‹ Histoire et monuments des émaux byzantinsChapitre 24 sur 43 · MONUMENTS I)’ ÉMAILLÉ 11 IE BYZANTINE · texte numérisé non relu

MONUMENTS I)’ ÉMAILLÉ 11 IE BYZANTINE

de l’inscription identique aux plus anciens manuscrits grecs, indiquent que cet objet est très-ancien. La première scène, l’Annonciation, est traitée suivant les plus vieilles traditions : La Vierge, tenant de la main gauche une petite pelote de laine, au-dessous de laquelle est une corbeille remplie de fil, lève la main droite en signe d’étonnement au sujet des paroles que vient de prononcer l’ange qui est devant elle. Ste Elisabeth et Marie s’embrassent entre deux colonnes d’argent surmontées d’une croix qui signifient une maison pieuse. Puis viennent successivement, d’abord la Naissance du Christ : la Mère do Dieu est couchée plus bas que l’Enfant Jésus; à côté est assis S* Joseph; les bergers manquent (voyez les miniatures dans l’Evangile syriaque de la Laurentienne) ; l’Adoration des Mages qui sont coiffés de hauts bonnets persans; le Baptême, où l’on voit le Christ plongé dans le Jourdain jusqu’à la poitrine, devant lui deux anges. Enfin suivent deux scènes; dans l’une d’elles Durand a reconnu très-justement la Résurrection d’un type qui rappelle celui des ampoules du trésor de la cathédrale de Monza. Durand n’a pas expliqué la seconde scène qui est précisément le tableau central et principal : c’est la Crucifixion traitée d’après la plus ancienne tradition, telle que nous l’a tait connaître l’ancienne iconographie chrétienne et byzantine ; nous l’avons déjà signalée à propos des bas-reliefs des portes de la basilique do S'“ Sabine do Rome.11 Ici également on remarque aux côtés du Crucifié les deux larrons nus, les hanches ceintes d’un drap, les mains liées derrière le dos ; au-dessus de leur tête on voit les pointes des croix. Mais le Christ lui-même est déjà représenté à la manière byzantine, c’est-à-dire le corps vêtu d’un long colobium.

La bague du roi David, remarquable par sa grosseur et par son poids, n’offre que quelques petites images de ce genre en émail cloisonné. Sur le cachet est ciselé le portrait de S* Démétrius. On rapporte que cette bague a, appartenu au roi David : il est permis d’affirmer que cette légende n’est pas plus conforme à la vérité que la plupart des traditions d’origine géorgienne. Nous croyons que cette bague avait été donnée au roi David par un ecclésiastique de Byzance qui avait quelque raison particulière pour porter un cachet avec l’image du grand martyr. A en juger par ses dimensions exiguës, la bague appartient certainement à cette catégorie d’anneaux de cérémonie que les évêques ne portaient pas aux doigts, mais dont ils se servaient pour imprimer des cachets sur des documents.

*) Voyez l’article Les Sculptures de la porte de Ste Sabine () Rome dans la Revue archéologique , 1877, Juin, p. 305, planche.

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Deux autres bagues byzantines émaillées que nous connaissons appartiennent aux collections du baron Heyl à Worms et du comte A. A. Bobrinsky à S'-Pétersbourg. La première est en or; l’autre — en cuivre. Cette dernière, exécutée et trouvée à Iview, est caractéristique au point de vue de l'émaillerie décorative do Byzance qui s’était propagée partout. La bague de la collection Heyl est, de son côté, une merveille d’émaillerie ; son réseau métallique dépasse en finesse tous les travaux que je connais des Xm0 et XImc siècles. Le dessin émaillé remplit ici un écusson arabe et il est encadré d’un tissu de petits arceaux à jour où des nœuds minuscules maintenaient autrefois des cordons de perles.

Les émaux cloisonnés du XII™ siècle se distinguent de ceux de l’époque antérieure par leur perfection technique et leur caractère essentiellement décoratif. L’art de l’Occident s’appropria surtout ce caractère décoratif, sans toutefois avoir pu approcher de la perfection de Byzance, et pour cette raison faisant peu de cas de l’émaillerie byzantine, les artistes occidentaux, dès la fin du XII™ siècle adoptèrent l’émaillerie cliamplevée qui leur offrait plus de facilités pour traiter les sujets pittoresques. Les premiers émaux cliamplevés de l’Occident sont aux émaux byzantins proprement dits ce que, par exemple, la peinture italienne primitive des XIIme et XIII™ siècles est à ses originaux byzantins, ou bien encore ce que sont les dessins du Hortus deliciarum de Strasbourg par rapport aux fines miniatures de n’importe quel évangéliaire grec du X™ siècle. Quelle que soit l’originalité des émaux champlevés sous le rapport de leur technique et de leur provenance, il est incontestable que les plus anciens ouvrages de ce genre sont une imitation d’émaux byzantins cloisonnés, tant au point de vue du dessin que de la couleur. Il faudrait donc, au lieu de séparer ce qui est en réalité uni dans l’histoire, tâcher d’expliquer sur les monuments mêmes cette transition d’un procédé à l’autre et de montrer ainsi l’évolution historique de 1 art dans l’Europe du Moyen-Age.11

Quant aux émaux cloisonnés considérés dans leurs pays d’origine, les monuments que nous venons de passer en revue suffisent à nous convaincre que

') En attendant un travail d’ensemble sur cette question, il convient d’attirer, k ce point de vue, l’attention sur deux monuments remarquables. Le premier est la fameuse boîte cloisonnée du Louvre (D, 928— 929) sur cuivre, avec images de saints : c’est un ouvrage rhénan ou limousin du Xlme siècle, avec détails purement byzantins, de la plus haute importance. Le second est le candélabre en cuivre de I eglise St Etienne à Mayence (19 centimètres de haut), du XIIme siècle. Les dessins, quoique champlevés, représentent des sujets essentiellement byzantins; les couleurs sont analogues k celles des émaux cloisonnés; notons surtout ici les griffons qui, par leurs couleurs bigarrées ressemblent absolument aux originaux bvzantins du Xme siècle. Ce dernier monument n’a pas encore été publié,

l’histoire do l’émaillerie byzantine finit avec le commencement du XHT”1' siècle. En d’autres termes, à partir de 1204, date du sac de Byzance par les Croisés, on n’y fait plus d’émaux cloisonnés ou, tout au moins, ils sont dans une telle décadence qu’on n’en exporte même plus. Pendant ce temps il se forme sur différents points de l’Europe des centres indépendants de fabrication d’émaux. Un de ces points, et le plus important à coup sûr, fut Kiew avec la Russie Méridionale en général.

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