêtements solennels des métropolites Alexis et Pliotius.
1 ) Publiés au trait dans le Vestnik Obsrhestroa drevne-rousskavo iskoustva (Messager de la Société de l'art russe ancien), Moscou, 1867, II, p. 46.
2) Sorte de manchettes ou bracelets qui font partie des ornements sacerdotaux de Téglise orthodoxe.
imprimaient le même goût et le même style à V ornementation des divers objets de luxe. Les ornements des poroutschi de Photius sont encore riches aujourd’hui, mais ils l’étaient beaucoup plus autrefois : outre quatre grands médaillons et plaques décoratives, il y a là plus de 60 petites plaques d’émail parsemées de perles, en forme de petites croix, de losanges, de ronds avec des palmettes et des lis au milieu, de zigzags carrés etc. Sur les quatre grands médaillons (quatre centimètres de diamètre), l’un contient une croix décorative (fig. 82), le second deux petits oiseaux des deux côtés de l’Arbre de Vie (fig. 88), le troisième, le plus beau, une tête de femme (peut-être de la Femme mystérieuse) sur fond bleu turquoise, parsemé de motifs en forme
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Fig. 82 à 84. Plaques sur les poroutschi. du métropolite Photius.
de huit de cartes en or (fig. 84).1' Les plaques d’émail et les médaillons datent tous de la même époque, probablement de la première moitié du XIrne siècle. La facture est bonne, les couleurs sont pures, et toute l’ornementation est empruntée à un vêtement sacerdotal byzantin très-ancien. Le tout n’est pas très-artistement combiné et les pierres fines appliquées sur les poroutschi ne sont pas choisies avec beaucoup de soin. C’est ainsi que, dans ce monument, éclate cette tendance décorative de l’art byzantin, qui imposa aux industries d’art les types symboliques les plus élevés.
Les mêmes émaux décoratifs parent la couronne ou plutôt la touffe de l’impératrice Constance, trouvée en Sicile et conservée actuellement au Musée National de Palerme.2) La preuve que c’est réellement une couronne
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«i Voyez le même détail sur la Pala doro de St Marc de Venise sur le retable de San Ambrogio de Milan et sur une plaque-fibule au Musée de Copenhague.
2) La meilleure reproduction se trouve dans Bock, Kleinodien des heiliyen Romischen Reiches Deutscher Nation, planche XLIV.
byzantine de femme, c’est qu’elle ressemble de tout point h celle que porte la martyre Basilissa dans le Ménologe bien connu de Basile II le Macédonien.11
e Musée National de Stockholm21 possède une mitre d’évêque Tnfula du XV"“ siècle provenant de la cathédrale de Linkjœping >m /p et qui est garnie d’émaux remarquables (fig. 85). Il y a Stockholm. là dix-lmit médaillons (5 centimètres de diamètre), dont les uns sur le titulus sur deux rangées (bande verticale
sur le devant et sur le derrière de la mitre), dix autres médaillons plus petits (3 centimètres de diamètre) sur la bordure circulaire (circulas), trois de ces médaillons manquent, enfin quelques-uns ornent les rubans de l’infula. (Le titulus n’est pas représenté sur notre dessin n° 85.)
Bien des traits caractéristiques indiquent que ces plaques que nous considérons comme les émaux cloisonnés les plus remarquables de l’Occident, datent du XIIme siècle et proviennent d’une contrée quelconque de l’Allemagne.31 Voici ces traits principaux : un fort alliage d’or et d’argent dans les alvéoles (quelques-unes d’entre elles mises à nu semblent être tout en argent); le ton éclatant de l’émail rouge, enfin le bleu foncé très-pur des costumes. Dans tout le reste la. technique pourrait passer pour byzantine. Dans le dessin un peu lourd on reconnaît cependant déjà une main de maître qui cherche à donner un sens aux contours, aux formes et à l’ajustement des draperies, et grandit à dessein les figures afin de les rendre plus claires et plus naturelles. Les médaillons de la mitra portent des inscriptions latines; les autres n’en ont point, mais les types absolument étrangers à l'art byzantin révèlent suffisamment l’origine des émaux. Sur tous les médaillons les. personnages sont en buste; sur la mitra même on voit le Sauveur et les apôtres, sur les rubans les douze grands prophètes. Ces derniers, représentés sur une rangée, sont tous jeunes, sans barbe, et tiennent des
Albani, Menologium Grœcorum, I, 1er septembre.
2) Voyez le Catalogue du Musée de Stockholm, publié par Montelius, 1876, p. 115. Ce remarquable monument n’a été reproduit nulle part ailleurs.
3) Dans une rivière voisine de Linkjœping on a trouvé une magnifique fibule d’évêque avec des figures en or ciselé de monstres et d’animaux fantastiques de la fin du XlVme ou du commencement du XVme siècle. C’est ce qui explique pourquoi cette chape s’est trouvée transportée à Linkjœping. A cette époque un grand nombre d’objets précieux ont pris le chemin de la Suède.
rouleaux à la main. Ce type jeune de personnages bibliques dans l’iconographie latine du Moyen-Age tire son origine de l’ancien type chrétien apparenté à l'art antique et qui, étant donné l’état misérable de l’art
Fig. 85. Infula au Musée National de Stockholm.
d’Occident jusqu’au commencement du XIII"" siècle, a beaucoup facilité la tâche de l’émailleur.
Cependant l'influence byzantine est visible dans les types comme dans la composition. C’est ainsi que d’un côté de la mitra est représenté le Christ (fig. 86] à la tête de ses disciples; de l’autre côté, au commencement
Fig. 86. Le Christ sur la mitre de Stockholm.
, pendant la période comprise entre le Xme et le XIIme siècle, les vêtements étaient ornés d’émaux, à plus forte employait-on ceux-ci pour les différent:
tume et de la toilette. On en fit usage surtout lorsque, i0(JI sous l’influence du goût oriental des barbares (ce goût, venant 1 isi d’origine orientale), les parures métalliques furent mises à jrtait des maniaques, des chaînes, des colliers, des épaulières, t oreilles de pesantes boucles d'oreilles; sur le costume même
raison
accessoires du cos-
') Les Eglises byzantines et les monuments de Constantinople (texte russe), p. 116.
minutieux; mais nous ne pouvons les comparer à des illustrations empruntées à des monuments réels.
Nous savons, par les chroniques du Moyen-Age, que vers le Xn" siècle, par exemple, les rois, les princes et les patriciens, aussi bien chez les nations civilisées que chez les barbares, par conséquent chez les Francs comme chez les Slaves, avaient coutume de porter sur la poitrine des chaînes lourdes et massives; mais, à défaut d’une connaissance suffisante des mœurs byzantines, il vaut mieux envisager cette coutume séparément, par groupes, chez chacun de ces peuples.
Il y a peu de temps on a trouvé près de Mayence un magnifique trésor (il appartient aujourd'hui au baron Heyl de Wonns), qui se compose presque exclusivement d’objets des XIn”‘ et XII1’1” siècles. En dépit de leur variété ils font évidemment tous partie d’une parure très-riche et très-artistique. Une plaque d’émail avec un aigle est une imitation assez exacte de vieux émaux byzantins; d'autre part cette pièce, qui est une agrafe de poitrine offre, par son dessin et par sa destination même, un caractère barbare qui, venu de l’Asie Centrale, se maintint jusqu’à l’époque des premiers Hohenstaufen. Une autre plaque, également ornée d'un aigle et de pierres fines, est un travail local très-grossier, mais de la même époque. Quatre autres plaques à jour avec ornements repoussés (4 à B centimètres de longueur), étaient destinées à recouvrir des courroies; elle rappellent le travail oriental et byzantin, imité par l’Europe barbare; on y reconnaît une véritable maîtrise byzantine, avec de superbes filigranes à jour ornés de pierres précieuses au milieu (fig. 87). Une cinquième plaque assez grande (fi centimètres) a un fond d émail émeraude byzantin parsemé de feuilles de lierre rougeâtre. Nous constatons enfin un travail byzantin dans la bague dont il sera encore question plus bas et dans une fine chaîne d’or avec deux séries de pendeloques (d’un goût oriental) en pierres fines enchâssées dans des filigranes et avec des plaques d’émail où l’on remarque les palmettes byzantines ordinaires. Ces antiquités fragmentaires sont très-rarement trouvées en Occident; on ne peut déterminer leur caractère que si on les compare aux antiquités analogues trouvées en Russie, la seule et unique contrée où se sont conservés intacts les éléments primitifs de la civilisation barbare de l’Orient.
Fig. 87. Fibule d’or du trésor trouvé près de Mayence.
MONUMENTS DÉMAILLERIE BYZANTINE.
Nous nous écarterions beaucoup trop de notre sujet si, nous appuyant sur des faits, nous voulions rechercher l’origine des grandes fibules rondes d’Occident. Qu’il nous suffise de dire que la forme ordinaire des grandes fibules rondes (5 à 7 centimètres; quelques-unes sont polygonales) prédomine sur le Rhin, en France et en Angleterre depuis le VT*6 jusqu’au X'"' siècle; pourvu qu’elles soient en bronze doré ou argenté, ou recouvertes d’une feuille d’argent, elles ne sont qu’une reproduction de modèles byzantins, c’est-à-dire de fibules rondes ornées de pierres fines, de cordons de perles et de pendeloques, comme il y en a eu à, Byzance dès les premières années de son existence. Notons en outre que toute l’ornementation de ces fibules, depuis la disposition et la sertissure des pierres jusqu’aux filigranes et à la ciselure, ne peut être expliquée qu’à l’aide d'originaux habituellement exécutés en or. Les fibules de ce genre étaient aussi quelquefois ornées d’émaux.
Yoilà pourquoi nous arrêterons particulièrement notre attention sur quelques fibules d’or d’origine barbare du Nord de l’Europe. Quelques unes parmi elles ont l’apparence de la lettre T, forme arquebuse barbare du Nord très-originale que l'on rencontre quelquefois à Byzance, mais qui est surtout fréquente dans les antiquités septentrionales; quant à l’ornementation, cette fibule ressemble absolument aux plaques d’émail de la collection rhénane du baron Heyl : c’est un réseau métallique d’une finesse merveilleuse, avec une perle au milieu et plusieurs zones, séparées par des cercles minuscules. Ces petits cercles sont remplis d’émail vert émeraude translucide parsemé de fleurettes à quatre pétales blanches et bleu foncé. En outre un médaillon contient une croix ornementale avec petites feuilles jaunes.11
La fibule, dans sa forme ordinaire (un bouton d’or creux, composé de deux plaques d’émail et une épingle fixée en dessous), peut être ornée d’émaux sur toute sa face antérieure. La fibule la plus remarquable (était-ce primitivement un médaillon décoratif ou une plaque) est celle de la collection Campana qui appartient au Musée du Louvre.21 On y voit un griffon en marche d’un style fin archaïstique du X”e siècle; il ressemble tout-à-fait aux griffons des têtes de pages dans les miniatures du X™ siècle.31 L’émail du
*) Nous avons désigné plus haut cet objet comme étant une plaque provenant d’une courroie : beaucoup d’autres fibules d’origine occidentale paraissent être des plaques, des pendeloques transformées etc.
2) Voyez Labarte, Histoire des arts industriels, planche 42 et de Linas, Origines de V orfèvrerie cloisonnée, I, planche 5 bis. Cette fibule a un diamètre de 4 centimètres.
3) Voyez W. W. Stassow, L’Ornement slave et oriental, St-Pétersburg, 1887, planche 123 (évangéliaire du Sinaï) et notre Voyage du Sinaï en 1881 (texte russe), p. 127 — 128.
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cou du griffon, des muscles, des ailes et des plaques héraldiques du corps est vert translucide, bleuâtre et pourpre. De chaque côté sont des lis (forme très-ancienne qui s’est conservée à Byzance).
Au Musée de Copenhague (section du Moyen-Age, vitrine 105 et 165) deux jilaques qui étaient autrefois des fibules ou agrafes de femme, attirent les regards. La première, en bronze doré (fig. 88), est un travail barbare en forme de losange ; au lieu de pierres précieuses , elle est ornée de boutons en émail byzantin des XI™ ou XIIme siècles; au milieu est un curieux médaillon d’émail. Un buste de femme, d’un dessin antique, mais assez grossier, a trois épingles ornées de perles et des rubans dans les cheveux; c’est probablement une. tête ornementale ou symbolique qui restera inexpliquée tant que les textes et les monuments d’art ne nous auront pas fourni des données certaines à cet égard. L’émail employé ici ressemble beaucoup à celui du bâton de S* Pierre décrit plus haut; ce doit être un . or? VCP8^) travail germanique local. Le visage est complète- Ci ( nXcl ) \J ment blanc, les cheveux turquoise, les rubans et
les perles jaune chrome.11
La seconde fibule, dont la partie inférieure est détruite, est moins caractéristique; elle a la forme d’un médaillon bombé ou d’une bossette qui mesure 3 centimètres de diamètre. La technique de son émail et son dessin sont purement byzantins ; on y voit encore, dans un cercle central, un buste de femme, habillée cette fois de vêtements luxueux et portant une coiffure qui rappelle le crobylos de l’époque romaine postérieure, qui est reproduit dans les mosaïques de S. Apollinare Nuovo de Ravenne. Cette fibule appartient sans aucune doute au XI™ ou au XII™ siècle. Le fond de la figure est en émail vert émeraude translucide.
Il existe au Britisli Muséum une fibule remarquable d’une provenance inconnue,21 ornée de filigranes très-fins, de quatre perles et d’un médaillon légèrement bombé, placé au milieu. Celui-ci offre également une tête de femme exécutée en émail cloisonné; elle est sur fond émeraude de même facture et a trois perles dans les cheveux.
Plaque au Musée de Copenhague.
*) Ce qui rend cet objet encore plus rare, ce sont les bandelettes d'argent doublées de bronze, -i N0 56, 7 — 1, 1461.
Sur une autre fibule de bronze, revêtue d'une feuille d’or, on voit encore les nœuds de pendeloques de perles dont on ornait généralement les fibules et une suite de petits crochets où l'on passait les perles enfilées.” La bordure extrême est rehaussée de cercles d’émails, avec fond émeraude et de petits rhombes bleu de ciel. Au milieu d’une zone faite d’un cordon de perles figure encore une tête de femme; mais cette fois elle est coiffée de deux feuilles de cyprès flanquées de chaque côté d’une houppe de trois plumes, ce qui forme une espèce de couronne. Ces détails permettent de supposer que cette figure représente la Femme mystérieuse au jardin. La bordure du médaillon en zigzags de différentes couleurs a l’aspect d’un nimbe ou d’une auréole.
Il est intéressant de comparer avec, toutes ces représentations une plaque à suspendre, provenant du distrit de Wassilkow dans le Gouvernement de Kiew.2) La face antérieure montre, dans une auréole en fonne de croix, une tête de femme aux cheveux bouclés, couronnée d’un nimbe bleu foncé; le revers offre des cercles concentriques parsemés de petites croix dentelées. Cet objet
que la facture grossière de l’émail désigne comme un travail local, doit dater du XIme ou du XTT"”‘ siècle.
Toutes les autres fibules et agrafes que nous connaissons dans les collections publiques de l’Europe sont des objets purement décoratifs d’un caractère complètement industriel; elles n’ont donc pas une bien grande importance et appartiennent d'ailleurs à une époque postérieure (XII™ siècle).31
En fait d’objets de parure de petite dimension, les bagues nous offrent un emploi très-remarquable de l’émail. Chose curieuse, toutes les bagues émaillées qui nous soient connues jusqu’à présent appartiennent sans exception aucune à l’époque des Comnènes ou des Croisades. La première place ici
Fig. 89. Fibule en émail et plaques en filigrane clu Musée de Pesth.
*) Ibid., nP 65, 7—12, 1.
2) Cette plaque est conservée au Cabinet des Médailles de rUniversité de Kiew, n° 681. a) Une autre fibule ou agrafe, à moitié détruite, du Musée de Pesth (6 centimètres de diamètre) (fig. 89), est ornée de segments d’émail et de croix du Xllme siècle. Une agrafe du même Musée n° 76, trouvée en 1885 (3 centimètres de diamètre), est couverte d’émail en croix. On trouve d’autres objets analogues dans les collections particulières de Paris, de St-Pétersbourg etc.
revient, à cause de son sujet, à, une bague de femme en or, qui est conservée au Musée National de Pesth.1} Son chaton, quoique mesurant à peine 6 millimètres de diamètre, contient cependant le buste bien connu de femme sur fond vert foncé, aux cheveux pourpre, aux carnations de cire tirant sur le lilas. Tant par sa technique que par son ornementation cette bague appartient au XHme siècle.
Nous devons mentionner ici deux bagues d’une facture identique et presque d’une ornementation analogue, qui sont des chefs-d’œuvre remarquables de l’émaillerie byzantine. L’une est conservée au Musée National de Païenne; l’autre, anneau du roi géorgien David le Rénovateur, au trésor du couvent de Ghélat près Routais.
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Fig. 90. Bague de Palerme.
La première (fig. 90 ! est un des plus anciens monuments de l’art byzantin et appartient à une époque très - intéressante, mais peu étudiée jusqu’à présent, c’est-à-dire au VIme ou tout au moins au commencement du VII"" siècle. Bien que cette bague ne soit pas ornée d’émaux, mais de nielles, nous en donnons ci-contre une reproduction, à cause de son importance exceptionnelle.2’
Sur la bague l’on voit un large chaton avec trois figures : au milieu, le Christ debout, vêtu d’un himation pourpre, pose les mains sur la tête d’un couple impérial qu'il couronne et dont les figures ont été plus tard remplies d’argent. L’inscription qui court tout autour : wç ôtiIov (au lieu de ottXu) ) eùboKiaç êffTtqmvujcaç empruntée au Psaume V, 13, fait-elle allusion à l’une des nombreuses impératrices du nom d’Eudoxie et plus spécialement à la femme de l'empereur Héraclius (f 012), c’est ce qu’il est difficile d’affirmer. Mais le style et surtout le type iconographique des scènes, ainsi que le dessin
Catalogue de l’exposition de Buda-Pesth de 1881 : -4 Magyar tôrteneti otvosmii Kiâllitâs, section III. n° 1. 188.
-) Cette reproduction a été faite d’après une copie très-exacte que renferme la brochure du professeur Antonino Salinas, Del reale Museo di Pdlermo, Palermo, 1878, in-8°, planche A, 1, p. 57—58. C’est là que se trouvent reproduites aussi les monnaies découvertes en même temps que cette bague. Voyez Bulletin Monumental, 1882, n° 6, article de J. Durand.